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 Troisième étape de nos chroniques du Prix des lecteurs du Livre de Poche avec une sélection d'avril qui sera exceptionnellement en deux parties. En effet,  ce mois ci il n'y a pas comme les précédentes fois,  trois romans mais carrément quatre à découvrir : 

 "Eden" de Monica Sabolo ;"Les liens" de Domenico Starnone, "Va où le vent te berce" de Sophie Tal Men ", et enfin "Le rouge n'est plus une couleur" de Rosie Price.

On commence par une petite chronique des deux premiers , les deux autres arrivent normalement assez vite : 

1/ "Les liens"  Domenico Starnone  : 3/5

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"Tu m’as tuée depuis longtemps, et pas dans mon rôle d’épouse, mais comme être humain qui se trouvait dans son moment de plus grande plénitude et sincérité. Que j’aie survécu, qu’au regard de l’état civil je sois encore vivante n’est pas une chance pour moi, tant s’en faut, mais pour mes enfants. Ton absence, ton indifférence jusque dans ces circonstances m’ont prouvé que, si j’étais morte, tu aurais continué ta route de toute façon."

On commence cette sélection d'avril par le roman de Domenico Starnone , “Les liens” , qui raconte en trois temps trente ans d'une vie de famille tumultueuse d'un couple de Naples  dans les années 1980.

 La première partie  de ce court roman  reprend les lettres envoyées par la femme Vanda à son mari dès qu'elle apprned que celui ci a eu une liaison avec une de ses collègues de travail.

Furieuse et blessée par cette révélation, elle le met à la porte du domicile familial. S’il consent encore à voir ses enfants, ses relations avec son épouse se dégradent et l’incitent à rester toujours plus à distance, jusqu’au point de non-retour.

Pourtant, trente ans après, dans la seconde partie du roman, Vanda et Aldo forment à nouveau un couple. Leurs enfants ont quitté le domicile familial depuis longtemps, mais le couple a tenu bon.

Mais un incident imprévu vient à nouveau réveiller les vieilles blessures et lézarder cette façade de bonheur conjugal. La troisième partie, racontée du point  de vue des enfants vient encore redistribuer les cartes ....

Les liens c'est une intrigue assez classique sur le fond mais qui interroge  avec pas mal de profondeur ce qui lie un couple et cimente une famille.

Cette  radiographie du sentiment amoureux,  teintée d’amertume et de rancœur, montre à quel point l'amour qui s'estome laisse place à la rancoeur et à des  noeuds impossibles à démêler.

Domenico Starnone - qu'on a parfois suspecté d'être avec la sa femme le romancier derrière l'énigmatique Elena Ferrante livre un récit assez cruel, sur l’égoïsme et le pouvoir destructeur des parents et leur désir d'instrumentaliser des enfants.

Plutôt une bonne surprise.

2/ Eden, Monica Sabolo  2/5

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 "Les filles riaient en  passant des sticks de baume  sur leurs lèvres ou mettaient leurs mains en visière pour regarder dans le lointain des explosions mystérieuses qui illumineraient l'horizon de lueurs roses synthétique"

On quitte l'Italie mais on reste du coté des Alpes avec le roman de Monica Sabolo, Eden qui se passe en Suisse. Après les excellents   Crans-Montana (JC Lattès, 2015), et le formidable Summer,  Monica Sabolo poursuit le travail entrepris dans les deux premiers romans avec  une exploration des mystères adolescentes baignées dans une une ambiance onirique traversé de longues envolées lyriques  à la nature.

Après la montagne et le lac, c'est la forêt qui sert de décor idéal pour le genre du roman ­ « gothique » auquel la romancière rêve de s’essayer – parmi ses modèles, Monica Sabolo  cite Bellefleur, de Joyce Carol Oates . 

Plus qu'à Oates, c'est à Laura ­Kasischke, auquel on pense toujours quand on lit ses romans. Comme la grande poétesse et romancière américaine , Sabolo prend le pretexte  d'une peinture d'adolescentes fascinantes et mystérieuses  pour mettre en mots la montée en puissance de l’étrange et d'une tension d'abord imperceptible puis insubmersible.

 Comme dans ses deux précedents romans, on aime la force évocatrice que fait surgir Monica Sabolo. 

Cependant, contrairement à ses romans- ceux de Kasischke  bien sur,  mais aussi "Crans Montana" et surtout  "Summer " - cet Eden déçoit un peu sur la longueur : les personnages manquent cruellement de profondeur , ils nous échappent tellement, qu'au final on ne sent pas beaucoup d'intéret à les suivre.

Les descriptions de la nature sont toujours aussi belles, mais cette forêt semble finalement moins envoutante que le Lac Léman de Summer.

Bref une petite déception de cette  sélection  et de ce prix dans son ensemble de très bonne facture jusqu'à présent car on attendait beaucoup de cet "Eden"  qui promettait monts et merveille.

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