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18 septembre 2025

Rencontre avec Nadav Lapid, réalisateur de Oui ! "Danser sur des cadavres"

Le cinéaste israélien Nadav Lapid était de passage à Lyon la semaine dernière pour présenter son film Oui, qui brosse le tableau d'un pays aux penchants décadent et cynique, sur fond de massacre à Gaza. Le tout à travers l'existence insensée du héros, Y, et de sa compagne, Yasmine.Le film dénonce le martyr de Gaza sans analyse binaire.Rencontre au cinéma Le Comoedia à Lyon.

Rencontre avec Nadav Lapid, réalisateur de Oui !  "Danser sur des cadavres"

Vous aviez commencé à écrire votre film avant le 7 octobre, comment s'est faite la réécriture ?

Oui j'habitais déjà en France et j'avais déjà ce scénario lorsque le 7 octobre 2023 est arrivé. Je suis retourné en Israël vers le 20 octobre-mon père y vit encore- j'ai alors ressenti de l'empathie pour ce pays immédiatement après le 7 octobre et j'ai senti une vraie tristesse de tout le pays qui est pourtant, tout sauf tendre.

Bien sûr tout a changé par la suite, et j'ai bien vu et bien senti que l'on allait vers le pire, une sorte de vengeance biblique, apocalyptique. Netanyahou le disait. On a vu tout de suite qu'il irait jusqu'au pire.

Mais je ne voulais pas faire un film au sujet du 7 octobre, j'ai bien sûr revu et corrigé le scénario. Cela a servi le film qu'il ait été conçu avant. J'ai voulu, je crois, faire un film sur la résistance à la soumission.

Vos personnages s'expriment énormément par le corps, comme des danseurs …

Oui, il y n'a quasiment pas de vrai dialogue. Je cherche toujours à montrer le sentiment qui domine à l'écran avec la caméra et le mouvement, beaucoup moins avec le dialogue.

Le film a été montré à Cannes dans la Quinzaine des cinéastes mais n'était pas en compétition officielle…

Qu'on aime ou pas le film, c'est dommage car je crois que le film porte quelque chose de plus grand que le film lui-même, un point de convergence entre l'urgence politique et le cinéma.

Avez-vous montré le film en Israël, et si oui quelles ont été les réactions ?

Oui, il y a eu deux ou trois projections en avant-première. Je n'étais pas dans la salle. A la fin d'une projection, il y a des personnes qui disaient aux agents de sécurité qu'il faudrait m'arrêter parce que "j'exagère !" Pour les gens d'Israël, je pense que je leur ai tendu un miroir, on est proche de la vie réelle des gens.

Des groupes pro Palestine boycottent votre film parce que vous avez eu des financements de l'Etat d'Israël, qu'est-ce que cela vous inspire ?

Je peux dire que les personnes qui ont soutenu le film à l'avance sur recettes en Israël ont eu du courage, et il n'est pas certain que la directrice ne soit pas inquiétée pour cela. De même pour les personnes qui ont programmé le film au festival de Jérusalem, qui ont refusé de le déprogrammer alors qu'il y avait une injonction du gouvernement.

 

Vous évoquez les massacres et bombardements à Gaza sans rien montrer vraiment si ce n'est une toile de fond, vous avez conscience que cela les rend encore plus présents et poignants pour le spectateur qui n'a pas besoin qu'on lui montre au cinéma les mêmes images qu'il voit chaque jour sur les chaînes infos ou sur les réseaux ?

Je pense que passer par la fiction est plus fort que beaucoup de documentaires. Celui qui ne comprend pas Tel-Aviv et ne connaît pas Tel-Aviv ne peut comprendre Gaza. Je voulais montrer que Tel-Aviv danse sur des cadavres.

Le génocide qui est perpétré à Gaza, ce n'est pas le génocide d'un seul homme Netanyahou, c'est celui des Israéliens, le peuple n'est pas exempt de responsabilité.

Je me suis dit : est-ce que je prends mon téléphone et je fais un documentaire comme les 30000 caméras qui étaient sur place, ou est-ce que je fais du cinéma ? Je crois au cinéma. Pour tout dire je ne pensais pas que tout cela serait encore d'actualité à la sortie du film.

 

Oui, de Nadav Lapid a été présenté à la Quinzaine des cinéastes 2025. En salles depuis le 17 septembre.
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