palme-cannes1_0Au lendemain de l'annonce du palmarès du 65ème festival de Cannes par son président Nanni Moretti, on doit pouvoir dire que ce palmarès fera partie de ceux qui fait le plus débat parmi les journalistes français (avec celui de 1999 du Président Cronenberg, récompensant Rosetta et l'Humanité), tant il ne correspond pas à ce que la majorité des critiques avaient jugé de leur côté. Mais pour ma part, même si je déplore une ou deux absences, j'avoue que le contrepied pris par le jury Moretti aux rumeurs m'a plutôt agréablement surpris.

Passons sur la palme d'or, qui a récompensé Amour, un des grands favoris, comme je le disais dans mon article de mercredi. En attribuant la récompense suprème à Michael Haneke pour la seconde fois de suite, deux ans après Le Ruban Blanc, Moretti et ses comparses du jury n'ont pas fait un choix vraiment inattendu, tant le film a eu plus de défenseurs que de virulentsarticle_amour opposants et semble être un film fort et émouvant.

Toutefois, ce choix ne m'a pas déplu car je pense personnellement  préférer ce style de cinéma, certes un peu aride, mais aux enjeux dramatiques forcément passionnants, à d'autres longs métrages qui auraient pu être aussi récompensés, si j'en croyais les bruits d'avant Palmarès.

Ainsi, j'avais peur que Christian Mingui soit doublement sacré, 5 ans aprés la Palme d'or pour son second long métrage 4 mois, 3 semaines, 2 jours lors du Festival de Cannes de 2007. Certes le film reçoit le Prix du scénario pour son film Au-delà des collines, alors que les deux actrices Cosmina Stratan et Cristina Flutur obtenant le Prix d'interprétation féminine, au nez et à la barbe de Marion Cotillard ou Isabelle Huppert, fortement préssentie. Le film de Mingui me paraissant assez soporifique, d'apres ce que j'ai pu lire, les prix de consolations qu'il a eu me suffisent amplement.

eva-mendes-holly-motorsUn autre des grands favoris à la Palme d'or, qui lui, n'a carrément rien eu, est le Holly Motors de Léos Carax qui avait enthousiasmé la critique intello française dans son ensemble, mais moins l'international, et comme le jury est très international, il n'a visiblement pas été autant touché par ce film que les journalistes. J'irais certainement voir le film à sa sortie salles, car le film recèle visiblement un tas d'idées de mise en scène et de trouvailles visuelles, mais je ne pense pas que je sauterai au plafond. En effet, d'après ce que j'ai pu comprendre, le film ne tient que par la forme, l'histoire paraissant totalement absconse, donc, ce genre de films, dois je le rappeller, n'est pas vraiment ma tasse de thé...

Ce qui est étonnant quand même c'est qu'un autre film axant tout son potentiel sur la mise en scène a lui été distingué au Palmarès, alors même qu'il avait été, au contraire du film de Carax, totalement détruit par la critique: il s'agit évidemment du Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas, réalisateur qui avait ses fans dans la presse française, sauf pour celui ci, le film engendrant des réactions outrées. Visiblement, le réalisateur les a lues (ce qui est étonnant, c'est que la presse internationale était bien plus positive, donc il doit savoir lire le français) puisqu'il a fait une allusion, lors de la remise du prix, à cet accueil glacial. Bref, pourquoi le jury a t-il préféré Regadas à Carax, qui semblent boxer dans la même catégorie? Eux seuls le savent...

Sinon, j'avoue avoir été plutot séduit par certains des choix du jury, à commencer par le prix du Jury attribué à une comédie (la seule, il aurait sans doute fallu en mettre d'autre en sélection), et réalisé par l'immense Ken Loach. Il me tarde de voir La part des anges, qui promet un très bon moment en salles. Le Grand prix du Jury, récompense que Mattéo Garone avait déja eu pour Gommora peut surprendre, vu l'accueil trés tiede reçu par le film Reality lors de sa présentation, mais d'habitude cette récompense se porte sur des films plus arides, plus difficiles d'accès que cette oeuvre qui semble tendre et plein d'humanité.Evidemment, Moretti a du être sensible à la tonalité transalpine de l'oeuvre, mais il ne doit pas etre le seul dans le jury à partager cet avis. Quant au prix d'interprétation masculine, il y avait foule au portillon, mais Mads Mikkelsen est un immense comédien que j'ai pu apprécier dans pas mal de films, notamment ceux de Suzanne Bier, donc la récompense me semble parfaitement justifiée.

Une seule vraie déception pour moi, un peu comme l'année dernière c'était déjà le cas avec l'absence totale d'Almodovar est la non présence de De Rouille et D'os film que je devrais voir  ce lundi dans la soirée, et pour lequel je suis pret à m'enflammer comme le public nombreux qui l'a vu. Emmanuelle Devos, présente dans le jury et qui a déjà joué pour Audiard n'a pas, de son coté, réussi à faire pencher le jury de son coté.

On imagine, en effet, au vu de ce palmarès qui a privilégié le cinéma européen et plutôt d'auteur, et qui a totalement snobbé les films américains, que l'emprise du président fût très forte; ce dernier expliquant dans la conférence de presse d'après festival qu'aucun des prix ne fut prise à l'unanimité, ce qui laisse augurer des tensions et discussions fortes. Peut- être un jour ou l'autre, un des membres du jury nous révelera les détails de ce vote et la pression exercée par Sinor Moretti. En attendant, voici le détail de ce palmarès en question :

Palme d’or : Amour de Michael Haneke

Grand Prix : Reality de Matteo Garronne

Prix du jury : La Part des Anges de Ken Loach

Prix du 65ème : Aucun

Prix du scénario : Au delà des Collines de  Cristian Mungiu

Prix de la mise en scène : Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas

Prix d’interprétation masculine : Mads Mikkelsen dans La Chasse (Jagten)

Prix d’interprétation féminine : Cosmina Stratan et Cristina Flutur

Caméra d’or : Les Bêtes du Sud Sauvage de Benh Zeitlin (Un Certain Regard)

Palme d’Or du Court Métrage : Sessis-Be Deng de L. Rezan Yesilbas (Turquie)