Baz'art  : Des films, des livres...
22 août 2025

Nos questions à .....Vincent Maël Cardona, réalisateur du film Le Roi Soleil

 

 

Quatre ans après « Les Magnétiques », Vincent Maël Cardona revient  dès mercredi prochain sur nos écrans avec « Le Roi Soleil », un huis clos situé dans un bar de Versailles. 

Un film original et drôle, plus profond qu’il n’y paraît, et qui convoque, à la fois, le baroque de Quentin Tarantino et « Marie-Antoinette », de Sofia Coppola, pour la dénonciation sociale déguisée.
Reprenant le modèle narratif de Rashōmon, Vincent Maël Cardona utilise une mise en scène inventive pour impliquer le spectateur dans ce cruel et ludique jeu de pistes.

Vincent Maël; lyonnais d'adoption était hier en fin de journée dans notre ville présenter son film avec un de ses acteurs principaux, Sofiane Zarmani (portrait à venir) L'occasion de lui poser plusieurs questions autour de son projet.

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 D’où vient la première étincelle de ce projet quelque peu singulier ? 

Le point de départ du projet c'est  écrire l’histoire de personnages qui s’enferment eux-mêmes dans un huis-clos et qui vont progressivement quitter le rivage du réel, du bon sens, de l’élémentaire humanité.

Une sorte de reprise de L’Ange exterminateur de Buñuel mais sans la dimension fantastique, en utilisant uniquement cette séduction si particulière de l’imagination qui parfois nous fait croire qu’on peut tordre le réel jusqu’à lui imposer notre volonté.

 


Et pourquoi avoir opté pour une forme si singulière ? Avec des distorsions narratives, une multiplication des points de vue,  une utilisation de flashforwards et flashbacks, par exemple ?

 

C’est un film qui met en scène le fait de raconter une histoire, d’où ce travail spécifique sur le point de vue narratif. 

Quand je fais un film, j’ai des idées abstraites et je pars sur une forme cinématographique pour les exprimer Je voulais faire un film sur la loterie. Quand les gens jouent, ils s’achètent un rêve et j’ai du respect pour ça.

Tout le monde a une chance de gagner et, en même temps, il n’y a rien de plus inégalitaire. L’erreur funeste des personnages, ce qui va les conduire à commettre le pire, c’est de se laisser contaminer par la puissance enivrante de la fiction.

Ici, chaque mort relance la machine à fiction des personnages qui sont encore là (ils doivent adapter leur histoire et s’éloignent chaque fois plus d’une fiction « crédible »), et chaque mort relance, pour le spectateur, la question de s’abandonner à la gratuité de la fiction (le film lui-même s’enfonce dans la fiction).

A la fin, les deux convergent : les personnages sont rappelés au réel et la fiction à ses errements ....

T

 

s.

 Avec le bar-pmu, il y a l’idée du huis clos. Est-ce un exercice de style stimulant,une recherche formelle très spécifique à laquelle vous vouliez vous attaquer consciemment ? 


Oui, clairement, l’exercice de style a participé de notre enthousiasme à faire ce film.  En l’occurrence, l’idée a été de considérer qu’un film, en soi, est un huis clos. On « entre » dans l’histoire, on oublie progressivement le dehors, le monde réel, puis le réel se rappelle à nous.

Avec toute l'équipe du film et les interprètes, nous avons cherché à traduire cette expérience de la déréalisation, l’hésitation à rester « dedans » ou « sortir », à travailler sur notre mémoire de l’imagerie développée par la fiction, sur l’équilibre entre la théâtralisation et le « pacte » réaliste. 

Car même si le bar-pmu est un lieu en perte de vitesse, ça reste un creuset, un lieu de brassage. On y croise des gens de toutes les classes sociales, de tous les âges – des gens qui, sinon, se croisent de moins en moins car notre monde est de plus en plus étanche. 


C’est un lieu qui donne sur la rue et sur l’espace public, un lieu où on passe, où on 
s’arrête. Il y a des interactions, il s’y passe des choses.

Ça fait encore mine de rien partie de ces endroits où bat le pouls de l’époque.

 

Comment avez-vous atteint une telle synergie entre vos interprètes ?

À la lecture, nous avons beaucoup ri et je me souviens qu’une bonne partie de ces éclats de rire provenait de l’idée qu’on allait quand même tenter quelques trucs pas évidents… Sur le tournage, les interprètes, les techniciens, personne n’était très au clair sur la manière dont les choses allaient finir par s’assembler.

Et si, au bout du compte, on ressent une forme de synergie dans le film, alors peut-être que cela vient de cette confiance un peu aveugle mais joyeuse qu’il y avait entre nous.

Quel défi a représenté la multiplicité des points de vue dans votre récit, à l’écriture comme au montage ?

À l’écriture, la principale difficulté a été de trouver le bon équilibre entre la progressive déréalisation vécue par les personnages, leur propre perte de repères, et la nôtre en tant que spectateur. Le film joue en permanence autour de la question de l’invraisemblance, les personnages passent leur temps à se demander si ce qu’ils se racontent est crédible.

Or le film étant lui-même progressivement contaminé par les fictions des personnages, cette problématique de l’invraisemblance se pose à lui. Et donc à nous. Loin de chercher à dépasser cette difficulté, nous avons cherché à jouer avec elle lors du montage.

L’idée est de flirter avec ce qui conduit à se nourrir si avidement de fictions dans nos vies de tous les jours : notre volonté de croire pour croire.

Poiur vous, que dit ce film de notre époque ?

De l’avis général, nous vivons une époque étrange, inquiétante, mais aussi infiniment riche de possibilités nouvelles. Ce qui est frappant, c’est à quel point les digues morales et politiques censées contenir la puissance de l’argent semblent sauter les unes après les autres, comme si nous acceptions de nous donner à l’argent.

Le film veut parler de ça : des personnages qui nous ressemblent, bien moins forts et structurés qu’ils ne le pensent. Ils se dépatouillent comme ils peuvent face à la double emprise de l’argent et de la fiction et se font un film avant d’en devenir progressivement les victimes.

 

Enfin, pourquoi ce titre Le Roi Soleil ?

D’abord parce que c’est le nom du bar où se déroule l’intrigue et que ce lieu est sans doute le personnage principal du Je ne choisis pas vraiment.

Dans ma situation de départ – des gens qui ne se connaissent pas et qui doivent s’entendre pour mettre au point un récit – il y a un peu de tout. Il y a l’ordinaire d’une situation qui pourrait s’aperçoit au bout du compte du piège dans lequel elle s’est mise.

 

 

Mael Vincent Cardona et Zofiane Zermani

Crédit photo: Eléna Hugot

 

Merci à Auvergne Rhone Alpes cinéma

Merci à Studio Canal et au Pathé Grand Lyon

 

 

Retrouvez notre chronique ( partagée) du film ci dessous

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