Baz'art  : Des films, des livres...
14 juin 2026

{Théâtre} On a vu Le Malade imaginaire au théâtre du Lucernaire : quand l’admiration prend parfois le pas sur le rire

 

Molière écrivait pour faire rire. Trois siècles et demi plus tard, Le Malade imaginaire continue de remplir les salles grâce à cette mécanique comique redoutable qui repose sur un personnage aussi excessif qu’universel : Argan, bourgeois hypocondriaque persuadé d’être gravement malade alors qu’il ne l’est probablement pas.

Au Lucernaire, cette nouvelle adaptation choisit pourtant une voie différente.

Dès l’ouverture, deux personnages inattendus apparaissent sur scène : Dorine et Polichinelle. La première est empruntée au Tartuffe, la seconde à la commedia dell’arte. Tous deux décident de monter une comédie afin de révéler l’absurdité de leurs maîtres et deviennent les complices du public. Une idée audacieuse qui annonce immédiatement la volonté de réinventer le classique.

 

 

La mise en scène multiplie d’ailleurs les partis pris. Sur scène, un immense fauteuil trône au centre du plateau. Argan y demeure assis presque toute la représentation. Sous celui-ci, un dispositif récupère ses selles, rappel permanent de son obsession maladive. À ses côtés, un amas de vieux postes de radio illuminés compose un étrange cabinet de curiosités, comme si nous étions plongés dans le cerveau encombré d’un homme incapable d’échapper à ses angoisses.

Visuellement, la proposition intrigue.

On comprend immédiatement qu’Argan est prisonnier de sa peur de la maladie.

Mais c’est aussi là que réside le paradoxe du spectacle.

Car Le Malade imaginaire est avant tout une comédie de mouvement. Une pièce où les personnages se croisent, se trompent, se piègent et s’affrontent. Ici, le choix de maintenir Argan dans une forme d’immobilité donne parfois au spectacle une dimension plus contemplative que burlesque.

 

Les quatre comédiens interprètent l’ensemble des rôles : Argan, Toinette, Angélique, Béline, Cléante, les Diafoirus et tous les autres. Leur engagement est indéniable et l’exercice impressionne. Mais ces changements permanents demandent parfois au spectateur un effort d’identification qui ralentit la mécanique comique.

On admire la virtuosité.

On rit moins.

C’est sans doute parce que cette adaptation semble moins intéressée par la caricature que par l’homme qui se cache derrière elle. Derrière l’hypocondriaque ridicule apparaît un être seul, fragile, terrorisé par la maladie et la mort. Une lecture plus mélancolique que farcesque.

Cette volonté de révéler l’homme derrière le personnage est profondément respectable. Elle apporte même une vraie profondeur à certaines scènes. Mais en atténuant l’excès et la folie qui nourrissent le rire de Molière, elle prend aussi le risque de tenir le spectateur à distance.

Au final, j’ai davantage admiré cette proposition que je ne me suis laissé emporter par elle.

 

 

J’ai admiré la réflexion scénographique, le travail des acteurs et la volonté de proposer une lecture personnelle du classique. Mais j’ai eu le sentiment que cette recherche esthétique et symbolique se faisait parfois au détriment de ce qui fait battre le cœur du Malade imaginaire : le plaisir du jeu, l’énergie du rire et la jubilation de la farce.

Une adaptation singulière, intelligente et ambitieuse, qui donne envie de relire Molière autant qu’elle interroge la manière de le réinventer aujourd’hui.

Maxime Dorian
Correspondant culturel

 

Le malade imaginaire

Théâtre Le Lucernaire – Jusqu’au 30 août 2026

De : Molière
Adaptation et mise en scène : Alice Raingeard

Avec : Marion Champenois, Alice Raingeard, Boris Ravaine ou Damien Vigouroux, Jacques Trin ou Serge Ayala

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 329 197
Chris Isaak en concert à Paris et à Lyon

 

 
Au cours de ses quarante ans de carrière, CHRIS ISAAK, chanteur et acteur, plusieurs fois disque de platine et nominé aux Grammy Awards, s'est produit dans le monde entier avec les membres de son groupe de longue date, Silvertone. Sa discographie et sa filmographie comprennent treize albums studio acclamés par la critique, douze singles en tête des charts et plusieurs films, tels que Le Silence des agneaux, Twin Peaks : Fire Walk With MeThat Thing You Do ! Son travail l'a également amené à travailler dans les coulisses, en créant la musique de plusieurs bandes originales de films, notamment Eyes Wide ShutTrue RomanceWild at Heart et Blue Velvet
 
Son méga tube "Wicked Game" a dépassé le milliard de streams sur Spotify.
 
En concert le 29 juin à Lyon (Amphithéâtre) et le 2 juillet à Boulogne-Billancourt (La Seine Musicale)

Festival du Film Italien de Villerupt

49e édition - Du 23 octobre au 8 novembre 2026

www.festival-villerupt.com

 

 

 

Hommage à Monica Vitti et rétrospective autour de la figure du père, la 49e édition du Festival de Villerupt dévoile ses premiers éléments de programmation et son affiche officielle.

 

En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, cette dernière dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays. Une évolution qui sera illustrée travers une sélection d’une dizaine de films.

 

Le festival rendra aussi hommage à l’une des plus grandes icones du cinéma mondial : Monica Vitti, disparue en 2022. Reine de la comédie à l’italienne et égérie de Michelangelo Antonioni, elle est notamment célèbre pour ses rôles dans L’avventura ou Le désert rouge.

Drôlement bien, Festival d'Humour en 2027 à Lyon

 

DRÔLEMENT BIEN, LE FESTIVAL D’HUMOUR NÉ À BESANÇON, ANNONCE SON EXPANSION NATIONALE ET S’INSTALLE À LYON

Après trois éditions couronnées de succès qui ont fait rayonner la capitale comtoise, le festival d’humour Drôlement Bien lance sa première édition lyonnaise du 14 au 17 janvier 2027, confirmant son statut de référence nationale.

Pour cette édition inaugurale à Lyon, Drôlement Bien investira 9 salles et proposera une programmation riche de 35 à 40 spectacles, fidèle à son ADN de festival social et accessible : « Rire ensemble, c’est Drôlement Bien!"

Festival Drôlement Bien - le festival pour rire

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
168 abonnés