Baz'art  : Des films, des livres...
10 novembre 2023

Critique - Bungalow 21 - Théâtre de la Madeleine (Paris)

Capture d’écran 2023-11-05 à 11

En 1960, deux couples mythiques séjournent au Beverly Hills Hotel, à Los Angeles. Au bungalow 20, nous retrouvons Simone Signoret et Yves Montand, le couple star du cinéma français, au sommet de leur gloire et leur relation. Leurs carrières commencent à traverser l’Atlantique. Marilyn Monroe et son mari Arthur Miller s’installent dans le bungalow voisin, le temps du tournage du Millardaire (Let’s Make Love) qui réunit Monroe et Montand. Signoret et Miller doivent s'absenter. S'ensuit une liaison entre la star hollywoodienne et l'acteur français, révélée par la presse à scandale...

L’animateur Benjamin Castaldi, descendant de Signoret, a mûri l’diée de cette pièce pendant des années, en soufflant l’idée au dramaturge Eric-Emmanuel Schmitt puis en essayant de convaincre Mathilde Seigner (qui joue Simone Signoret). Elle a mis quatre ans avant de dire oui au petit-fils de l'actrice française.  

Sur l’idée, on se dit pourquoi pas ? Il s’agit avant tout de la rencontre entre deux femmes célèbres, Marilyn Monroe et Simone Signoret, aux destins opposés mais qui se retrouvent grâce à la richesse de leur parcours, leurs projets et leurs questionnements. D’autant que représenter Marilyn Monroe n’est pas une mince tâche, au vu de toutes les représentations et tous les stéréotypes qu’on lui prête…

Capture d’écran 2023-11-05 à 11

Et pourtant la pièce tombe les deux pieds dans le plat : d’un côté, une Marilyn hypersexualisée, écervelée, infantilisée et capricieuse par des retards qui s’allongent. L’actrice est présentée comme obsessionnelle par son désir d’être admiré, notamment par les hommes dans lesquels elle essayerait de retrouver son « Daddy ». De l’autre, Signoret est un autre stéréotype de femme : si elle ne peut être pas « belle », Signoret sera intelligente et cérébrale, tout le temps de mauvaise humeur. Bah oui, c’est évident qu’une femme ne peut être belle, intelligente et drôle à la fois… Il faut choisir… 

Au cinéma, il existe un outil, qui peut être étendu au reste des œuvres de spectacle vivants : le test de Bechdel (ou Bechdel-Wallace) qui mesure l’évolution des représentations sexistes. Pour ce test, il suffit de retenir quelques questions : comporte-t-il au moins deux personnages féminins ? Ces deux femmes se parlent-elles et si oui, d’autre chose que d’un homme ? Si on l’applique à cette pièce, le texte casse tous les scores puisque la grande majorité de leurs interactions ne tournent autour que d’un homme, Yves Montand en l’occurrence, et non de leur carrière et des difficultés qu’elles peuvent traverser ensemble.  

Une rivalité alimentée par le personnage de Montand. Oui, il faut s’y arrêter au personnage de l’acteur-star qui est détestable. L’écriture de la pièce vient à construire aussi deux stéréotypes masculins : Yves Montand, la star française hyper cool qui justifie sa jalousie et sa possessivité par son amour pour Signoret et même s’il la trompe et qu’il joue sur deux tableaux avec Marilyn, après tout « l’amour vaincra ». Et enfin, Arthur Miller, intellectuel proche de la gauche communiste, trop ennuyeux car engagé et mou, très mou… dommage de représenter un autre dramaturge de cette manière (à croire que Schmidt a un problème avec les textes de l’auteur américain). 

Capture d’écran 2023-11-05 à 11

Bref, il en ressort une écriture ancrée dans l’époque par le sexisme ambiant qui règne dans le bungalow ; mais seulement sur ce point-là parce que les dialogues, le phrasé date d’aujourd’hui… Un peu d’anachronisme dans l’air… 

Si on s’intéresse à l’œuvre, au fond, une chose vient me tiquer quant à la forme : avec le propos qui ressortnet de la pièce, on peut en venir à se demander si cela n’a pas un lien avec les acteurs.rices qui la composent. Je m’arrêterais sur Emmanuelle Seigner qui joue Monroe, avec, je le conçois, toute la pression que cela implique. Son retour au théâtre était attendu, d’autant que l’artiste s’estime «annulée» en France. Autrice d'un livre confession, Une vie incendiée (Éditions de L'Observatoire), où elle défend Polanski, père de ses deux enfants, poursuivi pour viol, elle déclare : «Je n'ai aucune offre en France. Ils m'ont “canceled”. Mais ce n'est pas un problème !». Lier ses positions à cette pièce tend à faire réémerger le (fameux) débat : peut-on séparer l’homme de l’artiste ? Question que j’appliquerai dans ce cadre, à la représentation de Montand dans la pièce et même de manière plus générale ; on est loin de « l’homme parfait » des années 60. 

