Jeudi Polar- Artifices: Claire Berest signe un labyrinthe mental tortueux à souhait!
Alors que le roman de sa soeur Anne, le très beau La Carte postale (Grasset) a fait parler de lui et pas forcément pour les bonnes raisons, le livre que Claire Berest a sorti pendant la même rentrée littéraire a été bien moins médiatisé.
Dommage car Artifices, paru chez Stock est une indéniable réussite dont on vous livre les secrets ci dessous :
« La directrice du musée d’Orsay avait tout mis noir sur blanc. Ce qui se passait dans les musées depuis une semaine, c’était prémédité. C’est l’œuvre d’une femme. Une artiste. Elle essayait de leur expliquer ça avec des mots pédagogiques, aux flics, mais on sentait bien qu’elle les prenait un peu pour des cons. Enfin pas pour des cons, mais pour des élèves gentils et un peu lents. C’était assez désagréable. »
Il y a tout d’abord Abel, un flic solitaire, sans histoire, bien noté par sa hiérarchie qui se retrouve pourtant suspendu suite à une dénonciation anonyme. Il y a Elsa, la jeune femme qui habite la chambre de bonne juste au-dessus, thésarde en histoire de l’Art, et très intriguée par ce voisin taciturne. Et aussi Camille, flic, accessoirement amoureuse de son collègue en disgrâce.
Et puis plus loin dans Paris, Mila, l’artiste performeuse dont personne ne connait ni l’identité, ni le visage, qui prépare une installation et un happening, qu’elle monnaiera très cher dans les galeries du monde entier.
Abel et ses drôles de dames, et un passé douloureux qui remonte étrangement à la surface.
« Artifices » n’est pas un polar alors que le héros est un policier, ce n’est pas un essai sur les performances artistiques et leurs dérives financières et égocentriques, alors que les musées parisiens sont les décors principaux, ce n’est pas un récit psychologisant sur le syndrome post-traumatique, alors qu’un drame qui s’est déroulé vingt ans plutôt dans une petite bourgade du Val de Loire est le nœud Gordien qui relie tous les personnages.
« Artifices » est tout cela à la fois, et un labyrinthe mental tortueux à souhait. Claire Bérest tricote habilement ces trois histoires et l’émotion étreint le lecteur sans crier gare, car « Artifices » c’est surtout l’histoire de la solitude et de la violence sourde de l’adolescence qui ne guérit jamais.
Impossible de ne pas rapprocher ce roman au formidable récit de Bruno Masi «Huit kilomètres » que Baz’art avait largement défendu l’an dernier.
«Artifices», de Claire Berest,Stock, 429 p., 21,50 €. Stock- Retrouvez la fiche du livre sur le site de l'éditeur


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