Rentrée littéraire : L’âge de déplaire, ‘Abibou Diouf / La masculinité qu'on choisit..
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Aimer les siens ne signifie pas leur obéir. À l’âge adulte, il faut parfois avoir le courage de dire non. C’est ce que montre Fadel, le héros autobiographique de «L’âge de déplaire», d’Abibou Diouf. qui ressent un déchirement comme s’il devait vivre deux façons d’être un homme : en France, il peut exprimer sa sensibilité, au Sénégal, il doit être viril. Cette déchirure va jusqu’à la schizophrénie :
A Dakar, je suis chez moi mais je ne suis pas chez moi. Je suis l’acteur d’une pièce écrite par d’autres.
Dans l’âge de déplaire, Aibou Diouf interroge avec justesse et courage la fabrique des masculinités, les violences symboliques exercées au nom de la tradition et le poids du silence au sein des familles sénégalaises.
Faudel compare la famille type sénégalaise à un corps : le père est la tête et le cerveau, la mère est le torse, le fils aîné le bras droit. Lui il est le cadet de la famille :
Etre cadet c’est être infantilisé quand ça arrange puis accusé de ne pas grandir. […] Il me fallait être à la fois servile et viril. Gueuler fort dans la rue, baisser les yeux devant les aînés.
De retour une nouvelle fois au Sénégal pour une fête, il est très mal vu car il a laissé pousser ses cheveux (6cm !) .
Moi, mes cheveux sont une manière de résister. Un refus doux et obstiné. Un manifeste muet, une façon d’exister autrement, malgré tout.
Sa mère lui fait comprendre que son apparence créé beaucoup d’histoires :
Elle me rappelle l’importance du maslaa, cette philosophie sacrée qui repose sur l’évitement des conflits, des confrontations directes. Ne jamais dire ce qu’on pense vraiment. Contourner la vérité. Fuir le scandale,. Sans offenser, sans blesser. Tout cela, dit-elle, pour préserver les sensibilités, l’harmonie familiale, la paix sociale.
Abibou Diouf s’intéresse ainsi à la fabrication des masculinités. Il montre comment les hommes peuvent être enfermés dans des injonctions: être fort, ne pas montrer ses émotions, garder le silence et respecter l’autorité familiale. Ces règles deviennent une prison. Le roman évoque aussi les violences cachées au nom de la tradition et les secrets que les familles préfèrent taire pour préserver les apparences.Toujours tiraillé entre le désir d’appartenir à une communauté, d’être un homme comme les autres, et un désir de désappartenir, d’être libre, Faudel trouve une écoute sans jugement, d’égal à égal, auprès de Faudel, un cousin qui vit à l’écart car il n’a jamais été dans le moule. Et si son père avait choisi ce prénom comme un signe ?
Face à l’imam appelé à l’aide par la famille pour raisonner Faudel qui refuse le mariage que son frère veut lui imposer, celui martèle que « le paradis n’est accessible qu’aux fidèles qui savent rester à leur place. » Faudel souligne le processus de manipulation en oeuvre pour le faire obéir : peur (de Dieu), culpabilité (trahir ses parents, sa culture), empathie (mère fragile).
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Mais Faudel sent la force de son père, son père qui lui a toujours offert des livres vus par Malik comme l’origine du mal et s’oppose même si cela signifie ne pas plaire aux siens :
Cette mélancolie sans larmes, mais immense, je la connais. Je sais d’ù elle vient, comment elle enfle. Elle naît du décalage. De la lucidité trop aigüe. Elle grandit quand on réalise qu’on restera un étranger à côté des siens.
. Faudel en s’affranchissant, définit aussi sa propre masculinité, celle qu’on choisit soi-même et pas celle imposée par les autres.Un premier roman courageux et une belle découverte de cette rentrée littéraire
Albin Michel
19/08/2026
180 pages, 19,90 €
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