Après Hawa Sow and the Soul Seeders, on enchaîne avec notre seconde interview musique de ce début de semaine avec Boule , le chanteur-auteur-compositeur rouennais .

Son nouveau morceau "Je ne touche plus", sorti pendant le confinement a offert à nos oreilles un vrai plaisir délectable.  

L'occasion d'échanger longuement avec cet auteur-compositeur  aussi à part dans la chanson française que généreux et disponible dans ces réponses :

 

interview bouleBaz'art : Bonjour Boule...J'ai vu que tu étais très joliment sorti  de son confinement  pour nous dévoiler une toute nouvelle chanson "Je ne touche plus", sur l'usure du couple. Une chanson parfaitement pile poil avec cette période... Tu l'as écrite pendant cette période, c'est une période particulièrement fertile pour toi en créatif ?

Boule : Non, "Je ne touche plus" n'est pas une chanson si récente que cela, et d'ailleurs j'ai eu l'occasion déjà de la chanter à de nombreuses reprises sur scène.

Cela fait déjà quelque temps que j'avais prévu de la sortir pour ce printemps, mais à partir du confinement il était impossible d'aller en studio.

J'ai donc décidé de l'enregistrer dans mon Home Studio, et mon jeune complice le pianiste Julien Carton   a fait l'arrangement au piano de son côté.

 Mais pour répondre à ta question, j'essaie de profiter de ce confinement pour créer, j’ai dans ce sens écrit un certain nombre de textes et quelques compos. Je vais essayer de sortir un titre régulièrement en attendant de reprendre ma tournée si bien sur,  on arrive à remonter sur scène un de ces jours.!!

Justement, avant que tu ne m'appelles j'étais en train de finaliser un autre morceau totalement différent de "Je ne touche plus", un truc bien plus dans l'esprit  valse/ musette, du coup l'accordéon était à fond et je n’ai pas entendu ton appel, désolé (rires)..

Baz'art : Aucun problème l'important est qu'on se parle maintenant (rires).. Justement, je voulais te parler de "Je ne touche plus" . Ce titre tranche pas mal dans ta discographie puisque c'est le premier piano voix que tu fais si je ne m'abuse. Pourquoi une telle envie d'aller sur des contrées différentes ?

 Boule : Oui en effet, c'est mon tout premier piano voix. Je l'ai composé à la guitare et sur scène je le chante à la gratte car je ne suis pas pianiste, mais pour l'enregistrement je tenais absolument à ce qu'il soit fait au piano.

En fait au départ il y a ma rencontre avec  Julien Carton, un jeune pianiste très doué, il a notamment une formation  classique diplômé du Conservatoire de Nancy et on a vraiment sympathisé lorsqu'on s'est rencontrés et il s'est occupé de toute la partie arrangement du morceau, c'est vraiment chouette ce qu'il en a fait  ...

Sincèrement j'ai toujours cherché à varier les styles, j'ai au départ moi-même une formation assez classique en guitare et je n'ai jamais voulu m'enfermer dans un genre en particulier.

Là, pour un morceau dont le texte était assez intime, à la fois tendre et un peu cru, il me semblait pas mal de tenter le piano voix pour mettre bien en valeur le texte et la portée émotionnelle du morceau.

Baz'art : Tu reconnais toi même que ton texte est un peu cru et à ce propos, j'ai vu sur You tube que certains auditeurs avaient pu être choqués par le fait que tu poses sur ce morceau à la mélodie très ample des mots assez cash comme nichon ou bite... On sent que tu prends un malin plaisir à utiliser ce genre de vocabulaire car rien n'est laissé au hasard chez toi, non?

Boule : Oui bien sûr, c'est  un peu le coté sale gosse qui est moi, un peu comme l'enfant qui aime dire des gros mots pour faire réagir son auditoire, je prends un certain plaisir à chatouiller  un peu là  et briser quelques tabous

. Mais sincèrement, cela n'est jamais gratuit, ce n'est jamais de la provocation juste pour choquer.

J'aime à penser que je m'inscris dans une sorte de chanson réaliste dans lequel le texte a énormément de sens et en effet aucun mot n'est laissé au hasard.

Pour "je ne touche plus" , à partir du moment où l'on parle de sexualité, comme la base , le ciment du couple, je trouve cela assez normal d'appeler un chat un chat et une bite une bite... 

