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 Attention: deux immenses films de l'année sortent à une semaine d’intervalle.

Après Julie en douze chapitres, film événement de la semaine passée, Illusions Perdues de Xavier Giannoli est absolument incontournable à bien des niveaux

Il faut dire que le réalisateur des déjà formidables Marguerite ou À L’origine porte ce projet depuis plus de 30 ans, depuis qu’il a étudié à la Sorbonne l’ensemble de la comédie humaine de Balzac avec un professeur spécialiste du romancier et qu’il a pris le temps (et attendu d’obtenir les moyens financiers adéquats) pour réaliser le film dont il a toujours rêvé

C’est donc l’œuvre d’une vie que Giannoli porte à l’écran  et contrairement à d’autres cinéastes qui peuvent être écrasés sous la pression, il réalise cette obsession de longue date avec une maestria incroyable

On l’a souvent constaté au gré des multiples adaptations qui ont pu se faire de son œuvre (et encore récemment avec Eugénie Grandet de Marc Dugain, adaptation plus modeste à tous points de vues) : l’écriture de Balzac a quelque chose en elle d’intrinsèquement cinématographique, on peut même dire en quelque sorte qu’avec des retours en arrières explicatifs qui préfigurent les flash-back e ses descriptions qui appellent les travellings, il a inventé en quelque sorte une écriture cinématographique.

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Gianoli exploite parfaitement ce potentiel en réalisant un film sans cesse en mouvement, une fresque assez monumentale qui possède un souffle et une flamboyance de tous les instants.

 Tout est somptueux dans le film, ballet presque incessant de couleurs, de costumes, de culture, d’ode à l’hédonisme et c’est un régal pour le spectateur souvent top biberonné par l’épure et le minimalisme du tout venant du cinéma actuel.

Giannoli n’hésite pas à faire exploser sa mise en scène en la parant des meilleurs atouts et le spectateur ne peut que le remercier. Balzac filmé enfin dans toute sa démesure et sa splendeur ca fait un bien fou! 

Surtout, son adaptation- qui se concentre surtout la deuxième partie du roman de Balzac, un grand homme de Province à Paris à travers l’odyssée de Lucien (excellent Benjamin Voisin, qui confirme tout son talent plus qu’entrevu dans le dernier Ozon), ’un jeune provincial qui va découvrir dans la capitale le miroir aux alouettes,   met en valeur d’une façon étonnante  la modernité flagrante de Balzac. 

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 Les  multiples citations du roman qui sont dans le film, notamment sur les travers de la finance ou les dérives du journalisme pourrait parfaitement s’appliquer à notre monde d’aujourd’hui, deux siècles après que Balzac l’ait écrit, prouvant une fois de plus que la grande force des classiques de la littérature est d’arriver à avoir une résonnance très forte avec notre monde actuel.

 Les influenceurs de l’époque et les inventeurs de fake news font énormément penser à ceux que l’on voit aujourd’hui à travers les réseaux sociaux, sauf qu’ils semblent avoir plus de panache et d’éloquence au 18è siècle.

Plein de fougue et de brio, ces illusions perdues sont également servies par un casting prestigieux qui livre une performance haut de gamme.

Impossible de tous les désigner : citons Vincent Lacoste génial en journaliste de mauvaise foi qui avait pourtant du talent à un moment de sa vie, Xavier Dolan , le narrateur et rival de Lucien ou encore la révélation Salomé Dewaels, très touchante en jeune comédienne des rues qui va devenir folle amoureuse de Lucien.

Cécile de France et Benjamin Voisin dans "Illusions perdues" de Xavier Giannoli (2021). (Roger Arpajou / 2021 CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINEMA – GABRIEL INC. - UMEDIA)

 

Car Illusions perdues n’est pas qu’une chronique sociale des mœurs du 18e siècle, c’est aussi une formidable double histoire d’amour qui nous laisse le souffle  coupé et cela aussi, Giannoli  l’a parfaitement retranscrit

Un très grand film qui porte très haut le verbe et le génie de Balzac, on ne peut que vous conseiller d’y aller le découvrir dès demain en salles

 

 

 

 

 Profitons de cette élogieuse  chronique du film pour dire un mot sur la  Maison Balzac à Paris, située rue Raynouard, dans le 16ème. C’est là que Balzac a corrigé l’ensemble de la Comédie humaine, de 1840 à 1847.

Dans son bureau, on retrouve ainsi, non sans émotion, sa chaise et sa petite table de travail mais aussi des manuscrits, des bustes et des épreuves qui démontrent son perfectionnisme...

Et actuellement,  Gaumont et Curiosa Films  y posent leurs bagages  jusqu’au 24 octobre, pour proposer un aperçu du film !

Avec des éléments originaux du tournage, des photographies de plateau, des costumes, des accessoires, des vidéos ou des textes explicatifs, de quoi avoir un bel avant-goût du film. 

Rendez-vous à la Maison de Balzac,
au 47 rue Raynouard, 75 016 Paris. 

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