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10 mai 2023

Interview de la chanteuse Buridane pour son album "COLETTE FANTÔME"

 Son album Colette Fantôme sort dans les bacs (un peu) et en streaming (beaucoup) ce vendredi.On l'a présenté dans le détail ici même.

Comme Buridane était présente sur Lyon la semaine dernière pour dévoiler au public les morceaux de cet album, on en a profité pour longuement échanger avec elle.

Retrouvez sans plus attendre notre interview avec la chanteuse Buridane : 

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 Bonjour Buridane. Et avant tout, bravo pour ce travail autour de ce très bel album. Commençons, si vous le voulez bien, par parler de cette fameuse Colette qui irrigue tout votre album et qui en porte le titre.

Cette Colette n'a rien à voir avec la romancière du même nom, car c'est d'après ce que j'ai compris, il s’agit de l’une de vos ancêtres, que vous n'avez jamais connu de son vivant mais qui vous hante depuis longtemps, n'est-ce pas?  

 Tout à fait. Avant de me pencher sur son histoire, je ne connaissais pas grand-chose d'elle, je savais juste que c'était la sœur de mon grand-père et qu'elle était religieuse.

Je savais aussi qu'elle jouait de la musique et faisait de la guitare dans les églises et dans de petites salles de théâtre dans les années 50-60. N’étant issue d’aucune lignée d’artistes, ce fut assez naturel de ressentir une filiation avec elle.

 

Je me suis également posée plusieurs questions autour de la transmission, notamment celle de savoir ce que nos ancêtres nous lèguent à travers les générations et après la mort, et mon disque tente d’y répondre …

 Cette figure tutélaire très importante pour vous, elle passait donc avant même de réfléchir à des chansons, à une enquête poussée sur sa vie à elle ?

 Oui, le destin de Colette est assez tragique, elle est morte jeune dans un accident de voiture aux côté de sa meilleure amie qui était Soeur également. Quand on se met un peu à creuser et assembler les morceaux du puzzle, on se pose pas mal de questions: pourquoi entre t- on au couvent dans les années cinquante ? 

Est- ce en lien avec sa supposée homosexualité ?

Comment vit-on cette différence dans la campagne normande au sortir de la seconde guerre mondiale alors que les homosexuels avaient connu un sort aussi funeste ?

Le couvent apparait comme un lieu où l'on planque les jeunes filles dont on ne sait pas trop quoi faire , un endroit où elles peuvent se mettre à l'abri des pressions sociétales et familiales. 


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Ce que vous dites laisse entendre que cette enquête que vous réalisez sur votre ancêtre est quand même très introspective. À travers elle, c'est un peu de vous-même que vous cherchez, non? 

Exactement, je me cherche moi-même à travers elle et je cherche aussi à me délester de choses qui ne m'appartiennent pas totalement.

Je suis d’ailleurs en train d’écrire un livre sur l’histoire de Colette car le format du disque me semblait trop frustrant. Là où ce dernier permet la poésie, le livre, lui, permet d’être plus concret et de démêler autant que je le veux les fils de cette histoire que je trouve passionnante.

Pour en revenir aux chansons du disque et de cette sorte de miroir entre Colette et vous-même, il est intéressant, quand on écoute attentivement tous  les titres d'essayer de deviner ceux qui parlent de vous, de ceux qui parlent d'elle et  de ceux parlent des deux à 50-50 (rires), non ?  

Oui bien sûr,  je me suis d’ailleurs récemment posée la même question en travaillant avec le metteur en scène du concert.

Je me suis tellement immergée dans l’histoire de Colette que j'en avais presque oubliée qu'elles parlaient aussi beaucoup de moi (rires).

Colette est une sorte de vecteur, une façon plus ou moins dissimulée d’aborder des choses qui me concernent de façon très personnelle et qui viennent puiser dans des images liées à son histoire à elle.

Par rapport à la conception même  du disque, à quel moment de l'aventure arrive Féloche, qui est le réalisateur et véritable moteur de l'album. Vos chansons étaient t-elles déjà bien finalisées au moment où il intervient dans le projet?

Au tout départ,  avant que Féloche arrive sur le projet,  il y a ce titre de l’album, ce « Colette Fantôme » qui était là, cette idée que Colette soit le point de départ du disque, ainsi que deux ou trois chansons  à l’état de guitare-voix.

