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ūüõ∂J'ai longtemps pens√© que les nouvelles c'√©tait pas trop mon truc : √† peine install√© dans l'histoire, l'auteur nous en √©jecte. 

ūüõ∂Mais il n'y a que les imb√©ciles qui ne changent pas d'avis et les contre-exemples se sont multipli√©s ces derniers temps. Dernier en date : ce tr√®s beau recueil de Maylis de Kerangal.

ūüõ∂Le mot "cano√ę" revient dans plusieurs nouvelles mais  c'est un peu une fausse piste car les intrigues ne se passent pas dans l'eau.

Ces nouvelles ont toutes un m√™me  fil conducteur : toutes parlent de voix.

"De jour √ßa avait de la gueule, c'est vrai [...]. Les travellings panoramiques de western, ceux que l'on regardait le mardi soir en √©teignant la lumi√®re du salon pour faire comme au cin√©ma mais les bandeaux qui ajustaient le format du film sur l'√©cran de la t√©l√© avaient disparu et soudain j'√©tais dans l'image." 

La voix qu'on n'a plus, une fois la bouche grande ouverte sur le fauteuil du dentiste (vous aussi, il vous pose des questions, quand vous êtes dans l'incapacité de sortir autre chose que des sons étouffés ?), celle qu'il faut rendre plus grave pour rentrer dans un certain moule (à la radio), celle qui change, celle qui reste même quand la personne n'est plus là, celle qui devient cri dans un rite de passage.

ūüõ∂Si j'ai une pr√©f√©rence pour Un oiseau l√©ger (l'histoire d'un homme qui ne veut pas effacer du r√©pondeur la voix de sa femme morte cinq ans plus t√īt), Mustang (qui se d√©roule dans le Colorado) et Bivouac (o√Ļ je me suis retrouv√©e sur le fauteuil du dentiste), j'ai √©t√© touch√©e de bout en bout par l'√©criture de l'√©crivaine et par sa capacit√© √† retranscrire toutes les sensations.

Cano√ęs de Maylis de Kerangal est paru en mai 2021 aux √©ditions Verticales.