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C’est dans sa grande salle que l'Opéra de Lyon, a, de façon exceptionnelle,  délocalisé son festival Underground lundi soir dernier en invitant l’auteur-compositeur-interprète Piers Faccini à donner un concert spécialement conçu pour le lieu.

Ce concert avec quatuor à cordes et pulsations gnaouas comprenait un grand nombre de titres tirés de son dernier et très bel album   "Shapes of the Fall" . 

Le songwritter italo britannique-exilé dans les Cévennes depuis près de 20 ans- s'est ainsi produit pour le plus grand bonheur des 1000 spectateurs qui ont eu réussi à avoir leur billet pour la grande scène de l’Opéra entouré de prestigieux musiciens ..

En préambule du spectacle, le directeur de l’amphithéâtre Richard Robert n'a pas hésité à présenter le songwriter italo britannique comme un capitaine de vaisseau, filant les métaphores marines à foison.

Et il avait raison tant les spectateurs auront embarqué pour un voyage au long cours qui les a amené dans divers coins géographiques sans jamais bouger de leurs très confortable siège. 

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Car dans ce dernier album Shapes of the Fall, sorti l'été dernier , Piers Faccini prend un vrai plaisir à tisser des liens entre folksongs anglo-saxons, musiques du Maghreb, blues du désert et musique de chambre tout en abordant des thèmes qui lui sont chers, liés à l’environnement.

Piers Faccini a entrepris à cette occasion, après plus de 20 ans de carrière, une sorte de disque bilan en touchant à l’essence même de ce songwriting aussi pluriel que limpide qu’il peaufine depuis le début des années 2000. 

Des airs folks inspirés à la fois des chants traditionnels napolitain et de chants gnawas, mais aussi des musiques traditionnelles maghrébines qui distillent des thèmes puisés notamment dans les musiques de transe autour de la Méditerranée.

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Shapes of the fall, "les formes de la chute" littéralement en français, c'est une recherche de cette expérience du vacillement, qui offre une expérience nouvelle du monde à celui qui ose la faire.

L’Anglo-Italien y décante un art qui se nourrit de l’héritage anglo-américain, des traditions de la Méditerranée, du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest comme de la musique ancienne ou baroque.

C’est cette vision transversale qu’il a souhaité refléter lors de ce concert d’exception à l’Opéra, pour un concert à la croisée du folk, des musiques du Maghreb et des sons de la Méditerranée...

 Piers et son majestueux équipage auront ainsi alterné avec énormément de brio les sublimes morceaux immersifs tels que « Foghorn Calling » « Dunya » ou « Levante » .

Les sonorités afro et orientales étant bien mises en avant avec l’intervention très fréquente et très a propos d'instruments aux sonorités typiques comme l’oud ou le guembri. 

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Aux fidèles compagnons de route de son Quintet tels que  Malik Ziad (luth guembri, mandole),  Juliette Serrad (violoncelle) et Séverine Morfin (violon alto) se sont ajoutés lundi soir des invités de marque issus du bassin méditerranéen et de l’Afrique de l’Ouest.

Parmi eux, le percussionniste Karim Ziad, ex-membre du Joe Zawinul Syndicate, ainsi que le virtuose marocain Mehdi Nassouli au chant et guembri, auront montré toutes les facettes de leurs talents respectifs.

Mais comme on était  avant tout dans une salle d'opéra les jeunes  les très brillants musiciens du Quatuor Émana ont également habillé plusieurs morceaux du dernier album d'un très bel écrin .

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Ces précieux soutiens auront permis à l'artiste de décliner l’interrogation qui traverse de part en part ses dernières chansons : comment vivre et composer avec l’effondrement du monde ?

Le songwriter a répondu lundi soir par un tableau musical et poétique regorgeant de nuances et de finesse .

Le pouvoir guérisseur de la danse et de la transe fait écho à la beauté primitive de la complainte, l’intime et avec un folk aux frontières du rock.

Plus que jamais Piers Faccini cisele une musique qui marie aussi bien l'épure que la richesse sonore et qui prolonge très joliment l'éternelle quête de sons d'ailleurs qu'a toujours entrepris l'artiste depuis le début de sa carrière.   

Piers Faccini © Julien Mignot

Une belle ovation en fin de show invitera même le capitaine de bateau et son équipage à prolonger le plaisir de ce très beau voyage musical de près de deux heures avec deux rappels particulièrement bienvenus.
Si l'un fut très déchirant et très mélancolique ( un état d'esprit que Piers dit aimer énormément), le concert se clôturera vraiment par un morceau plus rythmé qui aura permis de rassembler la bonne dizaine de musiciens présents au cours de la soirée, dans un seul et même élan , chantant à l'unisson d'un public conquis depuis longtemps déjà.  

NB : ce concert s'est déroulé le  Lundi 17 janvier 20h sur la Grande Scène de l'Opéra de Lyon

A noter que Piers Faccini se produira encore ce dimanche 23 janvier à l'Opéra de Lyon dans le cadre des chemins des songwriters, un nouveau rendez-vous de l’Opéra Underground...

Ces rencontres concerts consacrées à l’art d’écrire des chansons, d’interroger la création, en paroles et en musique, verra Piers Faccini  accueillir Blick Bassy, chanteur, guitariste et percussionniste camerounais du label No Format au style musical métissé et chanté en langue bassa de sa terre natale. Pour plus de détails sur le concert, cliquez ici 

 

NB : crédit photo des photos du concert  : ©Paul Bourdrel

crédit photo officiel de l'artiste  : ©Julien Mignot