1809218-la-tendresse-rencontre-avec-maryline-cantoIl y a une dizaine de jours, j'ai chroniqué deux films français qui avaient, ne seraient ce que dans leurs titres, des veilleités de grand espace et de fuite en avant.

Même si le résultat final était à mes yeux assez mitigé,  et même si finalement, les personnages et les films n'allaient pas bien loin, on  ne pouvait saluer que l'ambition de départ.

Les deux films suivants que j'ai vu en salles, et qui sont tous deux sortis le 2 octobre dernier, n'ont eux, hélas, pas le même objectif de départ...

En effet, ces deux films en question, "La Tendresse" et la Vie Domestique "sont deux films qui sur le papier, (et sur l'écran) s'attachent au contraire à parler du quotidien le plus terre à terre.

Bon, en même temps, en général, admettons le, cela ne m'a jamais déplu ce coté très rationnel de l'écran, et je l'ai assez dit comme cela, je ne fais pas partie de ceux qui vont au cinéma pour toujours s'évader et réver d'ailleurs...

Malheureusement, lorsque j'ai vu ces deux films-qui possèdent néanmoins chacun leurs qualités respectives, je me dis que le supra quotidien a quand même parfois ses limites, et que ces deux films n'ont pas réussi à transcender cette approche très minimaliste de leur sujet.

La preuve en deux -relativement- courtes chroniques :

 1. La Tendresse, de Marion Hansel :

Si on lit le scénario de ce film, sorti confidentiellement sur nos écrans le 2 octobre ( mais distribué par Epicentre, ma fidèle société de distribution, qui m'a généreusement invité),  on bouge autant que dans Elle s'en va, puisque le film est  également un road movie  situé entre la Belgique et les Alpes... On suit  Lisa ( la trop rare Marylin Canto) qui  apprend que son fils Jack, 18 ans, moniteur de ski dans une station des Alpes, s’est gravement blessé lors d’une descente, et qui décide alors la route avec Frans, son ex-mari  ( le toujours épatant Olivier Gourmet, même quand il n'a pas grand chose à jouer, comme là) dont elle est séparée depuis quinze ans, pour ramener l’accidenté, sa camionnette et ses affaires. 

Bref, vous le voyez, l'intrigue est pour le moins mince, mais cela pourrait donner un joli film sur les sentiments qui restent entre deux personnes qui se sont follement aimés, puis beaucoup moins et dont il ne reste qu'une certaine...tendresse ( d'où le titre du film, qui est aussi le titre d'une chanson de Daniel Guichard, aie). Sauf que de ce scénario très ténu à la base, Marion Hänsel ne cherche absolument pas à l'étoffer avec quelques rebondissements ou situations un peu exceptionnels, ou même des dialogues piquants.

Totalement dénuée de dramatisation et du moindre conflits (Madimado peut y aller sans problème, et désolé les autres pour cette petite private joke), cette oeuvre, qui cherche visiblement à éviter les recettes scénaristiques les plus  usuelles, se vautre dans une platitude et une insignifiance  assez totale.  On ne voit à l'écran que des choses extrêmement et tristement banales : un verrou de toilette qui ne fonctionne pas (euh, ca m'arrive souvent, ça, ce genre de passionnante mésaventure, je ne vous en ai jamais parlé parlé?),  une carte bleue qu'on n'arrive pas à passer,  une promenade en moto neige nocturne, un diner aux restaurants avec des discussions vaguement racistes du père..

On pourrait penser que l'empathie fonctionne à plein régime avec ces personnages et situations que l'on connait bien, sauf que  c'est le contraire qui se produit. A force de ne pas choisir entre drame et comédie, la réalisatrice donne la facheuse impression de laisser son film faire un surplace bien inquiétant, et l'ensemble nous  semble tellement mou et apathique qu'on est heureux que ce voyage ne dure qu'une heure 15!! 

