Baz'art  : Des films, des livres...
19 mai 2020

Playing Men de Matjaž Ivanišin : c'est la mourre à la plage

shellac-playing-men-affiche-2511Le jeu, au cœur du documentaire Playing Men, nous apparaît, dans toute son absurdité. Facile, quand le réalisateur slovène Matjaž Ivanišin en choisit les exemples les plus loufoques :

En voyant ces lutteurs recouverts d'huile se frictionner jusqu'à l'épuisement, ces adolescents hystériques s'envoyer des chiffres et des noms d'oiseaux au visage tout en agitant leurs mains ou en observant ce fromage dévaler les ruelles d'une petite ville pentue, on se dit que quelque chose ne tourne décidément pas rond chez l'homme.

Malgré le folklore qui s'en dégage, ces drôles de manière d'occuper son temps de libre ne différent en rien du sport, plus « académique », pendant institutionnalisé du jeu. De l'un à l'autre, il n'y a qu'un pas.

Sport et jeu sont codifiés, traversées par les mêmes émotions, joie du vainqueur et souffrance du vaincu, captées dans un superbe super 16 à la lumière toute méditerranéenne, qui nimbe le film d'un charme intemporel.

Depuis la nuit des temps, les hommes jouent, se mesurent, s'éprouvent.

Peu importe donc les règles, le contexte géographique ou culturel de ces étranges rituels. Playing Men se veut une évocation sensible du sport dans son essence, sans systématisme ni dispositif clairement établi.

Le réalisateur lui-même, se mettant en scène en pleine crise artistique, ne sait pas vraiment où il va. Tant mieux.

Collection à visée universelle de petits instants remplis d'humanité, Playing Men laisse affleurer la beauté du sport, de tous les sports, et des hommes qui le pratiquent.

À ce propos, une constante parcourt Playing Men et constitue l'autre moitié du film et du titre : les hommes justement, les seuls à être observés en plein effort. Les images disent quelque chose de la virilité, indissociable du sport, pour la questionner sans se priver d'en rire franchement.

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Remis de son passage à vide, Matjaž Ivanišin envisage un autre aspect du sport, plus politique, dans la deuxième partie de son film.

À la manière d'un Corneliu Porumboiu (Match Retour, Football Infini) le slovène joue avec les moyens du cinéma pour évoquer la figure mythique de Goran Ivanišević, tennisman croate qui est devenu un héros national après sa victoire à Wimbledon en 2001, alors qu'il n'était que 125e joueur mondial et présent dans le tournoi grâce à une Wild Card.

Les jeux ancestraux laissent place à un sport plus récent, professionnalisé et médiatisé.

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C'est un ami du réalisateur qui, clope au bec, narre les derniers points de la finale du tournoi, remporté par Ivanišević, reprenant quelques unes des déclarations enflammés du commentateur sportif de l'époque.

Tout dans ce récit montre la dimension mythique du sport, fabrique à héros, dont les exploits sont chantées par de nouveaux bardes télévisés et la manière dont les récits légendaires circulent.

Les images d'archives suivant ce récit, qui ont capté le retour d'Ivanišević dans sa ville natale, à Split, montrent quant à elle la manière dont ces demi-dieux sont fêtées dans des bacchanales d'un genre nouveau. On comprend que la modernité du sport, marquée par la glorification et médiatisation, trouve ses racines dans l'Antiquité.

Documentaire loufoque primé au FID de Marseille, déroutant dans sa forme et apparemment décousu, Playing Men doit s'appréhender par la beauté du sport, plastique et humaine, qu'il met à jour.

Une beauté qui console un peu de l'été à venir au cours duquel, à cause de l'annulation de toutes les compétitions internationales d'envergure, les stades sonneront bien creux.

 


Playing Men de Matjaž Ivanišindisponible en VOD depuis le 7 mai

 

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