Baz'art  : Des films, des livres...
20 novembre 2019

Critique cinéma // Club 300 Allo Ciné : "Les Misérables" de Ladj Ly, quelle claque !

On reviendra sans doute à plusieurs reprises sur le film événement de cette fin d'année, Les Misérables de Ladj Ly qui sort aujourd'hui en salles après avoir fait tant vibrer les festivals de Cannes et Deauville.

Commençons par la chronique de deux nos rédactrices parisiennes qui ont pu voir le film lors de la dernière projection du Club 300 Allo Ciné, qui a eu lieu au Forum des Images, en présence d'une partie du réalisateur et de deux des comédiens. Un grand merci au Club pour cette opportunité !

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Montfermeil, Seine-Saint-Denis, aujourd'hui - amateur de Victor Hugo, peut-être auras-tu déjà compris le lien avec le titre : c'est en effet dans cette banlieue du 93 que l'auteur a écrit une grande partie de son chef d'œuvre - : nous suivons trois policiers de la brigade anti-criminalité sur un peu plus de 24 heures. Difficile à croire en y repensant, tellement il se passe de choses durant la journée de (dés)intégration de Stéphane, alias Pento (Damien Bonnard) qui vient de rejoindre l'équipe de Chris (aka, le Cochon Rose, aka encore Alexis Manenti) et de Gwada (Djebril Zonga), habitués à sillonner les quartiers les plus difficiles de Montfermeil. Entre Cherbourg et la Seine-Saint-Denis, il y a un monde, et Pento le découvrira dès sa première heure. En ce premier jour, il va plonger tout entier, et de manière brutale, dans le quotidien de Chris et Gwada et des bandes, des caïds et des trafiquants de la cité des Bosquets. En même temps que Pento, nous allons aussi faire la connaissance de ces jeunes qui zonent, s'occupant à filmer les filles avec un drone ou à jouer au foot ; du Maire, si fier de son statut qu'il l'a fait estampiller sur son maillot, faisant la loi plutôt que l'appliquant, et plutôt sur le marché de la place principale que dans un bureau ; de la troupe de cirque qui s'est installée près la ville, ou encore, du propriétaire du Kebab, un lieu qui aura son importance... 

Dans ce film, la tension est palpable dès le début. On la sent, partout, tout le temps, et entre tout le monde : entre les différentes bandes, entre elles et la police, entre les policiers eux-mêmes. On le sait, que ça va finir par exploser. Le vol d'un lionceau et une vidéo d'une bavure captée par un drone seront les allumettes qui feront tout flamber... 

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Quelle claque ! Le réalisateur alterne avec brio grands moments de cinéma - avec des premières images jouissives de la victoire de la Coupe du Monde 2018 - et scènes d'un incroyable réalisme. On est complètement plongé dans le quotidien de ces policiers et dans celui des habitants de la cité. Tout nous paraît vrai, crédible, on pourrait aussi bien être dans le documentaire que dans la fiction. Les partitions des différents comédiens - dont certains font partie de la famille du réalisateur - y sont également pour beaucoup : tous, aussi bien enfants qu'adultes, incarnent avec maestria leurs personnages et les tiennent du début à la fin.

Les Misérables tient aussi bien du film d'action que du documentaire social, non sans se départir d'une certaine dose de légèreté. En effet, Ladj Ly a réussi à mêler le côté dramatique et l'humour : impossible de ne pas rire devant les frasques du Maire, en entendant les vannes à deux balles de Chris ou en assistant aux virées de circassiens dans leur camion rutilant aux sirènes sonores.                      

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Durant le débat suivant la projection, le réalisateur nous a confié qu’il avait été confronté à des violences policières et que ce film lui avait servi à raconter son histoire. Cette banlieue, il la connaît bien, puisqu'il y a grandi et qu'il y vit aujourd'hui. Lui aussi, avait, dans sa jeunesse, été témoin d'une bavure de la police et l'avait filmée, à l'instar du jeune propriétaire du drone. Loin pour autant de vouloir seulement raconter sa propre histoire, il a voulu montrer celle d'une bande de jeunes qui finit par se rebeller contre toute forme d'autorité, en organisant leur vengeance, faisant ainsi éclater l'immense colère qui couve en eux depuis toujours. 

Nous avons également échangé avec les membres de l'équipe sur la question des violences policières, dont on entend beaucoup parler en ce moment avec les Gilets Jaunes - bien plus que les violences des banlieues.

Ce film met un sacré coup de projecteur sur celles-ci. Et un sacré coup de poing dans nos tripes.

Les Misérables de Ladj Ly : (enfin) à partir d'aujourd'hui en salles !

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