Baz'art  : Des films, des livres...
17 novembre 2019

Critique cinéma : Les éblouis : un drame intime et poignant qui nous éblouit!

 Gros événement de la semaine cinéma (avec évidemment "Les misérables" dont on reparle vite) le film "Les Éblouis", réalisé par Sarah Suco, est mercredi sur nos écrans.

Avec cette oeuvre, qui raconte la vie d'une famille au sein d'une communauté religieuse,la primo réalisatrice frappe un grand coup au plexus avec une oeuvre largement autobiographique et résolument poignante. 

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 Comédienne plutôt discrète, vaguement reperée dans certains films récents, notamment dans les comédies sociales de Louis Julien Petit, ("Discount"/ Les invisibles), ou encore chez Agnès Jaoui, dans son pas terrible "Place Publique",  Sarah Suco s'essaie à la réalisation avec "Les Eblouis", un long métrage qui possède de forts relents autobiographiques, comme c'est très souvent le cas dans les premiers longs où les metteurs en scène ont tendance à parler énormément d'eux avant tout.

Mais rassurez vous: ici nulle autofiction à base de  narcissisme à bas échelle ou d'intrigue pseudos sentimentales centrées autour du nombril de sa comédienne et réalisatrice. 

Les Éblouis, en salles le 20 novembre,  part certes d'une histoire que Sarah Suco a vraiment vécu dans son enfance, mais celle-ci est suffisamment forte et exceptionnelle pour éveiller l'attention du spectateur le plus blasé et surtout pour que cela soit elle (poussée visiblement par l'incontournable Dominique Besnehard) qui en écrive le scénario- accompagnée de Nicolas Sihol, réalisateur de l'excellent Coporate-) et en filme son adaptation.

les-eblouis-1 Les Éblouis aborde en effet un sujet qu'on a peu l'occasion de voir traiter au cinéma: l'embrigadement sectaire, sur une période trois ans à travers les yeux de sa jeune héroïne, Camille (double inversé de sa réalisatrice) qui va vivre avec sa famille dans ce qu'on appelle "une communauté charismatique", dans une ville de province assez ordinaire, Angoulème, pour ne pas la citer...

 Ayant elle même vécu dans ce type de communautés avec sa famille pendant une dizaine d'années, Sarah Suco part évidemment de ses souvenirs d'enfant forcément singulier mais parvient à en transcender le tissu autobiographique pour réaliser une fiction aussi terrifiante que bouleversante.

La caméra de Sarah Suco a le bon goût de ne jamais lâcher Camille d'une semelle (un peu commele faisait le récent film éponyme de Boris  Lojkine évidemment sur tun tout autre sujet) et c'est sous ce regard à la fois aimant et perplexe qu'elle appréhense sa famille, ses parents un peu paumés au départ, puis rapidement convaincus par l'expérience, et ses trois autres frères et soeurs, trop petits pour saisir le tragique de la situation.

eblouis2Camille,  qui est l'aînée de cette famille, va vite être écartelée entre l'obéissance à ses parents, eux même soumis à celle de cette communauté et surtout à celle de son "berger", un gourou aussi inquiétant qu'humain en apparence, que la bonhommie légendaire de Jean Pierre Daroussin ne cesse d'intriguer, et le désir de sortir de ce carcan tellement liberticide (elle pratiquait une activité circasienne, elle va vite devoir arréter ses projets dans ce domaine), voire dangereuse pour elle et sa fratrie.

L'intrigue, évitant tout manichéisme et tout jugement à l'emporte pièce, est racontée avec beaucoup de distance et de sensibilité par une Sarah Suco qui visiblement a attendu le bon moment pour en parler. 

On imagine facilement qu'elle a du ressentir de la colère, mais elle est ici totalement évacuée; à la place, le regard se fait parfois cruel, voire ironique (ces scènes de bêlements pour saluer l'arrivée du maitre des sieux), parfois effrayant (ces séquences d'exorcisme) mais jamais railleur ni méprisant.

Toute la complexité de ce milieu, qui prêche le pardon et l'amour et en même temps entrave le libre arbitre et l'épanouissement de ses membres, bref tout ce qui pourrait gêner la toute puissance de son "gourou" (le terme n'est jamais utilisé, comme celui de secte d'ailleurs) est racontée avec ce qu'il faut de clairvoyance et de justesse. 

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L'insidieux mécanisme de l'emprise est parfaitement retranscrit:le spectateur comprend parfaitement le fonctionnement de ces communautés.

Des communautés  qui arrivent à mettre en avant les compétences de  ses membres potentiels (ici les talents de comptable de la mère de Camille, jouée par une Camille Cottin qu'on n'a jamais vue aussi démunie) ou la faculté de transmission de son père, qu'Eric Caravaca transcende par son humanité légendaire) et combler leurs éventuels manques et défaillances.

Les personnages- religieux et membres de la communauté- sont suffisamment ambivalents pour interpeller et questionner le spectateur, longtemps après la fin de la projection.

Et l'on se souviendra longtemps de l'intensité du regard final de Camille et de l'intensité du jeu de sa jeune comédienne, Céleste Brunquell.

Comment cette bienveillance affichée au départ par une communauté qui ne parle que de tolérance et d'amour bascule peu à peu dans l'intégrisme et l'humiliation?

Le sujet est beau et puissant, la manière de le raconter de Sarah Suco l'est tout autant... 

"Les Éblouis", la bande-annonce

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