Rajoutons que j'avais été invité par la région Rhone Alpes, partenaire du film, à aller interviewer les acteurs (dont le génial Olivier Gourmet) dans un hôtel de luxe pour la promotion de ce film, je n'ai pas pu  répondre favorablement à l'invitation ( j'avais une bonne raison j'étais à l'hôpital à ce moment là) mais en même temps, ce n'est pas plus mal car j'aurais eu du mal à simuler mon enthousiasme!!

 la-vie-domestique-emmanuelle-devos2. La Vie domestique, d'Isabelle Czajka

Ce film là, j'en attendais plus que "La Tendresse", comme je l'avais dit dans mon billet de présentation quelques jours avant sa sortie, car j'aimais beaucoup les deux films précédents de la réalisatrice Isabelle Czajka , qui se frottaient également au quotidien, mais en lui opposant un regard à la fois acide et intelligent, et avec une jeune actrice ( la fantastique Anais Demoustier, hélas absente ici ) au diapason.

Cette "Vie domestique", bénéficiant pourtant de plus de copies et d'une promotion plus intense que ses deux premières oeuvres, m'a semblé être en dessous niveau qualité et constitue pour moi une relative déception, malgré quelques qualités indéniables.

Dans ce film, comme dans la tendresse, il ne se passe absolument rien d'exceptionnel, de romanesque ( et pourtant c'est une adaptation d'un roman de Rachel Cusk, Arligton Park très louangé à sa sortie mais que je n'ai pas lu), sinon la vie banale de quelques femmes vivant dans une banlieue résidentielle de la région parisienne. Ces femmes vont  conduire leurs enfants à l'école, traversent un magnifique parc arboré autour d'une prairie et de plusieurs étangs,  se retrouvent chez l'une ou l'autre pour boire un café , et l'après midi, elles vont essayer des robes dans un  centre commercial.

Vous le voyez à ces quelques lignes, Le film d'Isabelle Czaijka  est confronté à un problème auquel il aura du mal à résoudre pendant toute sa durée, celui de réussir à  éviter l'ennui du spectateur quand le sujet principal  est justement l'ennui .

la-vie-domestique-emmanuelle-devos-julie-ferrier

En effet, les journées de ses "desperates housewifes"  (peu de rapport avec la série quand même à part que ce sont des femmes au foyer) sont  sans  vrai relief,  et le défi de tout mettre sur une seule journée se retourne alors contre le film, surtout lorsqu'on quitte le couple Emmanuelle Devos- Laurent Poitrenaud ( le seul avec lequel j'ai pu un peu m'identifier) et qu'on va voir ses autres femmes qui ressentent plus d'émotion lorsqu'un gamin tache leurs canapés que lorsqu'elles apprennent le décès de leur grand père...

Le film évite certes plutôt bien la caricature (du moins concernant ces femmes, la vision des hommes elle est très chargée et sans nuances), et certaines scènes sont même assez subtiles et sonnent terriblement justes ( le cours que donne Emanuelle Devos à des jeunes filles défavorisées, scène qui fait pas mal penser à" Entre les murs" ou bien encore les scènes vers la fin avec sa mère, jouée par une géniale revenante Marie Christine Barrault, déjà formidable dans le très raté Le Grand Méchant loup), mais cela n'empêche pas que le film se suive souvent sans grande passion, et sans qu'on comprenne exactement où la réalisatrice voulait vraiment en venir.

On attend le coup d'éclat qui brisera le versant un peu lénifiant du film, mais celui ci, sans spoiler l'intrigue, n'arrivera  hélas jamais!!!

Bref, deux films qui nous démontrent hélas leur incapacité à transcender ce portrait du quotidien le plus banal... ou bien alors, ces oeuvres n'y sont pour rien et  est- ce moi qui ai changé dans mes gouts de prédilection?...  Euh, attendons alors de voir comment je vais réagir devant "Gravity" ou The Snowpiercer, qui là, m'emmèneront à n'en pas douter,  à des années lumières du quotidien pour faire cette conclusion un peu trop hâtive pour le moment!!