On a lu " Kolkhose", le roman d'Emmanuel Carrère dont tout le monde parle
" Les enfants commencent par aimer leurs parents, devenus grands, ils les jugent; et quelquefois, ils leur pardonnent "
Oscar Wilde
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Chronique :
Roman vertigineux, intime et historique, Emmanuel Carrère est comme un ami pour ses lecteurs.
Un ami de longue date que l'on est toujours heureux de retrouver car sa famille est une source inépuisable et riche d'anecdotes passionnantes. Petit survol non exhaustif de l'arbre généalogique du romancier :
Un aïeul qui complote puis assassine le Tsar Paul 1er à Saint Pétersbourg en 1801. Une arrière grand-mère qui, à Tbilissi, avait pour amie la mère d'un adorable garçonnet, Laurenti Béria, qui deviendra le patron de la terrible police politique soviétique, un petit homme chauve aux lunettes dorées qui fera massacrer quelques millions de ses semblables avant d'être assassiné en 1953.
Une grand-mère qui passa sa petite enfance près de Florence dans une villa ayant appartenu aux Médicis, entourée de six nourrices parlant six langues différentes, domaine qu'elle quittera, révolution de 1917 oblige, sans le sou pour tenter sa chance à Paris.
Un grand-père maternel qui aurait pu croiser Vladimir Nabokov, son contemporain, immigré russe comme lui dans les rues de Berlin, mais qui terminera collabo à Bordeaux, et disparaitra à la libération. Une cousine, Salomé Zourabitchvili, qui après avoir été diplomate française à Tbilissi devient ministre des affaires étrangère, puis première ministre de Géorgie.
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Une petite cousine, Anne Wiazemsky, future actrice, égérie, et épouse de Jean-Luc Godard. Un grand-père paternel directeur de l'Orchestre Philarmonique de Bordeaux. Une grand-mère professeur de piano qui créa une œuvre, certes mineurs de Gabriel Fauré, mais Fauré tout de même.
Et bien sûr une mère immortelle à perpétuité qui avait l'oreille des présidents français et russes durant sa carrière de professeur spécialiste de toutes les Russie, qu'elle soit Tsariste, soviétique ou libertarienne. Il n'oublie pas de rendre un très poignant hommage au prince consort de l'immortelle. En une trentaine de lignes, aussi savoureuses qu'assassines, il règle son compte à Michel Barroin, grand ami de Jacques Chirac, père de François et tortionnaire professionnel de Louis Carrère d'Encausse, son père.
Avec une écriture fluide et un sens inné de la narration, normal c'est son métier ( et en bon artisan, il le fait bien ), Emmanuel Carrère nous emporte, du XIXème au XXIème siècle, dans la Russie des Tsars, aux pays des Soviets, en Ukraine; en Géorgie, à Bordeaux, à Paris, quai Conti, sous la Coupole de l'Académie Française.
Comme à son habitude le romancier s'écrit en train d'écrire et c'est aussi pour cela qu'on l'aime. Avec " Kolkhose " en mêlant son histoire à la grande Histoire de l'Europe, Emmanuel Carrère compose son " Livre de ma mère " admiratif, aimant, pas toujours tendre, mais qui aime bien...
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