Baz'art  : Des films, des livres...
12 juin 2026

[CRITIQUE] MASPALOMAS : Le désir après le désert

 

Vicente ne veut pas retourner dans sa ville natale de Saint-Sébastian. Et avec raison : à 76 ans, il a découvert la libération vitale, le sexe comme moteur de la vie, la fierté de pouvoir dire qui il est et ce qu’il veut, les applications  le cruising, les discothèques. Il n’est jamais trop tard pour être vous-même, après tout. C’est pourquoi, après ses années de détente, de lassitude et de liberté, retourner au gris de sa vie routinière,  lui semble une mort dans la vie, une prison pour lui-même et son corps, un endroit où il devra récupérer une partie de lui-même qu’il refuse de perdre. 

Le début de  Maspalomas, le nouveau long métrage de  Jose Mari Goenaga et Aitor Arregi  dont on avait beaucoup aimé Une vie secrète  ou 80 jours qui parlait déja de l'homosexualité chez les personnages âgées, pourrait être une déclinaison espagnole de L’Inconnu du lac, d' Alain Guiraudie ; avec ces corps vieillissants s'adonnant aux plaisirs de jeunes escorts .

Seulement, Maspalomas ne va pas tant traiter des espaces de liberté pour les sexualités dissidentes, mais  plus de leur revers.

Vicente, du haut de ses 76 ans, souffre d’un problème soudain de santé, et rapidement de ces séquences de soleil, de la plage et de la débauche,  le film opère un virage à 180 degrès avec les chambres mortuaires d’une résidence pour personnes âges.

Et de l’homme rajeuni par la teinture et les vêtements légers, nous passons à un visage vieilli par les rougeurs. 
Dans cette résidence,  où sa fille avec qui il est brouillé depuis longtemps le contraint à rester, Vicente souffrira l’oppression d’une structure sociale qui l’oblige à cacher son homosexualité. , car là bas tout ce qui sort de la norme doit être gardé sous clé et l’affection sentimentale est considérée comme une faiblesse.


À nouveau contraint de masquer son identité, une seule idée l’obsède : s’évader… et retrouver la liberté de Maspalomas.

Maspalomas. ne raconte pas les étapes d'une émancipation mais au contraire le mouvement d'une involution d'une remise au placard aussi douloureuse soit elle. 'Maspalomas' c'est un coming of age queer dans la vieillesse, qui raconte le retour forcé au placard après la perte d'autonomie. 

Ce n’est pas un hasard si le film commence et se termine sur les dunes d’un désert ; elles sont comme des parenthèses qui renferment la narration. Au milieu, comme des points suspensifs, nous verrons s’écouler sous le fauteuil roulant du protagoniste des grains de sable qui étaient restés collés à ses vêtements.

Le désert grandit, mais de ce désert et de ses rugosités et ses oasis- le beau corps du jeune aide soignant- le désir finira par émerger comme ressuscité, reconstruit.

Le moteur du personnage principal,  c'est chercher- et réussir  à tour prix  à s’extirper de la froideur d’une résidence où tout semble voué à l’oubli et au déclin.  Pour sortir, une fois de plus, d’une chrysalide auto-imposée par la société. Pour être, une fois pour toutes, définitivement libre.

 

Au centre de ce beau film complexe et déchirant, Jose Ramon Sorroiz livre une prestation d'une grande densité, où s'entremêlent, tristesse, colère, refoulement, honte espoir et résignation.

 

 

MASPALOMAS du duo de réalisateurs José Mari Goenaga et Aitor Arregi, sort en salle le 24 juin prochain chez Epicentre.

MASPALOMAS a déjà obtenu de nombreuses récompenses : Goya du meilleur acteur pour José Ramón Soroiz, 9 nominations aux Goya 2026 dont meilleur film, meilleur réalisateur meilleur scénario,, coquille d’argent de la meilleure interprétation au festival de San Sebastián 2025, prix Cineuropa aux Arcs Film Festival 2025...


 

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