chiba louisaLes bons sentiments font ils de bons films?

Cette question, à laquelle la critique intello répond toujours par la négative dans leurs critiques de films,  et à laquelle je suis généralement plus nuancé dans ma réponse, je m'avoue me l'être posée pendant toute la projection du film Cheba Louisa,  le premier film de Françoise Charpia, réalisatrice de la série Plus Belle la vie ( bon, je vous avouerai ce fait d'arme n'est pas forcément un a priori positif) et qui est sorti il y a une bonne quinzaine de jours, soit le 8 mai dernier.

En effet,  dans cette période de sinistrose ambiante, quoi de mieux que de "fabriquer" une oeuvre avec tous pleines de bons sentiments dedans.? Pourquoi, me diriez vous?

Ben, tout simplement car, pendant ces périodes, l'être humain a  forcément tendance à rechercher des films qui leur servent de valeur refuge : autrement dit, le spectacteur a  farouchement besoin de choses gaies dans un climat de crise, et c'est dans ce but,  incontestablement, l'industrie cinématographique nous sort de plus en plus souvent des films montrant des sentiments exacerbés dans le but de déclencher l'empathie du public.

 Le problème, c'est que les bons sentiments, surtout quand ils sont marketés par des producteurs pour plaire au plus grand nombre, ne garantissent pas du tout la qualité d’un film, bien au contraire.   Surtout que, bien trop souvent, ces producteurs, ou réalisateurs (ne soyons pas trop cyniques) ont tendance à  confondre "bons sentiments" et "mièvrerie" ( voire"sensiblerie".)  En un mot comme en cent, il ne suffit pas de convoquer valeurs positives et optimisme de bon aloi pour faire un bon film.

Pour prendre un exemple concret, le  cinéma de Ken Loach dont j'ai vanté les mérites à de nombreuses occasions l'année dernière parvient à interpeller le public en faisant appel à son intelligence ou à son instinct, et pas uniquement à sa propension à s'émouvoir du premier coup.

 Dans le cas de Cheba Louisa,  malheureusement, on est  plus dans ce que je dénoncais en préambule que dans le cinéma du maitre anglais de la chronique sociale : le film, comédie sociale qui s’attaque aux préjugés est absiolument inattaquable sur ses intentions. En effet, celles ci sont respectables à 100% : éloge de la solidarité et de la transmission et magnificience du pouvoir de la musique,  à travers  l’existence des Chebas, ces femmes algériennes qui aiment  chanter de cabarets en cabarets.


Diffusant d'évident messages de tolérance et d’acceptation de l’autre, "Cheba Louisa" commet hélas l’erreur de rechercher coute que coute ce sentimentalisme que j'ai dénoncé ci avant. Pour combler un scénario quelque peu bancal, la réalisatrice va compenser cela par un trop de situations idyliques et de personnages stéréotypés ( les mecs cools de la cité, la maman arabe trop étouffante...)  pour espérer capter une émotion et une vraie empathie chez le spectateur.

Et c’est bien dommage, car la très solide performance des deux actrices principales suffisait largement, et il était inutile d'insister lourdement avec ces différents ressorts scénaristiques maladroits. Rachida Brakni et Isabelle Carré démontrent une fois de plus leurs grands talents de comédiennes dans des rôles un peu différents de ce qu'elles jouent habituellement (et ce, bien que le rôle de Carré ressemble pas mal à celui qu'elle tenait dans Du vent dans les molets, film autrement plus émouvant et consistant). 

Si j'ai osé invoquer Loach en  début de mon billet, c'est que la réalisatrice avait fait savoir, dans les nombreuses interviewes du film, qu'elle avait pris modèle sur les comédies anglaises, celles où les seconds rôles sont importants, où on les traite vraiment, on leur donne un parcours.

Hélas, sur l'écran, les intentions sont toutes autres, et ces pauvres personnages secondaires (comme les différents prétendants de Rachida Brakni) apparaissent vraiment de simples silhouettes, et les acteurs n'ont pas grand chose à incarner.

Bref,  si les intentions de la réalisatrice sont tout à fait louables sur le papier ( faire une conte de fées optimiste et ensolleillé), le résultat à l'écran n'est pas à la hauteur de ces intentions!!!! Dommage!!