antonyLorsque, pour la  toute première fois, au milieu des années 2000 , j'ai entendu chanter Antony Hégarty, le leader du groupe Antony and the Johnsons, c'est évidemment, comme beaucoup d'autres, je pense, sa voix qui m'a sidéré.

Cette pureté, cette possibilité de la modeler au gré de ses désirs,  et à l'intérieur d'un même morceau,  en faisait en fait une sorte de mix entre une diva de la soul à la Nina Simone, et un crooner à la Bryan Ferry ou  bien Sammy Davis Junior. Bref, impossible à cataloguer, sa voix venait réellement d'une autre planète.

Lorsque j'ai vu à quoi il ressemblait et lorsque j'ai lu des interviewes sur lui, je me suis dit qu'il n'y avait pas que sa voix qui était à part. Mi création gothique, mi diva japonaise maquillée à fond, l'homme est vraiment un être différent du commun des mortels, et dont le look contribue pour beaucoup à sa légende.

Et cette impression d'incroyable singularité, je l'ai fortement ressentie la semaine passée, lorsque je suis allé le voir, et pour la toute première fois de ma vie, chanter à l'amphitéatre de Fourvière,  lors de son Cut the world tour qu'il effectue cet été, en compagnie d'un orchestre symphonique différent chaque soir. Et comme le dernier concert que j'avais pu voir à Fourvière, celui de Sting l'an passé, ce concert avait comme finalité de brouiller les frontières entre pop musique et musique philarmonique et de livrer dans un superbe écrin les morceaux d'Antony Hegarty.

Mais reprenons un peu au début de ce show pour essayer de restranscire ce sentiment qui nous a emporté, à ma copine et à moi :lorsque la nuit tombe sur l'amphithéatre, vers 22 heures, les musiciens de l'orchestre national de Lyon s'affairent autour de leur pupitre..puis quelques instants après, le chef d'orchestre arrive, sous une nuée d'applaudissement, suivi de près par Antony lui même, vétu d'une cape noire immense qui lui confère encore plus que d'habitude des allures de divinité célesjonhsonte.

Dès les premières notes de son premier morceau, Rapture, on est totalement sous l'emprise de cette voix et du déchirement des cordes qui l'accompagne. Fasciné, envouté, ces sentiments perdureront pendant toute la durée du show: l'impression d'assister à plus qu'un spectacle, une sorte de grande messe mais sansle coté religieuse du terme, mais plutot métaphysique, voire mystique.

Il faut dire aussi  qu'Antony en fait beaucoup dans le coté diva : les mimiques et les postures qu'il prend  juste avant d'ouvrir la bouche, sincère ou un peu surjouées, ne font que rajouter à l'impression de sacralisation de l'artiste. Sans oublier sa seule interaction au public, un long monologue assez halluciné en anglais qui part dans tous les sens mais dont le message est de dire qu'il faut aimer nos mères (on dirait  presque du Sexion d'assault là :o)

Quant à la fusion entre ses morceaux et la version symphonique, si parfois on aimerait que l'orchestration soit moins présente, (car elle se fait sur certains morceaux au détriment de la voix d'Antony), la majorité du temps, les chansons de l'artiste sont vraiment magnifiées dans cet écrin : ainsi Kiss My name prend des accents plus rythmés, plus punchy que dans la version CD,  Cripple and the starsifhs, apparait ici  toute en délicatesse, et toute en suspension, et You'are my sister donne un sentiment d'allégresse et de délicatesse foudroyant.

Bref, pendant l'heure et demie du show (un peu trop court, qund même jeune homme(,?)), ce sentiment de lévitation est prégnant : on a vraiment le sentiment de voler avec l'artiste au dessus de Fourvière,  et 5000 personnes qui lévitent simultanément par la force d'une seule personne,  une créature vocale venue d'ailleurs, c'est quand même quelque chose à laquelle il faut assister au moins une fois dans sa vie.

Et ensuite, pour les 5000 personnes en question, dont votre humble serviteur, le retour sur terre n'était pas des plus évidents, mais c'est évidemment le revers de la médaille après une soirée aussi magique...