Pierre Salvadori , réalisateur de la Vénus Electrique : " La comédie aide à vivre, même dans sa fabrication!"
Le mardi 12 mai, pour donner le coup d’envoi de la 79e édition du Festival de Cannes, le réalisateur et scénariste corse Pierre Salvadori a présenté son nouveau film en avant-première mondiale devant le gotha du cinéma international. Cette prestigieuse soirée d’ouverture avait comme maîtresse de cérémonie la comédienne Eye Haïdara et retransmise en direct sur France Télévisions.
De l'avis unanime ou presque, en tout cas à Baz'art c'est le cas, La Vénus électrique est le premier coup de foudre de la Croisette.
Il lui aura fallu attendre de fêter ses 61 ans pour connaître les honneurs de la sélection officielle. Pour célébrer ces débuts tardifs et réparer cette injustice, le festival voit les choses en grand et offre à Pierre Salvadori, auteur de comédies délicieuses comme « Dans la cour » (2014) et » En liberté » (2018), l'ouverture de la 79e édition.
Très fier de cette sélection, Pierre Salvadori n'a pas caché sa joie lors de la conférence de presse cannoise : « Cannes célèbre tout ce que j’aime au cinéma, la mise en scène, l’audace, la liberté et les auteurs. Il les découvre, les accompagne et les célèbre. À sa façon, mon film porte toute la croyance et tout l’amour que j’ai pour mon métier. Je suis vraiment heureux qu’il ait été sélectionné pour ouvrir le bal ». " Lorsque les sélectionneurs m’ont dit qu’ils aimaientLa Vénus électrique , j’ai pensé : " Pourvu que ce ne soit pas en compétition ! ", confesse Pierre Salvadori. Non par peur de la concurrence. Mais par crainte que le film ne soit pas regardé comme il doit l’être. " Je craignais que les gens s’interrogent uniquement sur le positionnement du genre :" Pourquoi une comédie en compet’ ? ", alors que je souhaite qu’on la regarde avec beaucoup plus de plaisir et d’innocence. "
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c’est avec En Liberté (avec Adèle Haenel et Pio Marmaï) en 2018 que Pierre Salavadori a eu ses premiers honneurs sur la Croisette, à la Quinzaine des cinéastes : " Dans la salle où les gens riaient. Comme la sortie avait lieu en septembre, on a passé un été délicieux en sachant que le film allait marcher [740 000 entrées, ndlr], alors que d’habitude, le mercredi de sortie, on se demande toujours si on est mort ou pas… "
Pour son onzième film, le réalisateur s’est inspiré d’une de ses apparitions comme acteur dans Planétarium,de Rebecca Zlotowski, en 2016. Il y interprétait Jean Servier, un réalisateur (tiens donc) sur le point de tourner un drame sentimental teinté d’occultisme. « Pour m’aider, Rebecca m’avait résumé le film que j’étais censé réaliser dans le sien, raconte Pierre Salvadori. L’histoire d’une fausse voyante qui faisait croire à un jeune peintre qu’elle pouvait le mettre en contact avec son épouse défunte et ce faisant, en tombait amoureuse. »
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Dix ans plus tard, Pierre Salvadori en a conservé la trame et l’atmosphère, celle des années 1920-1930, avec sa bohème artistique et sa passion pour les sciences occultes. Mais pour Salvadori, ce ne sont pas les thèmes qui sont les plus importants dans l'écriture de son film : Les thèmes se sont glissés dans le récit sans que ce soit anticipé. Au fond, ils sont portés par les personnages. On ne s’est jamais dit : « on va faire un film qui traitent des rapports entre l’art et l’argent » ou sur « l’individualisme forcené qui, quoiqu’on fasse, accompagnent nos existences ». Les sujets qui parfois affleurent, ce sont les personnages qui les trimballent : la culpabilité comme un contrepoison à l’égoïsme, la porosité́ entre les morts et les vivants, le passé et le présent."
Quand on l'interroge sur la nécessité de trousser envers et contre tous des comédies, Pierre Salvadori a longuement réfléchi à la question : " La comédie, c’est déjà prendre parti. Il y a une forme d’optimisme et de vitalité dans la comédie. Malgré l’anxiété ambiante, elle aide à vivre, et procure de la joie, même dans sa fabrication. Et en même temps je dis ca mais personne ne peut écrire de comédie avec des personnages heureux. Je n’arrive pas à me souvenir d’une seule bonne comédie sans souffrance. Les comédies nous enchantent, elles nous aident à vivre, mais ceux qui les peuplent sont souvent désorientés, frustrés, maladroits ou perdus. Ce qui soulève tout c’est la mise en scène".
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D’où ce ton particulier reconnaissable depuis "Cible émouvante", où Pierre Salvadori se joue souvent avec brio d’une forme de désespoir.
Tout en assumant un gout inassouvi pour les histoires d'amour, présentes dans tous ses films ou presque : "Je trouve que ce qui est intéressant avec les romances au cinéma, c’est lorsque les personnages ne courent pas réellement après l’amour. Dans celles qui me semblent belles, réussies, ils n’aspirent pas vraiment à la conjugalité. Moi je vois ça comme des gens qui tendent vers un absolu, une vérité et qui se battent pour l’atteindre. Et ça s’incarne dans un baiser à la fin. Ce qui se passe après n’a aucune importance.
Sur le choix de sa comédienne Anais Demoustier, qui contrairement à Pio Marmai n'avait jamais tourné avec le cinéaste le réalisateur de 61 ans raconte cela: ." Anaïs, c’est une rencontre merveilleuse et assez évidente. Elle aussi a très vite compris le langage du film. On s’est d’abord vus chez moi, un peu avant le tournage, elle m’a juste posé quelques questions très simples. Pas du tout sur la vie du personnage, son passé ou ses intentions. C’était plutôt du genre : « Page 41 quand elle dit ça, c’est ironique ? » « Page 83, elle sait qu’il ment ? » etc… « Voilà, ok, au revoir »C’était un rôle très difficile à appréhender. Très technique. J’ai fait énormément d’essais avec de nombreuses comédiennes. Il n’y que très peu d’actrices qui parvenaient à être aussi précises, drôles et aussi émouvantes."
"Un mot pour finir sur l'origine du personnage du marchand d'art, ami et professionnel aussi dans le même corps, Pierre Salvadori nous confie qu'il a été creusé dans sa relation avec son producteur le fidèle Philippe Martin : "Oui, le personnage que joue Gilles Lelouche, c'est Philippe, mais transposé dans un autre milieu, avec d'autres fragilités. Comme Armand fait d'Antoine un peintre, Philippe m'a fait cinéaste. Quand il me dit : « Tu dois réaliser Cible émouvante » , ma vie change de trajectoire. Philippe est mon ami, mon producteur, on parle de cinéma, mais c'est aussi celui qui me finance quand j'écris. On a mis en place un système où il finance l'écriture du film suivant, ce qui m'a évité de gros trous financiers entre deux projets. Un peu comme Toscan du Plantier l'a fait avec Pialat."
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La Vénus électrique en salles actuellement.
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