Après nous avoir fait chavirer avec  "Comment", UN EP composé de 4 petites pop- voir notre critique de l'album ici même, on a eu très envie de mieux connaitre la chanteuse Clou, repérée déjà sur plusieurs contributions collectives ainsi qu' en première partie de Tété l'an passé.

Résultat des courses : on a eu affaire à une artiste particulièrement  attachante et très disponible pour un échange de près de 40 minutes dont on vous offre un long échantillon sans plus attendre :

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Baz'art : Ma première question, chère Clou, sera assez anecdotique mais non moins essentielle pour mieux te cerner. Tu portes le prénom d'Anne Claire dans l'état civil et celui de Clou comme artiste... Pourquoi ce choix de pseudo et par ailleurs, est-ce que tes proches t'appellent Clou ou Anne Claire ?

Clou : Ah voilà en effet une première question fondamentale (rires). En fait, Clou, c’est mon surnom d’enfance, mes parents m’appelaient comme cela car j’utilisais l’humour comme moyen de communication. Je suis vite devenue Anne-Clown, puis Clou. C’est devenu, avec le temps mon nom et lorsque je me suis lancée dans ma carrière solo, je ne me voyais pas trouver un autre pseudo.

Eh oui, pour tout le monde ou presque, je suis devenue Clou, à tel point qu'on m'appelle presque plus du tout Anne Claire. Clou, c'est mon nom d'artiste, mais c'est aussi un peu plus que cela, on peut dire que ça fait presque partie intégrante de moi.

 Baz'art : J'ai vu dans ta biographie que tu avais commencé ta vie professionnelle pas vraiment dans la sphère artistique puisque tu étais attachée de presse dans la mode. C'est un radio-crochet de France Inter qui t'a servi de tremplin et qui t'a fait envoyer tout bouler pour te consacrer à la musique. Ça s'est vraiment passé comme cela ou il y n'aurait pas un peu de story telling là-dedans ? (Rires)...

Clou :Ah non, ce n'est pas du tout du story telling, c'est l'exacte vérité.  Ce radio- crochet de France Inter auquel j'ai participé, en 2014, m'a vraiment permis de changer de voie et a été un énorme catalyseur pour moi.

Je n'ai pas remporté la course, je suis arrivée deuxième mais le simple fait de passer sur France Inter, sur une radio de cette qualité, d’être écoutée et même entendue a vraiment tout changé et m'a permis de me lancer et de changer d’orientation professionnelle. Tout cela  m’a permis de faire mes premières scènes toute seule et d’assumer mes chansons tout simplement.

 

Baz'art : Dit comme cela, ça semble très simple, mais j'imagine que dans la réalité, tu es passée par quelques moments de doute, avec cette perspective de quitter un monde professionnel plutôt sécure pour quelque chose de plus aléatoire, non ?

 

Clou : Bien sûr, cela a  été une décision difficile à prendre. Mais je crois que tous ceux et celles qui sont passées par ce genre de reconversion professionnelle connaissent ces moments de doute.

 

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Baz'art : Maintenant que tu as trouvé un label et pas n'importe lequel- le mythique Tôt ou tard- et que ton premier album à sortir chez eux  est prévu pour  très bientôt, j'imagine que cette période est quand même derrière toi désormais ...J'ai pu écouter 4 morceaux de cet album présent dans l'EP "Comment "mais pas encore l'album en entier.Tu peux nous en dire un peu plus dessus ??

Clou : Ah oui bien sûr, car je suis très fière de ce premier album, Orages...

Il devait sortir au printemps, mais finalement avec la crise du Covid,  on a décidé avec Tôt ou Tard de le reporter à l'automne. A ce jour, on n'a pas encore la date exacte de sortie.

C'est un album qui,  je pense, me représente bien... J'avais un certain nombre de morceaux qui pouvaient potentiellement en faire partie, tous ceux que j'ai écrits depuis 2014/2015 en fait mais il a fallu faire un tri très conséquent pour que les titres qui y figurent forment un ensemble cohérent qui représente le mieux la personne que je suis aujourd'hui .

Cela a été un processus long à mettre en place,  plus de deux ans.

Et puis je n’étais pas seule pour faire cet album, j'ai été merveilleusement accompagnée par Dan Levy du début à la fin du projet.

Baz'art : Ben oui justement, j'allais t'en parler de cette collaboration avec Dan, la moitié des Do et qui est aussi reconnue pour son formidable travail de compositeur de BO, notamment pour Jérémy Clapin... Comment s'est passé exactement ce travail ensemble, en fait ?

 Clou : Cela a été une aventure formidableOn s’est rencontré grâce à mon éditeur. Notre premier rendez-vous a eu lieu dans un café, on a tout de suite  accroché en parlant de musique, notre moteur à tous les deux.