J’ai rencontré Féloche sur un camp d'écriture collective (« Chansons Primeurs »). Nous avons composé ensemble, cela a bien matché entre nous, et puis j'ai appris à cette occasion que son père était Hugues Le Bars, illustre compositeur qui a guidé toutes mes années de danse contemporaine.

J'ai trouvé cette coïncidence formidable car vraiment, les disques de Hugues Le Bars ont été ma première culture musicale. Cela m'a donné envie de découvrir la musique de Féloche plus en profondeur.

J'ai trouvé sa musique d'une richesse incroyable et empreinte d'une immense liberté, comme l’étaient les compositions de son père.

Et puis Féloche porte en lui quelque chose de très solaire et joyeux alors je me suis dit que ce serait très intéressant de faire dialoguer cette dimension là avec mon côté plus introspectif et introverti (sourires).

 Je lui ai donc demandé en croisant les doigts s’il voulait bien réaliser mon disque. À cette période nous étions tous en train de vivre notre premier confinement, il avait du temps et le sujet de mon disque l'interpellait beaucoup. Quand il a accepté, j’étais la plus heureuse du monde.

 

Ce qui est assez amusant et paradoxal à la fois dans cette alliance, c'est votre désir de chercher avec lui une liberté créatrice, dans le cadre pourtant  assez cadenassé du disque concept….

 

Je ne voulais pas que ce soit un disque concept.

L’histoire de Colette est un prétexte, une source d’inspiration pour aborder des sujets qui nous touchent tous.

Il ne s’agit pas d’un disque sur l’homosexualité ou le couvent, c’est un disque sur la quête d’émancipation, sur une vie qui tend à quelque chose de plus grand, sur l’idée de « s’autoriser à être », en dehors de toute injonction sociale ou personnelle.

Pour Colette cette injonction était, j’imagine, parentale, sociétale, sexuelle…

Me concernant,  elle était professionnelle (j’ai monté mon propre label), musicale, et bien sûr personnelle à plein de niveaux.

Je crois qu’on cherche tous à se saisir d’une forme de liberté.

 

Il est vrai qu'à mes yeux, Féloche incarnait cette liberté là. Et en même temps,  il avait quelque part lui aussi lui cette volonté de s'émanciper, notamment de l’héritage paternel...

Nos histoires familiales ont pu se retrouver un peu en écho sur ce projet, c'est certain. 

Lorsque vous affirmiez que Féloche a apporté à l'album une dimension un peu  solaire, est-ce que vous reconnaissez que cette aspect là  était un peu absente des albums précédents. Je pense au très joyeux et entrainant morceau « Ni kalifa ala ma ", un style de titre aux sonorités africaines qu'on n'avait pas forcément entendu jusqu'à présent dans votre discographie..

 Oui, vous avez raison...  à part peut-être "Badaboum", présent dans le premier album, je n'étais,jusqu'à présent, pas vraiment allée sur ces terrains-là.

  La musique était pour moi jusqu'à un présent un lieu d'exorcisme et j'avais tendance à y mettre plutôt  tout  ce qu'il y a de sombre. Il y avait quand même une recherche de lumière dans mes morceaux mais elle n'était pas forcément ostensible.

J’avais l'impression que parfois j'étais la seule à me dire que mes chansons n'étaient pas des chansons pour se pendre (rires) , Certainement parce que la musique ne le clamait certainement pas assez fortement.

Je trouve intéressant que dans cet album, le contraste entre les textes introspectifs graves et les mélodies plus solaires, plus légères, soit plus marqué que dans mes deux premiers disques...

Là, sur quelques morceaux, on a une musique qui donne quand même envie de danser et ça fait du bien (rires) !! Je m’émancipe aussi sans doute petit à petit de mes souffrances et m’autorise à exprimer plus de joie.

 

Et en même temps, vous avez cette mélancolie russe que vous revendiquez dans le titre "Slave». C’est visiblement un point commun que vous avez avec Féloche. Pourtant, on est bien d'accord que vous n'avez dans votre sang aucune lignée ne provenant des pays de l'Est chère Buridane ( sourires) ?

En effet, je n'ai vraiment aucune origine slave, ni de près ni de loin, je vous confirme que je  suis quasiment normande à 100% (rires).