La sexualité, c'est quelque chose qui nous renvoie à des instincts assez primitifs,  il me semble, et du coup, on ne va pas aller dans un truc très poétique ou métaphorique, sinon j'aurais l'impression de passer à côté du sujet.

Et j'ai vu en effet que certains auditeurs avaient trouvé cela trop vulgaire, mais je me suis dit justement que si cela a fait réagir c'est que je ne suis pas tombé si à côté que cela.

Baz'art : D'autant plus que tu l'avais déjà fait pour l'Ours polaire dans lequel tu invitais ton interlocuteur à se faire enc... par l'ours du même nom.

Boule : Oui, bien sûr, là encore, ça me semblait pas mal concorder avec mon propos, à savoir ce que je tenais à dire concernant le rapport à l'autorité.

Dans ce morceau, je parle d'un gars top gentil qui au boulot subit la violence et les brimades d'un petit chef tyrannique et du coup, mon personnage lui renvoie  comme un boomerang son agressivité et forcément cela passait par quelque chose d'un peu fort il me semble.

Baz'art :Ce sujet de l'autoritarisme dans la vie professionnelle, c'est quelque chose qui te touche particulièrement parce que tu l'as toi-même connu soit avant d'être un artiste ?

Boule : Non pas directement. Tu sais, le monde professionnel avec ses rapports de hiérarchie pyramidale, je l'ai très peu connu dans ma vie..

Ce milieu là, avec ses chefs et ses horaires de bureau,  c'est quelque chose que j'ai très très peu  experimenté, ou alors il y a longtemps, brièvement, pour des jobs d'été ou pour me payer une guitare ,mais c'est tout. 

Après,  j'ai entendu des histoires de potes qui sont, soient dans la musique soient dans des domaines complètement différents,  qui m'ont effectivement raconté un certain nombre d'histoires de petits chefaillons aigris et qui usent de leur petit pouvoir.

Il m'a semblé en effet que quand tu es trop bonne poire, tu en paies forcément le prix dans le monde du travail et c'est effectivement cela que j'ai voulu raconter dans ce morceau ...

BOULE-PHOTO2_Credit-Mac

Baz'art : Tu as peut-être quand même aussi pu connaitre cet abus de pouvoir, à ta façon dans l'industrie du disque, non ?

Boule : Oh,tu sais, l'industrie du disque, comme tu dis, on ne peut pas dire du tout que je suis dedans, ce monde-là n'a jamais vraiment voulu me rencontrer, ou alors c'est moi qui ai fait en sorte qu'on ne se rencontre pas (rires.)

 Bref, c'est un fait que je n'explique pas vraiment mais c'est comme cela ...

Mais à mon avis,  ce rapport pyramidal dont je parle il n'est pas que présent dans le monde du travail. On peut aussi le retrouver dans la sphère familiale par exemple certains ne s'en privent pas d’ailleurs. 

De mon côté j'ai toujours eu beaucoup de mal avec cela, mes filles, je les ai toujours élevés en privilégiant le coté papa copain et en évitant l'autoritarisme à deux balles. 

La société a beau évoluer depuis des décennies et tant mieux, il reste encore ce ciment patriarcal qui fait que le bonhomme doit forcément avoir le pouvoir et entretenir des rapports de domination avec ceux qui sont sous ses ordres. Franchement ça, je n’y arrive pas.

Tu sais, quand Jacques Brel a écrit "ne me quitte pas », il a connu pas mal de résistances  à l'époque, parce qu'un homme ne pouvait pas se la jouer si soumis, si abattu et j'ai l'impression que maintenant encore ça pourrait un peu coincer.

BOULE-PHOTO6_credit-Thibaut DerienBaz'art : Ce genre de propos, qui peut donc un peu choquer l'auditeur, j'ai l'impression que cela passe mieux sur scène qu'en vidéo ou en disque parce que tu l'amènes avec ton personnage de Boule, dissociable de Cédrik Boulard à l'état civil; un personnage  qui aide à mieux faire passer les choses, tu ne penses pas ? 

Boule : Si, tu as tout à fait raison. Sur scène,cela passe sans doute plus facilement..

Quand je joue en public, j'ai tendance à me voir un peu comme un clown, et si Boule c'est  incontestablement une partie de moi, ça l'est dans une version exacerbée où je me livre sans retenue, et je suis libre de dire des choses que je ne pourrais pas dire dans la vie de tous les jours.