Il ressort de ce moment, plutôt malaisant, un élément, (comment dire ?) intéressant quand on observe son environnement : le public rit des blagues et des frasques d’Yves Montand, qui rejette toute responsabilité sur les autres protagonistes. Oui avec le recul, c’est intéressant de voir ce décalage entre une partie de la salle très convaincu d’avoir déboursé une fortune pour cette soirée et de mon côté, où les blagues sexistes ne m’ont provoqué que de la colère. Mais ce n’est peut-être qu’un reflet de notre société ?

Après tout ce que j’ai pu dérouler, je reconnais un très bon point dans cette pièce : la scénographie est très riche et accrocheuse sans oublier les costumes magnifiques. Il faut saluer le travail d’Emmanuelle Favre et d’Anais Favre aux décors comme de Jacques Rouveyrollis et Jessica Duclos aux lumières. Malgré un décor accrocheur et de magnifiques costumes, la mise en scène de Jérémie Lippmann ne m’a pas (du tout) convaincu. 

Crédits photos : Cyril Moreau / Bestimage

Bungalow 21

Écrit par Eric-Emmanuel Schmidt / Mis en scène par Jérémie Lippmann

Théâtre de la Madeleine (Paris) 

Jusqu'au 7 janvier 2024

 

Jade SAUVANET

 

 

 

 

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 360 169
LE FESTIVAL DU FILM DE LAMA DÉVOILE SA PROGRAMMATION !
 

 

Cette année encore, pour sa 32ème édition, le Festival du Film de Lama vous propose une programmation qui ravira petits comme grands, faisant une belle part aux œuvres présentées au Festival de Cannes avec des films venus du monde entier. Comme l'indique la devise du festival, rendez-vous aux "Chroniques d'un village monde" !
 
Le festival s'ouvrira sur le film de Sarah Arnols L'espèce explosive, présentée à la Quinzaine des Cinéastes cette année et mené par Alexis Manenti, Ella Rumpf et Vincent Dedienne.
 
Pour continuer sur cette lancée cannoise, le festival aura l'honneur de vous présenter La vie d'une femme de Charline Bourgeois-Tacquet mais aussi Notre Salut (Prix du Scénario - Festival de Cannes 2026) d'Emmanuel Marre, Minotaure (Grand Prix de Cannes 2026) de Andreï Zviaguintsev, La Bola Negra (Prix de la mise en scène - Festival de Cannes 2026) de Javier Calo et Javier Ambrossi ou encore Histoires de la nuit de Léa Mysius.
 

Festival du Film Italien de Villerupt

49e édition - Du 23 octobre au 8 novembre 2026

www.festival-villerupt.com

 

 

 

Hommage à Monica Vitti et rétrospective autour de la figure du père, la 49e édition du Festival de Villerupt dévoile ses premiers éléments de programmation et son affiche officielle.

 

En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, cette dernière dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays. Une évolution qui sera illustrée travers une sélection d’une dizaine de films.

 

Le festival rendra aussi hommage à l’une des plus grandes icones du cinéma mondial : Monica Vitti, disparue en 2022. Reine de la comédie à l’italienne et égérie de Michelangelo Antonioni, elle est notamment célèbre pour ses rôles dans L’avventura ou Le désert rouge.

DE L'ÉCRIT À L'ÉCRAN MONTELIMAR FILM FESTIVAL 15 ème édition

DU VENDREDI 18 AU JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026- Montélimar


Le festival De l'écrit à l'écran revient en septembre 2026 pour sa quinzième édition.
Véritable temps fort de l'action culturelle menée par l'association éponyme, le festival conjugue au présent cinéma et littérature, crée des ponts inter-culturels et interartistiques stimulants et enrichissants. Il s'articule autour de 3 axes fondamentaux: ce qui s’écrit, ce qui se dit et ce qui se pense, sur la toile comme au-delà, et les met en lumière. En 2025, le festival a accueilli plus de 147 invités, organisé 140 événements dont 89 séances de cinéma et réuni plus de 33 000 spectateurs.

De l'écrit à l'écran - Cinéma Festival - Montélimar - 2024 | De L'écrit à l'écran

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
170 abonnés