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Avec "Lenny & the Kids" que j’ai eu la chance de voir en 2009 un peu par hasard dans une salle d’art et d’essai parisienne, les frères Josh et Benny Safdie avaient réussi à  imposer un style à la fois proche du cinéma indépendant américain dont ils sont issus, et tout autant singulier sur le New York des marginaux et des laissés pour compte.

Ce cinéma là, assez proche de cette mouvance «  mumblecore » dont on parle de plus en plus chez les cinéphiles ( ces films très fauchés financièrement qui surge pas mal sur l’improvisations d’acteurs souvent amateurs,  et qui a également Alex Ross Perry comme cinéaste phare) s'est  confirme avec le précédent  film des frangins Safdie, « Mad  love in New York »,axant son intrigue- forcément ténue, c'est malheureusement leur talons d'achille mais c'est en cohérence avec leurs projets artistiques - dans les rues de New York où trainent quelques marginaux occupés à survivre et à assouvir leurs besoins en drogue.

Si  "Good time,  leur dernier film en date, a fait bien plus parler de lui que leurs précédents  longs métrages, c'est qu'il arrive sur nos écrans auréolé d’une sélection officielle en compétition à Cannes  en mai dernier et qu'il fut précédé par une flatteuse réputation, du notamment à la prestation absolument hallucinée d'un Robert Pattison qui a définitivement fait oublier les vampires qui l'ont vu naitre sur grand écran.

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Il faut dire qu'en comparaison de leurs films précédents, les frères Safdie, tout en ne reniant pas du tout leur cinéma qui les a vu naitre-  notamment leur amour pour les laissés pour compte et leur immersion dans un New York peu prisé par les grands canaux d'information-  vise plusieurs crans au dessus dans leur cinéma, notamment en y intégrant pour la première fois une vraie star, et en étant plus ambitieux en terme de scénario et surtout en terme de réalisation.

En suivant un mouvement tendu et mû par un élan de survie instinctif et puissant, Good time donne l'impression au spectateur d'être constamment en apnée, à la recherche de son soufle, et cette mise en scène est une expérience cinématographique d'une ambition et d'une maitrise assez ébouriffante, .portée par la cinégénie nocturne d'une cité en pleine ébullution ( avec notamment une scène étonnante dans un parc d'attraction en pleine nuit) et un jeu de montagnes russes émotionnelles.

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Good time donne l'impression de nous tendre un fil  constant qui menace à tout moment de rompre   mais parvient  généralement à avancer bon gré mal gré au vent des mésaventures que traverse Connie,  le frère protecteur et voyou de bas étage plongé dans une nuit de bad trip. On pense forcément à "Un après midi de chien" ou "After hours" pour le coté nuit de galère et accumulation de malheurs qui tombent sur la gueule du (anti) héros mais par rapport au film de Lumet ou à celui de Scorses le coup d'essai des frères Safdie ne convainc qu'à moitié;   la faute à un manque de rigueur dans l'écriture et à scénario qui s'essouffle assez rapidement .  

On aimerait  en effet que les personnages  évoluent plus au court du récit, notamment celui de Nick, le frère handicapé un peu laissé de côté à mi parcours et on regrette que le dénouement, un peu trop plat, ne nous amène pas le crescendo émotionnel et poignant  que le film aurait pu  recéler en lui ..

Un bon film mais pas le grand film de Cannes qu'un certain nombre de critiques ont eu tendance à nous vendre..