virginie ollagnierDans le cadre de ma participation au prix CEZAM dont je vous ai parlé plusieurs fois, j'ai eu la chance- même si  au départ je ne faisais pas partie de ce jury là-,  d'assister fin janvier,  dans un beau café de la Place des Terreaux, à la remise du prix de l'an passé, qui a vu l'attribution du prix à la romancière Virginie Ollagnier  pour son 3ème roman Rouge argile.

Et comme Virginie Ollagnier est une romancière lyonnaise,  elle était évidemment présente lors de cette remise du prix (l'année d'avant, c'était un irlandais parait il, il avait plus de chemin à faire), et nous avons pu l'écouter parler et lui poser toutes les questions que l'on voulait.

Personnellement, au moment de la rencontre, je n'avais pas encore lu Rouge Argile, donc, forcément cette conversation était un peu sybiline pour moi, mais ensuite, j'ai demandé le roman à son éditeur, et j'ai pu me plonger dans ce beau roman et ainsi mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette rencontre.

 La rencontre était animée par Erik Fitoussy,  le gérant d'une des librairies les plus dynamiques de Lyon, la Librairie du Passage,  et qui semblait bien rodé à ce genre de discussions.

Face à lui, la romancière, agée d'une quarantaine d'années, s'est montrée elle aussi particulièrement à l'aise dans cet exercice de la rencontre avec ses lecteurs. L’auteur Lyonnaise, qui  a publié 3 romans aux éditions Liana Levi, dont le premier, particulièrement remarqué, mais que je n'ai pas eu l'occasion de lire ( Toutes ces vies qu'on abandonne),  est également formatrice en communication écrite et scénariste de bandes dessinées.

Elle a largement relaté la genèse de ses récits, la construction de ses romans et le parcours de ses manuscrits, décrivant son travail et son quotidien.Virginie  nous a a avoué aimer raconter des histoires depuis qu'elle était toute petite. Des épisodes de séries qu’elle inventait pour ses camarades d’école aux nouvelles contées en famille, l’imagination est coutumière : «J’aime narrer, inventer mais aussi m’imaginer la vie des gens que je croise».

Virginie nous a explique qu'au départ, de par sa dislexie, elle ne se voyait pas forcément romancière et que c'est Olivier Jouvray, son mari et  premier auditeur,   également illustrateur de Bande dessinée ( notamment auteur de la  série Lincoln) , qui ira jusqu’à envoyer secrètement le manuscrit pour la publication du premier roman. «Il me poussait à partager mes histoires avec des lecteurs», s'est notamment souvenue la romancière.

Des lecteurs pour lesquels elle n'a pas tarit pas d’anecdotes sur sa manière d’écrire, et sur la composition de ses écrits , à la grande satisfaction d'Erik Fitoussy, tant il était rare , nous a t il rappellé qu'un auteur donne autant de secrets de fabrication d'un roman.

 Pour Virginie Ollagnier, «Ce sont des moments de rêverie qui m’imposent des images, point de départ de mes romans, et le nouveau récit va alors envahir mes pensées à chaque instant». À partir de thèmes tirés des préoccupations de l’auteur (souvent des sujets contemporains), la situation et les personnages vont ainsi se mettre en place jusqu’à ce que Virginie Ollagnier puisse, sans aucune note, se raconter mentalement toute l’oeuvre. «Je la relate ensuite à plusieurs personnes, pour y apporter des réglages, avant de commencer l’écriture.,En littérature, il est essentiel de mobiliser les cinq sens»

Pour Rouge argile, ce roman qui traite  du sentiment apatride des migrants, les recherches ont également été nombrerougeuses, pour plonger le lecteur dans le Maroc des années 1970, se basant notamment sur des témoignages pour nourrir l’imaginaire …

 Bref, cette rencontre était passionnante et très enrichissante  et m'a donc donné envie de me plonger dans ce fameux Rouge Argile, qui m'a emmené  dans un autre continent, et précisemment au Maroc, sur les traces d'une  femme, Rosa, qui , après 20 ans de vie à paris, revient aux sources après la mort de celui qu’elle a toujours considéré comme son second père.

Rosa,  de retour après 20 ans de vie parisienne, se replongera dans ses lieux d’enfance et de souvenirs. Un formidable récit onirique et sensuel, où sentiments et douleurs s’avivent au souffle de l’Orient. Une belle rencontre en perspective.

En situant son intrigue en 1979, Virginie Ollagnier se place très peu de temps après la décolonisation de l'Afrique du Nord et place ses personnages dans une situation d'interrogation par rapport à leur rôle. Car en nous présentant l'histoire d'une femme mariée, mère, qui revient sur sa terre natale et va s'interroger sur la suite de sa vie et devoir accepter que le passé n'est pas celui qu'elle imaginait, Virginie Ollagnier nous offre aussi un roman qui parle de l'Histoire à travers la question de la décolonisation mais aussi à travers le personnage d'Egon, le père dont Rosa va faire le deuil.

Egon, juif allemand, arrivé au Maroc pendant la guerre, n'hésitera pas à prendre directement la parole au cours du récit pour relater sa vie, ses errances, ses rencontres, ses amours... Et puis Rouge Argile est aussi un roman qui nous parle d'histoire et de mythologie familiale, d'une petite fille qui s'est construite sur des croyances qu'elle va découvrir erronées, qu'elle devra accepter cependant pour combler les lacunes et les incompréhensions qui pouvaient s'être glissées dans son esprit.

Bref, un très joli roman riche et écrit d'une très belle plume, qui n'a fait que prolonger le charme de cette rencontre avec cette excellente romancière que le prix CEZAM aura permis de me faire découvrir.