Critique cinéma : Que vaut le « Moulin" de László Nemes?
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Onze ans après Le Fils de Saul, éprouvante immersion au coeur d'Auschwitz, Lazlo Nemes s'attaque à LA figure totémique de la Résistance française.
Plutôt qu'un biopic hagiographique, le réalisateur hongrois propose un récit intense resserré sur les derniers jours de Jean Moulin, de ses ultimes activités clandestines à son face-à-face étouffant avec Klaus Barbie, son tortionnaire, en juin 1943. Des jours où la documentation manque terriblement, d'où le souci du scénariste Olivier Durangel et du réalisateur Lazlo Nemes d"'inventer" ce qui parait le plus crédible au vu des rares témoignages recensés ici et là...
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Alors même qu'il est le premier réalisateur à s’attaquer au personnage de Jean Moulin au cinéma*, László Nemes aura surtout cherché autant que possible à mettre en avant la vérité et l’humanité d’un résistant épris de liberté mais en proie au doute, lucide jusqu’au bout quant à son combat contre la barbarie.
Le récit fait le choix de se concentrer sur les derniers mois du résistant, scindés en deux chapitres.
Au début de l'année 1943, Jean Moulin a pour principal souci de maintenir l'unité de la Résistance, de garder son armée groupée face à l'ennemi allemand.
Une première partie- un peu plus académique que la seconde- expose le quotidien de l'organisation secrète, la façon dont Moulin et son armée s'organisaient, les angoisses de la vie dans la clandestinité.
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Dans la première demi heure du film Nemes va assurément sur les rives du film d'espionnage classique, avec des rendez-vous sur des bancs à la lueur des réverbères, des visages cachés par des chapeaux, des dialogues codés, des quais de gare enfumés, le tout sur des filtres gris bleus plutôt élégants...
À partir de son arrestation, en juin 1943, le film, intense et plus captivant, se resserre sur ses jours d'horreur passés dans les griffes du tortionnaire nazi Klaus Barbie. (Lars Eidinger, qui ne ressemble pas forcément à son modèle mais qui est particulièrement remarquable dans ce rôle pas facile) .
La mise en scène, tendue et haletante, évite le spectaculaire et le voyeuriste en restant frontale et puissante.
Les scènes de torture, peu nombreuses, mais marquantes, resteront longtemps en mémoire après la projection et donnent un ressenti, aussi mineur soit il du terrible calvaire qu'a pu connaitre Jean Moulin dans les geôles de la Gestapo.
Dans ce long-métrage âpre et captivant, Gilles Lelouche s'avère d'une inédite sobriété. Peu de mots, pas de sourire, de baston ni d'effet de manche. Pari réussi là aussi!
Moulin de László Nemes (Fr, 2h10) avec Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin, Félix Lefèbvre, Hortense Quentin de Gromard, Pierre Nisse… Sortie le 28 octobre.
* il n’y avait jusqu’à présent que deux téléfilms avec Francis Huster puis Charles Berling dans le rôle de Moulin.
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