Comment rapprocher deux romans qui a priori n'ont rien à voir, ni au niveau de l'histoire, ni au niveau du pedigree de leurs auteurs ni au niveau du projet écriture? Ben simplement avec le prénom du personnage de l'héroine, figurant d'ailleurs tous les deux dans le titre des ouvrages en question, qui sont tous deux parus ces dernières semaines...

Certes, ce parrallèle est un peu tiré par les cheveux, je vous le concède aisément, mais une fois cela pris en compte, on peut faire plus ample connaissance avec Greta Wells, héroine purement fictive inventée par Andrew Sena Greer, et Greta Garbo, star incontournable de l'age d'or d'Hollywwod réhabilité par la critique littéraire et désormais romancière Nelly Kapriélan :

 1. Les vies parallèles de Gréta Wells  ;  Andrew Sean Greer : quand Greta redouble

vies-paralleles-greta-wells-1475995-616x0 1985 New York, Greenwich village. Greta Wells, une photographe, est atteinte de dépression : son frère jumeau Félix est mort du sida et son compagnon Nathan vient de la quitter. Elle entreprend un traitement  par électrochocs. Elle se réveille en 1918, tous les gens qu’elle aime sont là, Felix ,vivant, est fiancé à la fille d’un sénateur et amant d’Alan son avocat. Nathan est au front en Europe et la pandémie de grippe espagnole fait rage.

Une autre séance d’électrochoc, Greta se réveille en 1941, juste avant Pearl Harbour, elle est mariée à Nathan, mère de famille comblée……Trois époques, trois Greta… Femme, mère, maitresse.

Ecrivain malin et talentueux, Andrew Greer, auteur des Confessions de Max Tivoli (L'Olivier, 2005, Points, 2009) et  surtout de L'Histoire d'un mariage (L'Olivier, 2009, Points, 2010), qui a connu un grand succès critique et public en France, brosse le portrait d’une femme et d’une ville dans trois époques déterminantes.

Combat pour la condition féminine, combat pour la condition homosexuelle, le romancier n’oublie pas ses engagements passés. Il faut savoir qu'il est entre autres l’auteur du très remarqué « L’histoire d’un mariage » et on comprend aisément le succès de ce précédent roman en dévorant celui ci.

Son héroïne, une femme libre en 1985, porte en elle toutes les batailles des féministes qui l’ont précédées et Félix a reçu en héritage les luttes et les humiliations des gays tout au long du XXe siècle.

Ecriture précieuse et délicate, ses héros semblent sortis d’un tableau d’Edward Hopper ou d’un film de Douglas Sirk,  « Loin du paradis  » de Todd Haynes est tout près.  A la fin du roman Greta s’interroge : «  Quand et où a-t-il été facile d’être une femme ? » La question reste posée.(Chronique de MD)

2. Le manteau de Greta Garbo, Nelly Kapriélan ( Grasset) : quand Greta vend sa garde robe

garboJ'attendais un peu, au tournant de cette rentrée littéraire, le premier roman de Nelly Kaprièlian, que je connaissais bien, mais en tant que critique littéraire. Il faut dire que je suis sa plume depuis plusieurs années, notamment en tant que directrice des pages littéraires des Inrockuptibles,  et suite à sa  participation à l'incontournable émission du  "Masque et la Plume" sur France Inter, et je savais la femme assez intransigeante et exigente dans ses goûts et dans ses détestations (arborrhant certains auteurs que j'aime beaucoup, comme Olivier Adam, personne n'est parfait).

 Pour son premier roman, Nelly Kapriélan a choisi de prendre comme point de départ une vente aux enchères de la garde-robe de Greta Garbo qui s'est tenue en décembre 2012 à Los Angeles.

Cette vente aux enchères permet à l'auteur de se poser une question plutot existentielle que je ne m'étais jamais vraiment poser, moi qui ne suis pas un fanatique de l'accoutrement: les vêtements d'une femme peuvent-ils raconter une vie, éclairer ses mystères ?

Parler des vêtements de Garbo, c'est en effet essayer de saisir les éflluves d'une vie disparue, ce qu'il en reste plusieurs décennies après .Les vies de Garbo une star d'Hollywood qui n'est pas de ma génération et que je connais mal,   sont ainsi évoquées sous l’angle des vêtements, aussi bien sa vie publique que sa vie d'ermite à l'écart des paillettes d'Hollywood.

Le postulat de départ est ainsi fort intéressant et ambitieux,  et fait un peu penser au cheminement d'une Brigitte Giraud  dans "Avoir un corps", un des beaux livres de la rentrée littéraire précédente.

Mais ici, contrairement à chez Giraud, le résultat peine vraiment à convaincre et à captiver.  "Le manteau de Greta Garbo" s'avère au final comme une sorte de collage mélangeant  réflexions, des analyses, extraits d’œuvres ou d’entretiens. Et il aurait fallu pour assembler pareille construction disparate,  fluidité et  cohérence qui font ici cruellement défaut.

Bref, ce manteau de Greta Garbo apparait ainsi hélas comme un patchwork dénué de vrai fil narratif et laisse une impression de fouillis, comme dans une garde robe ou on n'aimerait pas forcément mettre les mains (et ce même pour quelqu'un qui se fait appeller baz'art :o). Bref, une vraie belle déception au vu du sujet et de la personnalité de l'auteur.

Résultats des courses : la Greta US l'emporte par KO sur son honomyme française...