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4 janvier 2026

Rencontre cinéma: Jean-Paul Salomé, réalisateur de l'affaire Bojarski

L’histoire d’un faussaire de faux billets, dans les années 1940 à 1960 
Le 14 janvier 2026 en salles

 

 

 

Rencontré à la fois en septembre lors du festival De l'écrit à l'écran et assez longuement en marge du dernier Festival Lumière, le réalisateur Jean-Paul Salomé, un des réalisateurs français qu'on aime énormément et avec qui on a la chance de  discuter parfois, notamment grâce aux réseaux sociaux,  nous a  parlé de  son nouveau film, L’AFFAIRE BOJARSKI.

Son long-métrage retrace l’histoire vraie de Jan Bojarski, l’un des plus grands faux-monnayeur de tous les temps. Pendant plus de quinze ans, le « Cézanne de la fausse monnaie » a mené une double vie à l’insu de sa famille en fabriquant seul dans un cabanon au fond de son jardin des contrefaçons plus « vraies » que les billets sortis de la Banque de France.

 

 

Le film de Jean-Paul Salomé retrace comment, pendant toutes ces années, ce faussaire hors-pair a réussi à éviter de tomber dans les filets de la police et comment il est devenu la bête noire du commissaire Mattei au cours d’une traque qui, pour ces deux obsessionnels, a tourné au duel.  

Le cinéaste, qui aime les personnages hors du commun (La Daronne, La Syndicaliste), se prête avec un plaisir immense au jeu de la reconstitution :son Affaire Bojarski est racontée avec beaucoup de brio.

Qui mieux que le réalisateur Jean-Paul Salomé pour nous parler des coulisses de cet étonnant film, un des grands films Français de ce début d'année ? Surtout que le réalisateur, peu avare en confidences et en détails sur la genèse de ses films, est toujours un plaisir à écouter parler de cinéma et que l'histoire de ce Jan Bokarski est assez folle à découvrir.

 


Qu'est qui vous a décidé à mettre en images l’histoire de Bojarski, finalement assez méconnue du grand public ?

« C'est peu de le dire, car, quand je pose la question dans les projections en avant première, quand je demande qui avait déjà entendu parler de cette affaire, j'ai très peu de mains levées, personne ou presque ne semblait en avoir entendu parler, et c'était d'ailleurs mon cas au début de l'aventure.

En fait, l'histoire Bojarski m'a été apportée par un producteur.  

Ce dernier a du me convaincre car au départ je n'étais pas forcément convaincu, mais il faut dire qu'il  avait rassemblé une première documentation  assez fournie sur ce faux-monnayeur hors-norme.

En parcourant tous ces éléments, j’ai tout de suite été touché par le personnage : son destin, son ingéniosité, la force romanesque de sa trajectoire.

Petit à petit, je me suis approprié le personnage. Ses côtés taiseux, renfermé, solitaire, besogneux, artiste m'ont séduit. »

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Qu’avez-vous conservé du réel et quelle est la part du récit que vous avez dû fictionnaliser ?

"À quasi 95 %, tout est véridique. L'écriture nous a demandé des heures de recherches. Bien sûr que certains détails de la vie de Bojarski ont été grossis, parfois un peu mis en avant pour le narratif de l'histoire.  

Mais tout ce qui concerne la fabrication des faux billets et la manière dont il les écoulait est très proche de la réalité et confirmé par des photos et documents d’époque : ses procédés, y compris l’usage de papier à cigarettes OCB, ses machines, son organisation solitaire, tout comme l’invention du stylo à bille, des dosettes à café ou de la chaise tournante…

En revanche, il n’existe aucun récit intime. Il a donc fallu imaginer la vie familiale, les zones d’ombre, les scènes du quotidien.

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Un mot sur la distribution. Vous aviez Reda Kateb dans un coin de votre tête dès le début  du projet?

"Oui, Reda  s'est imposé avant même que le projet de tournage ne soit lancé. J'ai fait sa connaissance de façon fortuite, lors d'un dîner avec Isabelle Hubert. Et là, je me suis dit : c'est lui. Il a répondu favorablement sans même avoir lu le scénario puisque ce dernier n'était pas écrit.

S'il  a immédiatement dit oui, c'est qu' il était très intéressé par ce personnage pris dans un dilemme entre faire ses billets et avoir une vie amoureuse et familiale. L’écriture s’est faite pour lui, en pensant à sa capacité à habiter un personnage intériorisé, souvent seul à l’écran, dans des scènes presque muettes.

 

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Ey Sara Giraudeau ensuite, Comment avez-vous écrit le rôle de la femme de Bojarski, à la fois pétillante, sarcastique et lucide ? C’était le rôle le plus complexe à écrire.

"Oui,  comme je l'ai dit plus haut, sur cette partie là du récit, on avait un peu une page blanche à écrire car on avait presque rien sur elle. C’était en effet assez difficile de faire comprendre ce que ce personnage traversait.

Nous voulions respecter la femme des années 1950 -femme au foyer qui ne souhaite pas travailler, issue d’un milieu bourgeois - tout en rendant intéressante pour le spectateur d’aujourd’hui. cette femme qui s’est entichée d’un type qui était à dix mille lieues d’elle.

J'avoue que je n'avais jamais écrit de scènes sur la vie conjugale dans mes précédents films donc j'ai sans doute été un peu peine là-dessus, et j'ai eu la bonne idée d' appeler une amie scénariste à la rescousse, Delphine Gleizé, pour affiner l' évolution du personnage féminin. Et ensuite, Sara Giraudeau s’est totalement emparée  avec tout le professionnalisme et la malice qui la caractérise de ce rôle."

