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"Ayback considéra la chute comme s'il le sondait. Il savait que ce dernier avait peur des conséquences d'une telle prise.Lui, Aybak, protégé de l'état major et de l'armée haïssant les services version STRUCTURE lui n'avait pas peur Il s'était juste abandonné à l'idée de catastrophe généralisée dans laquelle il  pataugeait depuis plus de 15 ans. Il avait appris à vivre avec. Pour survivre. Pour lui. Pour sa femme . Il sourit."

Comme la littérature nigérianne dont nous avons parlé en début de semaine,  la littérature algérienne est peu représentée dans nos librairies et la venue d'un auteur de polar algérien à  Quais du polar - qui rappelons le ouvre ses portes demain- est forcément perçu comme un événement en soi.

Cet auteur, c'est  Adlène Meddi  qui a beaucoup fait parler de lui dans le milieu avec son dernier roman 1994 qui a bien marché depuis sa mise en vente en octobre dernier aux éditions Payot Rivages.

Un journaliste d'investigation qui s'est recyclé avec énormément de talent et d'habileté dans le travail de romancier policier et qui utilise avec beaucoup de maitrise toute la matière documentaire qu'il a intégré de son expérience de journaliste de terrain dans un Pays où ce métier nécessitait pas mal de courage.

Nous n'avons pas encore réussi à lire 1994, mais on s'est rattrapé avec un autre de ces romans réédité en poche chez Jigal Polar, "La prière du maure"( bon titre à double lecture ( on appelle Maure les habitants arabo-berbère du nord de l'Afrique) et qui comme "1994" n'hésite à plonger dans l'histoire récente de son pays pour nous parler  sans prendre forcément de gants de son pays et de ses habitants.

"La Prière du Maure" nous entraine quelques années après le cadre de son dernier roman, soit au début des années 2000, où le système politique  est disséqué dans sa plus belle complexité entre services spéciaux, .factions du régime, groupes armés,  pouvoir militaire sans éthique,  terroristes et victimes de tout bord.

  "Puisque tout le pays s’était décidé à plonger, la tête première, dans le néant, silencieusement et inéluctablement, ne lui restait-il pas à lui, Djoumet Malakout, commissaire de police à la retraite, qu’à se hisser vers le haut ? En criant. Criant plus fort que sa chute. »

Ce monde des services spéciaux algériens fait assez froid dans le dos, avec des réglements de comptes et des violences de tout bord, tout semble être intrigues, menaces, soupçons en tous genres, à tous les coins de rue avec une fatalité qui semble inéluctable.

Dans ce roman, à la fois thriller d'espionnage  et récit d'apprentissage ( avec un héros Djo, qui va subir une inititation rapide et radicale, l'entrainant vers les tréfonds de l'âme humaine comme dans tout bon polar digne de ce nom) Adlène Meddi plonge son lecteur dans les affres du pouvoir qu'il soit politique, militaire ou financier .

Une plongée qui possède un charme tout  particulier car elle se déroule dans une ville Alger  que son auteur semble connaitre pas mal et qui apparait  ici à la fois très belle et très inhospitalière, dans un versant  fantasmagorique,  et grouillant, à la lisière de la folie, de  celle des hommes qui sont prêt à tout pour le pouvoir .

Une cité qu'on appelle  Alger La Blanche mais qui est ici plutôt rouge comme le sang des hommes qui coulent sur les murs.  Meddi nous livre cette immersion en apnée  avec un style à la fois frontal et qui se permet même quelques envolées lyriques et poétiques, presque slamées pour un roman à vif et d'une belle intensité que son récent "1994" qu'on dévorera certainement après le festival  ne devrait que confirmer !

 Adlène Meddi, «La prière du Maure»; Jigal édition

 ADLÈNE MEDDI a QUAIS DU POLAR

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À propos

Adlène Meddi, journaliste et romancier, est né en 1975 à Alger. Il est journaliste à El Watan et reporter pour Le Point. Après Le Casse-tête turc et La prière du Maure1994 est son troisième roman publié par les éditions Barzakh à Alger.

 Autobiographie pour Quais du Polar

Traversant trois guerres (guerre d’Algérie I et II, guerre du Liban II) comme héritier, ado enragé puis reporter sans assurance vie (dans l’ordre), le sujet de l’après-conflit tapissé de cendre s’est imposé à moi. Que fait la guerre des Hommes ? Des épaves et des Dieux, à la fois.

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