Baz'art  : Des films, des livres...
30 juillet 2020

The Crossing de Bai Xue : Smart Girl

the_crossing_posterLe cinéma chinois contemporain ne cesse de scruter les bouleversements à l’œuvre dans la société de l'Empire du milieu, aussi violents et rapides que le miracle économique qui les provoquent. L'argent y est partout, à l'écran comme à la ville. Il avilie les âmes, dégrade des millénaires de traditions et disperse les familles. Le miracle est d'autant plus éblouissant dans la ville de Shenzhen, l'une des florissantes zones économiques spéciales, vitrines d'un capitalisme chinois insolent de réussite.

Au diable Marx et Le Capital. À la suite des réformes libérales amorcées dans les années 70, Shenzhen la rurale s'est faite en un jour, ou presque. La mégapole regarde désormais dans les yeux un autre paradis capitaliste auquel elle est accolée : Hong Kong. C'est précisément entre les deux mastodontes économiques que vient se nicher le premier film de la chinoise Bai Xue, The Crossing, par l'intermédiaire de Peipei, une lycéenne de 16 ans qui vit avec sa mère à Shenzhen et se rend chaque jour au lycée à Hong-Kong. À la recherche d'argent pour financer le voyage au Japon dont elle rêve, avec sa meilleure amie Jo, elle commence à passer clandestinement des téléphones à la frontière, sous l'impulsion de Hao, le petit ami de Jo.

the_crossing_still_2L'énergie et la rêverie qui émanent du personnage de Peipei la rendent profondément attachante. Son aplomb et sa droiture également. L'argent, agité et scruté par des regards envieux la plupart du temps, investi dans la pierre ou des objets de luxe, est omniprésent dans The Crossing. Alors qu'il fait tourner les têtes, dont celle de la mère de Peipei, qui passe ses soirées à jouer au Mah-jong, et celles des contrebandiers, il est la clef d'un rêve candide pour la jeune fille et sa meilleure amie : celui de voir la neige tomber au Japon, à Noël. Pétillante, douée d'une ambition à la hauteur de ses rêves, sans cynisme, Peipei saute la frontière, pleine d'assurance.

Tiraillée entre un père travaillant à Hong-Kong, qu'elle ne fait que croiser, et sa mère vivant à Shenzhen, elle se trouve une véritable famille au sein de la bande de contrebandiers et l'on assiste à son éclosion, à mesure qu'elle prend confiance. Trop jeune, trop naïve, l'ascension de Peipei bute cependant contre une réalité qui est la mesure de tout : l'argent, encore et toujours, qui fait tomber les masques de sa « famille ».

the_crossing_stillLa double vie de Peipei se manifeste dans le contraste entre la lumière cotonneuse qui baigne l'appartement familial de Shenzhen et la nuit de Hong-Kong, fourmillante, aux éclairages plus intenses. Cet espace géographique et mental est superbement rendu à l'écran, avec quelques plans inoubliables, comme celui qui capture la préparation par Peipei et Hao d'un coup ambitieux : dans un réduit souterrain noyé par une lumière rouge, les deux passeurs dévoilent leur corps pour y scotcher des téléphones. La scène s'étire comme le désir qui rapproche Peipei et Hao, trouble, contredit par la fidélité de la jeune fille à sa meilleure amie mais aussi par son inexpérience.

Car c'est aussi à la naissance d'une femme que l'on assiste, une femme changée et raffermie par l'épreuve qu'elle vient de traverser, dans un final poétique sublime, au point que l'on soit rongé par l'envie de revoir Peipei à l'écran un jour, simplement pour prendre de ses nouvelles.

The Crossing de Bai Xue, en salles le 12 août 2020, 3L Films

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 253 581

 

Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

mauvais gones
 

Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
169 abonnés