C'est Féloche qui a eu cette révélation un jour en me disant: " toi en fait, tu as l'âme slave"

Il m’a alors expliqué ce qu'il voulait dire par là, cette espèce de glissement entre la joie et la tristesse, comment ces deux pôles opposés peuvent cohabiter ensemble...

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Vos disques se sont toujours pensés en solo, sur un mode guitare voix puis construits en duo lorsqu'un tiers vient s'occuper des arrangements. Il y a eu votre travail avec Pierre Jaconelli pour Pas Fragile ou Cédric de la Chapelle pour Barje Endurance et désormais Féloche sur ce titre. C'est une méthode de travail qui vous convient? 

Pour Barje endurance, c’était un peu différent, j’avais esquissé des arrangements pour donner une direction artistique, cependant n’étant pas arrangeuse, il était nécessaire que Cédric intervienne afin d’en faire aboutir les idées. 

Mais pour  « Colette Fantôme », je voulais m'occuper uniquement de la partie guitare-voix, le squelette des chansons, et laisser Féloche et sa vision faire le reste.

Et concrètement, ce qu'il vous a proposé vous a de suite convenue ou bien, il y a eu quelques petites modifications que vous avez opéré avec lui en aller- retours fréquents ?

Quasiment pas, non, ce qu’il proposait était au-delà de mes espérances.

Avant de s’engager ensemble sur tout un album, Féloche a tenu à faire un essai sur un premier morceau ( Pluie Vaudou dans le disque). Je n’avais rien à part un texte, pas de musique. J’ai enregistré le texte en le parlant et je lui ai envoyé ça.  Trois jours après, il m’a envoyée le morceau, j’ai trouvé ça magnifique.

Nous n’avons rien touché depuis, le titre a juste été mixé et masterisé, nous avons gardé tout tel quel, y compris la prise de voix que j’avais faite de chez moi !

 Je trouve qu’il a su conserver l’essence même de mes morceaux tout en les emmenant dans une autre dimension. C’était comme du sur-mesure. Un vêtement qui vous va comme un gant, qui vous sublime et vous met en valeur.

Cette fructueuse collaboration entre vous deux se retrouvent aussi dans les 4 clips que vous avez réalisés ensemble : ces vidéos en format super 8 s'intègrent aussi pleinement au projet global, non?

Oui,  bien sûr, l'histoire de Colette traine en elle une dimension forcément du passé, un peu vintage. Et un jour, Féloche a retrouvé chez lui une vieille caméra super 8 que son père lui avait offerte quand il avait 12 ans ...

On se renseigne alors sur le prix que cela coute de filmer avec ce support  et on se rend compte que c'est très envisageable.

Filmer en Super 8, c’est presque une « performance ». On n'a pas le droit à l’erreur, rater un plan n’a pas le même coût qu’avec le numérique. Niveau exigence et adrénaline, c'est forcément très excitant.

Notre binôme s’est mis en place de façon très naturelle : je trouvais les premières idées de scénario, on affinait ensemble, Féloche filmait, et enfin, je m'occupais du montage.

C'est une seconde étape dans le processus créatif et artistique après la conception des morceaux qui je trouve, se complète à merveille ...

D'ailleurs, dans une de ces vidéos, Total Fiasco, le Super 8 donne un petit côté Mylène Farmer, une dimension qui je trouve,  est également dans la chanson, notamment dans la façon dont vous interprétez le refrain.. Vous êtes d’accord avec cette référence ? 

 

Ah oui,  dans la chanson aussi, vous trouvez?

Je ne m’en rends pas forcément compte…  Ce qui est amusant, c'est que ce côté Mylène Farmer, qui est certes prégnant dans le clip en tout cas, on s'en est rendus compte après l’avoir finalisé ...

Féloche dit souvent pour rigoler (mais de façon aussi assez sérieuse !) que je suis une sorte de « Mylène Farmer en Pataugas » (rires)  et en voyant le clip de Total Fiasco, cela m'a sauté aux yeux ....

Je pense que Féloche, en filmant, a bien poussé plus ou moins consciemment  le curseur de cet esthétisme très maqué Mylène Farmer- Laurent Boutonnat.

Bien sûr de prime abord nous sommes très éloignées l’une de l’autre, mais il y a en commun sans doute cette forme de tristesse, de mélancolie, d'introspection.

