Avec ces rentrées littéraires de septembre et janvier, tout va à un rythme démesuré : les grands romans de la rentrée littéraire de septembre 2014 doivent désormais laisser la place à ceux de la rentrée de janvier 2015 qui devraient ,on l'espère du moins , nous livrer encore quelques formidables pépites.

Mais en attendant de vous conseiller prochainement quelques découvertes, il nous restait quelques romans de septembre qu'on voulait absolument lire Michel et moi, car on en avait lu du bien ici et là...

Et parmi ces romans, deux ouvrages français d'auteurs assez peu connus, et qui méritent largement à leur lecture ces bonnes critiques. Voici nos confirmations en deux chroniques du dernier roman de Sylvain Prudhomme et de François Roux :

1. Les grands; Sylvain Prudhomme : musique et Afrique pour un formidable roman

les-grands_5114362"Le groupe avait repris du service depuis quelques années maintenant. Après plus de vingt ans d’absence, il recommençait à tourner, dans le pays et à l’étranger. C’était l’effet magique d’un nom entré dans l’histoire du pays, comme l’étoile de Dakar au Sénégal, le Rail Band au Mali, le Bembeya Jazz en Guinée-Conakry".

Avant d'attaquer "Les Grands",  le nouveau roman de Sylvain Prudhomme, agrégé de lettres modernes qui a grandi en Afrique, je n'avais jamais entendu parler du groupe Super Mama Djombo, un vrai groupe de Guinée Bissau, très connu en Afrique, energique et virevoltant qui fait danser des stades entiers.

Dans "Les grands", Sylvain Prudhomme nous raconte la très belle histoire de ce groupe mythique en Afrique de L'Ouest,  et  reinvente l'histoire personnelle du groupe, autour d'une romance entre Couto, le personnage principal du livre, un des musiciens du groupe et la chanteuse.Mais au-delà de la petite histoire, on voit à quel point l'auteur connait bien "son" Afrique, que ce soit la nature et les paysages qu'il décrit avec grande habileté, ou bien sa vie politique qu'il regarde d'un oeil souvent critique, avec les effets de la colonisation portugaise, le rôle de l'armée,  la corruption des politiques et leur instabilité au pouvoir.

Roman touchant et mélancolique (le roman commence à la mort de la chanteuse lorsque Couto se remémore toutes les années de succès du groupe et de tournée), il en ressort parfaitement l'amour de Prudhomme pour la Guinée Bissau et pour l'Afrique en général, ainsi, qu'évidemment qu'un goût manifeste pour la langue française qu'il maitrise à merveille.

2; Le bonheur national brut; François Roux

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« Bientôt, Rodolphe serait empêtré dans les rouages du monde politique, Tanguy dans ceux de l’entreprise, Benoit et moi dans ceux de l’art et de la culture. Chacun de nous devrait batailler, contre les autres mais surtout contre lui-même. Chacun de nous pour tenter de survivre –pour tâcher d’être  heureux ?-, s’efforcerait à sa façon d’enfouir les monstres cachés qui n’avaient cessé de nous poursuivre depuis l’enfance. Pour le moment nous étions morts de rire, et cela nous suffisait amplement. »

Quatre copains, l’année du Bac dans une petite ville de Bretagne mais pas n’importe quelle année, 1981, l’année du basculement de la France à gauche.

Quatre  potes : Antoine, terrien, passionné, le plus aventurier de tous, Tanguy froid et ambitieux, Bernard Tapie est pour lui un modèle, Rodolphe prêt à s’engager en politique, socialiste tendance Rocard, tant pis si sa future belle famille vit dans l’opulence des nouveaux riches et Paul le narrateur, Gay en rupture de famille et futur acteur. Après les années d’apprentissage nous retrouverons trente ans plus tard les quatre hommes, que reste-t-il de leurs amours, de leurs rêves et de leurs espoirs ?

Mai 1981, Mai 2012. Gros pavé de près de sept cents pages, François Roux nous entraine dans une fresque politique et sociale, il empoigne les années Mitterrand qui sont aussi les années Fric et les années SIDA, il plonge ses héros dans les tourments du début de la vie d’adulte et les retrouve au moment de leur bilan de mi- vie. Le romancier excelle dans la description du lien organique, sensuel et intime que les  jeunes hommes entretiennent face au monde.  Un roman Français qui a l’ambition et le punch d’un roman Américain, il ne faut surtout pas rater cela. Chronique Michel D