{Théâtre} On a vu Le Malade imaginaire au théâtre du Lucernaire : quand l’admiration prend parfois le pas sur le rire
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Molière écrivait pour faire rire. Trois siècles et demi plus tard, Le Malade imaginaire continue de remplir les salles grâce à cette mécanique comique redoutable qui repose sur un personnage aussi excessif qu’universel : Argan, bourgeois hypocondriaque persuadé d’être gravement malade alors qu’il ne l’est probablement pas.
Au Lucernaire, cette nouvelle adaptation choisit pourtant une voie différente.
Dès l’ouverture, deux personnages inattendus apparaissent sur scène : Dorine et Polichinelle. La première est empruntée au Tartuffe, la seconde à la commedia dell’arte. Tous deux décident de monter une comédie afin de révéler l’absurdité de leurs maîtres et deviennent les complices du public. Une idée audacieuse qui annonce immédiatement la volonté de réinventer le classique.
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La mise en scène multiplie d’ailleurs les partis pris. Sur scène, un immense fauteuil trône au centre du plateau. Argan y demeure assis presque toute la représentation. Sous celui-ci, un dispositif récupère ses selles, rappel permanent de son obsession maladive. À ses côtés, un amas de vieux postes de radio illuminés compose un étrange cabinet de curiosités, comme si nous étions plongés dans le cerveau encombré d’un homme incapable d’échapper à ses angoisses.
Visuellement, la proposition intrigue.
On comprend immédiatement qu’Argan est prisonnier de sa peur de la maladie.
Mais c’est aussi là que réside le paradoxe du spectacle.
Car Le Malade imaginaire est avant tout une comédie de mouvement. Une pièce où les personnages se croisent, se trompent, se piègent et s’affrontent. Ici, le choix de maintenir Argan dans une forme d’immobilité donne parfois au spectacle une dimension plus contemplative que burlesque.
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Les quatre comédiens interprètent l’ensemble des rôles : Argan, Toinette, Angélique, Béline, Cléante, les Diafoirus et tous les autres. Leur engagement est indéniable et l’exercice impressionne. Mais ces changements permanents demandent parfois au spectateur un effort d’identification qui ralentit la mécanique comique.
On admire la virtuosité.
On rit moins.
C’est sans doute parce que cette adaptation semble moins intéressée par la caricature que par l’homme qui se cache derrière elle. Derrière l’hypocondriaque ridicule apparaît un être seul, fragile, terrorisé par la maladie et la mort. Une lecture plus mélancolique que farcesque.
Cette volonté de révéler l’homme derrière le personnage est profondément respectable. Elle apporte même une vraie profondeur à certaines scènes. Mais en atténuant l’excès et la folie qui nourrissent le rire de Molière, elle prend aussi le risque de tenir le spectateur à distance.
Au final, j’ai davantage admiré cette proposition que je ne me suis laissé emporter par elle.
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J’ai admiré la réflexion scénographique, le travail des acteurs et la volonté de proposer une lecture personnelle du classique. Mais j’ai eu le sentiment que cette recherche esthétique et symbolique se faisait parfois au détriment de ce qui fait battre le cœur du Malade imaginaire : le plaisir du jeu, l’énergie du rire et la jubilation de la farce.
Une adaptation singulière, intelligente et ambitieuse, qui donne envie de relire Molière autant qu’elle interroge la manière de le réinventer aujourd’hui.
Maxime Dorian
Correspondant culturel
Le malade imaginaire
Théâtre Le Lucernaire – Jusqu’au 30 août 2026
De : Molière
Adaptation et mise en scène : Alice Raingeard
Avec : Marion Champenois, Alice Raingeard, Boris Ravaine ou Damien Vigouroux, Jacques Trin ou Serge Ayala
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