Un jour, un  ami fan de Mylène m'avait fait voir un documentaire sur son processus créatif et beaucoup de ses mots avaient résonné en moi.

Je trouve que c'est bien aussi de s'inspirer d'artistes extrêmement populaires, de ne pas chercher à dénigrer juste  parce qu'ils ont un succès énorme.

 

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Parce que vous pourriez avoir cette inclinaison-là, à dénigrer un peu les auteurs très populaires pour rester du coté des auteurs à textes un peu confidentiels? 

 (Rires)… Je ne sais pas.

Notre métier souffre un peu d’une dictature du bon goût et, disons qu’il est plus facile de se revendiquer de la famille des Brel, Brassens, Barbara ou encore de Véronique Samson, Christophe, etc… que de Pascal Obispo, Patricia Kaas ou même Johnny Hallyday.

De façon plus ou moins consciente, j’ai rarement parlé en interview de ma discographie d’Axel Red ou de Zazie.

 Un petit mot sur le seul texte que vous n'avez pas écrit, "Pourquoi tu me fais pas" qui est écrit par Pauline Croze. Pourquoi avoir conservé ce texte qui n'est pas de vous et pourquoi avoir voulu parler de ce sujet un peu tabou qui est le désir de ne pas enfanter?

Oui c'était important pour moi d'aborder ce sujet.

Il se trouve que je suis maman d’un petit garçon de 4 ans, mais pendant très longtemps, il n'était pas question dans ma vie d’avoir des enfants et mon entourage s'était plutôt fait à cette idée. Cependant, il ne faut jamais dire jamais et parfois la vie arrive, on change d’avis (sourires).

A l’origine, ce morceau, on l'avait composé avec Pauline (Croze) lors d’un autre Chansons Primeurs. J’aimais beaucoup ce texte, je le trouvais très intelligent dans ses propos et sa façon d'aborder ce sujet.

Pauline n’a jamais utilisé cette chanson dans ses disques et je trouvais ça dommage qu’il n'existe pas ! J’aurais tellement aimé que cette chanson existe pour la jeune femme que j’étais et qui n’en voulait pas.

 C'est un débat important à avoir dans notre société et qui reste encore peu abordé dans les chansons..

Ce n'est pas parce que j'ai désormais un enfant que je ne peux pas revendiquer le droit pour les femmes de ne pas en avoir.

Au contraire, je trouve même que le fait d'avoir un enfant rend le propos encore plus légitime, que cela le décale un peu d’une revendication politico-féministe.

 

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Dernière question par rapport aux concerts qui suivent ou annoncent la sortie de l'album, celui à Lyon( NDLR: qui a eu lieu le 4 mai dernier, juste après l'interview)  et celui du 12 mai au Café de la danse. Est-ce que vous avez prévu de construire une sorte de spectacle autour de Colette et de son histoire, en lien avec le livre que vous écrivez dessus ou vous restez plutôt sur un tour de chant plus classique? 

 

Après plusieurs tentatives d’intégration de passages du livre sur scène, je suis finalement revenue à l’idée d’un concert classique. Ça ne fonctionnait pas totalement, c'était paradoxalement deux histoires assez différentes.

 

Cependant j’ai hâte de finir le livre (j’en vois presque le bout !), de démarcher des éditeurs, car quand il sortira, alors même qu’intégrer du texte dans un concert m’a paru loin d'être évident, j’aimerais beaucoup créer un spectacle qui intégrerait la musique à la lecture. Cela me semble être une aventure tout a fait possible et passionnante.

 

Sur ce concert, il y a eu un vrai travail de réarrangements par Jean-Baptiste Soulard, le musicien qui m’accompagne. Le disque étant très produit, et étant deux sur scène, nous avons pris le parti de proposer un concert très acoustique, sans machine, sans ordinateurs ni boucles, où tout ce que l’on entend est joué pour de vrai.

J’espère que cela plaira aux spectateurs (NDLR : petit spoiler : on a pu le voir quelques heures après l’interview et on est sûr qu’il plaira à tous ceux qui auront la chance de le voir !) !! 

 

 Retrouvez toute l'actualité de l'artiste Buridane sur sa page Facebook  ainsi que sur sa châine You Tube 

Photo à Lyon  Fabrice SCHIFF

Merci à Buirdane mais aussi à Xavier Chezlepretre  et Julien Oliba pour l'interview 

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