Mais il faudrait parler du reste du casting que je trouve génial aussi, je pense à  Bastien Bouillon aux allures d'Eliot Ness complètement assumées,  ou encore Pierre Lottin avec son accent slave. Que du talent en barre , j'ai eu avec ce film ! »

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Le film montre un homme brillant qui ne parvient pas à faire reconnaître son talent. Cette dimension sociale  vous a aussi séduit dans le fait de raconter cette histoire?

 

"AbsolumentComme beaucoup d’immigrés de l’après-guerre (Polonais, Espagnols, Italiens…), il avait un haut niveau d’études, mais ses diplômes n’étaient pas reconnus. Il a dû enchaîner les petits boulots et s’est retrouvé à dévier.


D’autres vagues d’immigration plus récentes, d’autres pays, se retrouvent aujourd’hui confrontés aux mêmes problématiques. Cette forme de mépris institutionnel, cette non-reconnaissance, existe encore.

Et d'ailleurs,  à chaque fois qu'on a montré le film à des scolaires et parfois à des jeunes issus de l'immigration, ils m'ont dit que cette dimension là était très importante pour eux, et que la scène du contrôle de facies, que la police fait à Bojarski et au personnage joué par Pierre Lotin les a beaucoup fait parler car ils se sont retrouvés dans leur quotidien.

«

 

 

Reda Kateb, Sara Giraudeau et le réalisateur Jean-Paul Salomé étaient au Festival Lumière, à Lyon, pour présenter L’AFFAIRE BOJARSKI en avant-première au Pathé Bellecour.

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Comment s'est déroulé le tournage et le travail de reconstitution?

« Il y a eu plusieurs lieux de tournage : Lyon, Paris et Vichy à la fin. Mais, tout a été fait pour qu'il y ait une unité visuelle. Par exemple, le cadre de la gare de Vichy a été le lieu unique pour les trois gares qui apparaissent dans le film. Vichy toujours, avec le bar de Jacotte.

On a laissé le cadre dans son jus, tant il collait à l'époque.  J'ai beaucoup veillé à ce que la reconstitution des décors ne vampirise pas l'histoire.

Au niveau de mes choix de mise en scène,  et plus sans doute que sur mes précédents longs métrages, j'ai tenu à réaliser beaucoup de gros plans notamment sur des visages qui en disaient à mon sens plus long que ne le feraient des dialogues. »

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Film policier, film d'arnaque, film sur le couple, saga à travers plusieurs époques... Comment définiriez-vous le genre de votre  film ?

« Pour moi, je le définirais comme un thriller psychologique.

Il y a une tension liée à l’enquête,  un jeu du chat et de la souris entre l'auteur des faits et le policier qui le recherche qui culmine d'ailleurs dans une scène de face à face qui s'inspire évidemment de Heat de Michael Mann à qui j'ai voulu rendre hommage.

Mais évidemment le film propose aussi une exploration intime : la solitude de Bojarski, la vie de couple, l’usure du secret.

On a travaillé le rythme en ce sens autant lors de l’écriture que lors de la mise en scène et du montage.

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Un mot justement sur le travail de montage qui me semble avoir été fait dans des délais assez brefs, puisque j'avais eu la chance d'assister au tournage sur Lyon  et j'ai l'impression qu'entre le tournage et les premières projections du film tout s'est fait très rapidement ?

 

"Oui, le montage s'est fait relativement rapidement  dans la foulée du tournage, qui a d'ailleurs duré 45 jours; donc plutôt rapide, vous avez raison.

 

En fait, j'ai la chance de  filmer efficace avec finalement bien peu de rushs et tout s'est bien goupillé, par exemple j'ai trouvé facilement ces  images en noir et blanc en fin du film qui sont de vraies archives de séquences que Bojarski a accepté de tourner à la demande des policiers. A partir du moment ou on m'a donné le feu vert pour le faire ce film, les planètes se sont plutôt bien alignées, je trouve »

 

 

Pour finir, que diriez vous de ce Bokarski, vous le qualifierez comme un hors la loi ou génie ?

 

« Un faussaire évidemment, cela on ne peut l'enlever en dépit de la sympathie qu'on peut avoir pour le personnage.

Mais c'était également un graveur de génie à coup sûr. Au point que la Banque de France souhaita l'embaucher à l'issue du procès. Mais le général De Gaulle s'y opposa. 

Mais ce Bojarski, tel que l'on m'a décrit et tel que j'ai voulu le montrer, c'est quelqu'un de très doux et on ne sent pas chez lui une grande vocation criminelle…

Ce n’était pas un criminel dans l’âme. Au départ, il rend service en fabriquant de faux papiers. Puis les rencontres s’enchaînent, il a besoin de subvenir aux besoins de sa famille, et il glisse un peu par hasard vers la fausse monnaie.

C’est une manière originale d’y arriver, mais il y prend un vrai plaisir. Il travaillait comme un artiste, presque comme un peintre seul dans son atelier....

Mais cela étant dit,  comme on le voit à la fin du film (attention spoiler alert) , Bojarski a quand même passé 13 ans derrière les barreaux donc le coté faussaire a bien été reconnu par la justice de son pays.. »

 



L'affaire Bojarski; Jean-Paul Salomé, en salles le 14 janvier 

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