anna ANNA ,  long métrage film du cinéaste franco colombien  Jacques Toulemonde  (notamment coscénariste de L'étreinte du serpent de Ciro Guerra récompensé à la Quinzaine des réalisateurs 2015) est sorti dans quelques salles mercredi dernier et mérite assurément qu'on lui fasse une petite place, en dépit de quelques imperfections inhérentes à un premier long métrage. 

Prenant un peu le même sujet que le récent Une vie ailleurs , mais en inversant l'angle de vue- ici, on ne suit pas le parent qui cherche son enfant kidnappé, mais celui qui enlève l'enfant- "Anna" est le portrait d'une femme instable et pscyholigiquement fragile qui a du mal à élever son enfant, malgré tout l'amour qu'elle porte en elle.

Cette femme viscéralement attachée à son enfant, prête à tout pour sauver son fils, décide de partir avec lui  -et son amant- en Colombie pour l'élever ailleurs, sans que le père n'en soit informé.

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 On aime la mise en scène très à vif, qui réussit à capturer la vérité d'une scène et d'un personnage sans cesse en mouvement, et  qui fait penser de celles du cinéma américain des années 70; on pense évidemment au cinéma de Casavetes mais aussi "L’épouvantail" de Jerry Schatzberg, ou "Macadam à deux voies" de Monte Hellman.

Emane de ces oeuvres cette même liberté et une  même ambiance sur le fil du rasoir. Et Anna, chronique fébrile et nerveuse sur  la maternité et sur l’identité  et sur des personnages qui poursuivent des rêves illusoires et qui tentent de trouver un échapatoire au sein d’une société incompréhensive et aliénante.

Jusqu’où peut-on aller pour préserver le bonheur de l’enfant ? De quel droit peut-on juger un parent, en n'oubliant pas l’éducation parfaite n’existe pas ? L’amour excessif prive t-elle à force l’enfant de son épanouissement personnel ?
: Voilà, entre autres, les questions que tente de soulever le cinéaste dans ce film bancal mais sincère et plein de fièvre.

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Anna est un être vulnérable et instable mais qui a l'obsession dêtre comme les autres et enrage de ne pas réussir à l'être : le personnage peut irriter, peut même sembler être antipathique par endroits, mais le film ose plonger frontalement à ce qui fait le sel de ces personnalités ambivalentes.

Le cinéaste ose aussi montrer les effets d'un tel personnage sur son entourage, à travers le regard porté par le beau personnage de l'amant bienvaillant, joué par le méconnu et excellent Bruno Clairefond- qui tente par tous moyens de juguler le volcan qui jaillit d'Anna.

Sans porter de jugement et en laissant au spectateur laisse le libre arbitre de sa décision, Jacques Toulemonde signe avec Anna un road movie trépidant irrigué par une énergie vacillante et nerveuse, en corrélation avec cette Anna qu'on gardera longtemps en mémoire..