Après on a mis en place un processus de travail: je travaillais sur les chansons tous les jours et lui envoyais des refrains, des chansons presque terminées, des bouts de textes et lui me faisait des retours chaque semaine.

Puis tous les trois mois, nous nous retrouvions pour écouter tous les morceaux et choisir ensemble ceux que nous transformerions en maquette. Entre 2017 et 2019, on a fonctionné comme ceci, pour arriver à une dizaine de maquettes  qu'on a pu proposer à différentes maisons de disques dont Tôt ou Tard qui a été séduit.

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Baz'art : Et qu'est-ce que Dan a provoqué en toi que tu n'aurais pas pu trouver toute seule, notamment au niveau du processus de création ?

 

Clou : Disons que Dan a été une sorte de « coach ». Il  a rapidement souligné  le potentiel de mes  textes et mes mélodies mais n'a pas hésité à m'indiquer quand il y avait trop de pudeur, quand c’était trop lisse

 Par exemple, pour le morceau "Rouge", c'est  Dan qui m’a dit que je ne me mettais jamais en colère et qu'il fallait que je laisse  sortir  car il sentait bien que j'avais au fond de moi pas mal de tempêtes intérieures plus ou moins bien cachée (rires).  Tout ce qui me bouleverse, me hérisse, me semble absurde, il fallait que je me décide à l'écrire puis à le chanter. 

 Dans cet album ainsi qu'à travers tout ce qu'on a pu réaliser avec Dan, il  ne fallait pas que je cherche à tout prix à faire beau, mais vraiment à exprimer par les textes et les mélodies quelque chose qui me ressemble vraiment.

 Tout ce travail-là, assez cathartique a vraiment libéré quelque chose en moi, rien que pour cela,  je lui en suis infiniment gré...

 

Baz'art : Dans cet album, tous les textes sont en français alors que tu avais essayé l'anglais dans mon 1er EP en 2015 et même dans certaines de tes collaborations notamment avec Cocoon et que tes références que tu revendiques sont très Anglo saxonnes, à près de 80%. C'est Dan aussi qui t'a imposé de chanter en français, en lien avec cette dimension introspective ?

Clou : Non, Dan n'y est pour rien dans ce cheminement. Dès le départ, je m'étais dit que mon album serait quasi exclusivement  en français, et c'est d'ailleurs le cas puisqu' il n’y' a qu'un seul titre en langue anglaise « Tomorrow » ; un des titres les plus anciens d’ailleurs.

 Mais permets moi de te contredire sur tes propos : mes influences sont vraiment à 50/50 % françaises et Anglo saxonnes, c'est très équilibré depuis tout petite  certes j'ai toujours adoré  la folk  américaine très épurée : j’ai beaucoup écouté Paul Simon, un vrai poète ! Tracy Chapman, Joni Mitchell, Joan Baez ou Bob Dylan.

Mais j'ai aussi écouté quelqu'un comme Renaud qui a énormément compté pour moi ou quelqu’un comme Yves Simon  à qui j'ai eu la chance de rendre hommage dans l'album "Générations Eperdues."..

J’ai aussi beaucoup écouté Brassens, Moustaki, et pas mal de Hip-hop , ce qui ne se ressent pas forcément dans ma musique je le concède, mais l'influence n'en demeure pas moins  bien réelle.

Chez moi mes parents étaient très mélomanes et écoutaient vraiment de tout ça allait de  Demis Roussos  à quelqu'un comme Toto Cotugno, des artistes bien plus intéressants que ce qu'on peut penser.

Bref, la chanson française , c'est vraiment quelque chose qui fait partie de moi.

Baz'art : Oui j'imagine bien, surtout  que tes textes sont quand même très littéraires avec des références parfois pointues. Je pense à ton titre "Comment" qui est visiblement inspiré d'un rêve du poète Henri Michaux, c'est bien cela ?

Clou :Oui bien sûr, il faut savoir que depuis toute petite, j'ai un compagnon de vie très fidèle qui s'appelle le livre... J'étais une enfant très solitaire et la littérature a été un refuge. Elle m’a permis de grandir. Je n'ai longtemps lu que de la fiction, plus récemment je me suis plongée dans la poésie, les essais, un peu de philo aussi.

Donc en effet, "Comment », a été écrite d’après un rêve de Henri Michaux;  celui où il escalade une façade de verre comme une marionnette dont les fils sont tirés par sa mère.

Je trouve que c'est une parfaite métaphore de l'absurdité de la vie , on essaie tous de tenir debout, d'être libres alors que d'autres tirent les ficelles pour nous amener là où ils voudraient qu'on aille...

On cherche tous la méthode pour lutter contre cette absurdité, d'où le "comment" du titre (rires).

