mon roi

Lors de ma présentation du jeu concours que j'ai organisé autour du film Mon Roi de Maïwenn, je revenais longuement sur le fait que deux clans semblaient s'opposer depuis sa présentation en compétition officielle à Cannes, entre ceux qui avaient détesté et ceux qui avaient adoré le film. 

 Lors de sa projection en compétition officielle à Cannes, Mon Roi le nouveau film de Maïwenn, qui sort en salles mercredi prochain le 21 octobre,  fut loin de faire l’unanimité, et divisa largement entre deux clans comme une très grande majorité du second clan était du sexe féminin.

 Et la presse notamment accentuait cette division sexiste, puisqu'alorsqu'une grande revue spécialisée se demandait’il ne fallait  pas être une femme pour aimer le film de Maïwenn ? , une autre recensaient les attaques masculines qui s'enflamment avec une hargne un rien suspecte en  taxant les critiques de légèrement sexistes sur les bords 

 Il faut dire que souvent ceux qui ont détesté le film ont lâché l'adjectif  "hystérique", un adjectif que les machos de tous poils utilisent souvent pour qualifier une œuvre qui serait trop féminine à leurs yeux.

 Adorant dès que je le peux aller contre le sens du vent et prouver à quel point je n'ai rien d'un macho, j'aurais adoré défendre ce Mon Roi, hélas, à la sortie de la projection je dois reconnaitre que je me suis plus rangé du coté des hommes que des femmes, même si je n'ai aucune envie de laminer  ce film dans les grandes largeurs comme d'autres ont pu le faire.

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 Car contrairement à ce que ces critiques masculines particulièrement sévères laissaient entendre, l’homme n’est pas forcément plus mal vu que la femme dans Mon Roi au contraire, aussi narcissique et pervers soit le personnage de Vincent Cassel, il est toujours regardé avec les yeux de l’amour par l’héroïne et par la caméra de Maiwenn, et c’est plus le personnage d’Emmanuelle Bercot , immature et soumise qui n’est pas vraiment épargnée.  

 Et le film possède cette ambigüité un peu maladroite de jeter presque autant le blâme sur Tony pour sa passion que sur Georgio pour sa  Mon roi a le tort de se complaindre à traiter le sujet sans prendre de parti, sans stigmatiser le bourreau du couple perversité.

 L’autre  problème du film  est que loin de la passion qu'espère provoquer la réalisatrice avec sa réalisation fiévreuse et emportée qui fonctionnait tant dans Polisse, on a toutes les peines du monde  à s'intéresser à nos deux héros, ce qui est bien ennuyeux lorsqu’on est amené à les suivre sans discontinuité pendant deux heures de montagnes russes émotionnelles assez épuisantes.

 Aucun de ces deux personnages n’est vraiment intéressant à suivre et on en fait  a du mal à comprendre vraiment ce qui a bien pu séduire tant Toni chez ce Georgio (Cassel donc) finalement assez bas du plafond, et ni spirituel ni franchement charismatique- même si tout cela est forcément subjectif et que le charme de Vincent Cassel semble ne pas laisser indifférente pas mal d’autres-

 mon roi film

 Surtout ces deux heures de destruction psychologique nous paraissent d’autant plus vaines qu’elle ne  propose jamais  à ses personnages -qu'il s'agisse de la victime ou de son bourreau - la moindre échappatoire

 Heureusement que le décidemment formidable Louis Garrel, interprétant avec énormément de talent  le frère de Tony, devient le miroir du spectateur du film,  et quand dans la seconde partie, il disparait du film on est un peu orphelin et on  est tous seuls à être assez dubitatif devant le combat que ce livrent ces deux personnages qui gesticulent et crient beaucoup, mais sans vraiment nous émouvoir totalement…,

 On sent bien que Maïwenn  veut se rapprocher du cinéma de Maurice Pialat, celui de nous ne veillerons pas ensemble, mais hélas il manque cette force et ce regard sans ambigüité  et sans concession qui fait défaut ici

  Que dire en effet du séjour de rééducation de Tony, suite à un accident de ski  qui voit l’apparition assez  improbable de Norman -celui qui fait des vidéos si on  comprend le parallèle métaphorique qu’a voulu nous tendre Maiwenn (surtout avec la lourde scène de la psy du centre qui insiste sur l’étymologie du mot «  genou » dans une scène vraiment gênante) toutes ces scènes ralentissent le reste du film et semble totalement superflues.

mon roi2 Dommage pour la sincérité évidente de la réalisatrice- dont l’histoire personnelle semble résonner énormément- et pour ceux des acteurs qui  s’investissent comme ils le peuvent dans cette relation autodestructrice sans issue, mais ce Mon roi  reste  trop poussif voir brouillon sur le fond pour bouleverser, et même émouvoir comme j’aurais tant  aimé l’être…

 Sur des thèmes proches( le retour sur une déchirante histoire d'amour par flash back) , le 5 fois 2 d'Ozon ou le Blue Valentine de Dereck Cianfrance étaient autrement plus poignants et déchirants..

Bref , encore un film primé à Cannes dont j'attendais énormément- grâce notamment à la superbe bande annonce, pour une fois bien meilleure que le film- qui laisse un peu circonspect, ca commence à devenir cette habitude cette année…

MON ROI (2014) - Bande Annonce / Trailer [VF-HD]