J'affectionne sur scène ce personnage doté d’un côté assez british, très pince sans rire, et cela me permet enfin d'être libre  et d'accentuer le coté potache de mes propos, bien sûr... 

Baz'art : Et du coup les gens semblent apprécier aussi cette liberté, d'après les retours que tu peux avoir après tes concerts, non ?

Boule : Si si, complètement et ça va tout à fait dans l'état d'esprit que je souhaite instaurer sur scène. Tu sais, j'adore les petites salles, les concerts très acoustiques et ambiances très intimistes...

J'aime jouer dans des endroits, de 30/50 personnes, être tout seul sur scène et parler au public comme si je leur murmurais mes petites chansons dans le creux de leur oreille. 

J'ai l'habitude de chanter sans aucun retour scène, c'est quelque chose qui surprend toujours l'ingénieur du son évidemment mais moi j'en ai vraiment besoin pour vraiment sentir la salle et mettre le micro en avant. Afin de revenir à quelque chose de très naturel.

Le technicien qui doit toujours  apprendre à lutter contre le son n'a plus rien à faire, et  s'en trouve ainsi un peu désarmé, mais le public aime beaucoup cette dimension très authentique.

Baz'art : On voit bien à t'écouter  que tu es avant tout un artiste de scène, et j'imagine que cette période sans aucune date de prévue doit être quand même bien difficile à vivre, non ? 

Boule : Ah oui bien sûr, c'est une situation totalement inédite et vraiment problématique, je ne te le cacherai pas...

Je fais de la scène depuis de nombreuses années, mais je n'ai le statut d'intermittent que depuis 7 ans, donc cela reste encore bien précaire et j'ai évidemment besoin de la scène pour vivre de ma musique ...

Même si je suis un peu seul à gérer toute la communication, mon site internet et le reste et ce n'est pas forcément la partie que je préfère dans mon métier, j'ai quand même un tourneur et il a dû annuler toutes les dates et en a reporté une bonne partie mais comme on n'a pas trop de visibilité sur le futur à moyen terme tout cela reste assez flou ...

Je chante aussi dans les prisons, et je fais quelques ateliers dans des établissements scolaires mais cela non plus, je ne peux pas le faire en l'état actuel des choses .

Baz'art : Et c'est sans doute d'autant moins évident pour un artiste comme toi qui n'est pas  forcément, et de façon assez incompréhensible,  relayé par les gros médias, non?

Boule : Tu peux enlever le " pas forcément".. je n'existe carrément pas du tout pour les gros médias, je le déplore forcément mais que veux tu,il faut bien l'accepter

En tout cas c'est sur que cette absence de visibilité fait que j'ai vraiment a besoin de faire de la scène pour montrer que je suis là et que j'ai des créations récentes à proposer

C'est pour cela aussi que j'ai sorti "je ne touche plus "pendant le confinement et que j'ai prévu d'en sortir d'autres il est primordial que je continue à montrer que je suis là et que je continue de créer... 

Tu parles de gros médias, c'est l'occasion de dire que j'aurais bien aimé que certains grosses radios comme France Inter profite du confinement pour aller voir du côté des artistes indépendants qui sont sans majors, je trouve que c'était le moment idéal pour défricher un peu, non?

Et franchement ce n'est pas pour tirer la couverture à moi, je ne parle pas de moi mais d'artistes que j’aime énormément et qui font un travail remarquable  comme David Lafore, Nicolas Jules, Chloé Lacan, David Sire et tant d'autres, mais bon ce n'est pas le parti pris qu'il ont choisi, c'est comme cela, disons que c'est simplement dommage.

Du coup, je trouve que cela génial que des médias comme le tien nous soutiennent et relaient ce qu'on l'on fait d'autant plus en cette période si compliquée...

Bref, merci beaucoup cher Baz'art pour ce soutien qui me touche beaucoup ! 

Baz'art : C'est surtout toi que je remercie cher Boule pour ta générosité et ta disponibilité. Et ton talent. À très vite sur scène évidemment et peut être avant avec une nouvelle vidéo et un nouveau morceau aussi réussi que je ne touche plus ! 

 

 http://www.sitedeboule.com/

Crédit photo: Thibaut Derien