Baz'art : Je voudrais te parler d'un autre titre très intéressant et une autre formidable collaboration, c'est celle autour de « Comme au cinéma » et ce beau clip réalisé par Vincent Delerm pendant la période de confinement. Comment cette belle rencontre a pu se faire ?

Clou : J'aime énormément le travail de Vincent, sa musique, ses photographies et puis son film. Je le connais depuis que j'ai eu la chance de faire quelques unes de ses premières parties à la Cigale en 2019.

Tout a démarré en octobre dernier, je suis allée voir son film Je ne sais si c'est tout le monde  au cinéma. J’ai été très touchée par sa délicatesse et la simplicité délicate de ses images. Car attention, simplicité ne veut pas dire facilité.

Avec tous ces éléments,  je me suis permise de lui écrire  pendant le confinement pour lui proposer la réalisation du clip de ma chanson. Je l’ai fait sur un coup de tête, ça m’obsédait. Il apprécie le morceau et m’a dit oui à ma grande joie.  Il m'a confié qu'il allait faire quelque chose de plus rhomérien qu’Hollywoodien.  Bref un clip sans trucage et sans fard (rires).

Cela m'allait très bien et correspondait parfaitement à ce que raconte cette chanson, cette envie de vivre "sans  maquillage et en plans serrés", loin du glamour Hollywoodien, dans la vraie vie ! (rires).

Baz'art : Ce n'est pas forcément hollywoodien non, je te le concède, mais il y a quand même au moins une référence au cinéma américain dans ta chanson non ? "La nuit qui m'appartient ", c'est un clin d'œil au très beau film de James Gray non ?

Clou :Oui bien sûr, ah c'est top que tu l'ais relevé, on me parle de pas mal de références dans ce titre mais très peu de James Gray alors que j'adore tout son cinéma, merci (rires) .

 

Baz'art : Tu relèves le fait que Vincent Delerm fasse partie du même label que toi, à ce propos,  j'imagine que signer chez  "Tôt ou Tard",  ce n’est quand même pas rien pour un premier album, non ?

Mieux que cela, c'est  carrément un  vrai rêve qui se réalise.

Leur catalogue qui défend une chanson française indépendante de qualité, me faisait rêver.

Quand on avait suffisamment de maquette avec Dan pour le proposer à des labels, il m'a demandé avec quelle maison de disque  je voudrais travailler. "Tôt ou Tard " est le tout premier que j'ai cité avec des étoiles dans les yeux, mais je n’y croyais pas beaucoup.

Il m'a dit qu’au contraire, cela lui semblait très cohérent. C’est lui qui a fait le premier pas vers eux. Mais, pour tout vous dire, tant que l'album n'est pas sorti, j'avoue que j'ai parfois encore un peu de mal à réaliser.

 Baz'art : On a l'impression à t'écouter que tu manques encore un peu de confiance en toi sur ton travail et que ce sont les autres qui te poussent à croire en toi. Ça vient de quoi ce besoin de reconnaissance en ton talent, aussi incontestable soit-il ?

Clou :Ah,  pour résumer, disons que j'ai reçu une éducation stricte, où les vannes de l'expression étaient fermées à double tour.

Cela m'a sans doute permis d'avoir une vraie rigueur et une exigence vis a vis de moi et de mon travail, mais ce ne sont pas forcément les meilleures conditions pour s'épanouir dans la vie (rires).

La chanteuse Clou avec "Rouge", son nouveau single.

Baz'art : Ce qu'on ressent aussi dans tes textes, c'est ta volonté de ralentir le tempo de lutter contre cette frénésie actuelle, du moins celle d'avant le confinement. Tu as même écrit un texte, "je prends mon temps" qui fait l'éloge de la lenteur, n'est-ce pas ?

Clou : Oui tout  à fait... Je considère la musique comme un processus lent mais c’est plutôt positif car ça me permet d’étoffer mes créations et de faire des vidéos, et des collaborations passionnantes comme celles dont on vient de parler .

On met toujours en avant les artistes qui ont démarré très jeune et qui ont eu une carrière très fulgurante, il y a tout un tas de story telling autour de ça mais pour moi, c'est bien plus intéressant et admirable de réussir dans la durée, d'inscrire son projet et son univers sur dix ou quinze ans.

Inscrire son projet artistique à long terme est quelque chose qui me stimule beaucoup. Si j'arrive à être encore visible et sur le devant de la scène dans 10 ou 15 ans là, promis, je serais très fière de moi et je n’aurais pas besoin des autres pour le reconnaitre (rires) ...

Baz'art : Chère Clou, on peut prendre les paris que dans 10 ans, tout le monde aura entendu parler de toi et tu continueras à briller de mille feux ! Merci et longue vie à ton premier album, dès qu'il sort dans les bacs!  

  L' Album "Orages" à venir à la rentrée..en attendant vous pouvez découvrir son EP, "Comment " disponible ici :