Baz'art  : Des films, des livres...
28 novembre 2025

Critique : Love Me Tender, de Anna Cazenave Cambet : Son fils, sa bataille

Avec Love Me Tender, présenté dans la section Un certain regard du Festival de Cannes 2025, Anna Cazenave Cambet signe un film qui, tout en restant fidèle à la radicalité du récit autobiographique de Constance Debré, s’autorise une vibration plus romanesque, plus sensible encore. Un film en tension, incandescent, où l’intime devient champ de bataille. Et où la liberté, comme toujours, a un prix.

Critique : Love Me Tender, de Anna Cazenave Cambet :  Son fils, sa bataille

Clémence – incarnée par une Vicky Krieps bouleversante, d’une justesse troublante – a tout quitté pour écrire : son métier d’avocate, son confort matériel, son couple. Son ex-compagnon Laurent, campé par Antoine Reinartz, revendique en façade un libertarisme de bonne compagnie, mais son vernis se fissure lorsqu’il apprend que la mère de son fils fréquente des femmes. Dès lors, le père devient un adversaire méthodique, intraitable, maniant les procédures et les manipulations affectives pour éloigner Clémence de leur enfant, Paul (l’excellent Viggo Ferreira-Redier).

Le film épouse le combat de cette mère qui se bat pour rester ce qu’elle est : mère, femme, et libre. On y suit la mécanique froide des décisions judiciaires, les délais insoutenables, les errements de la protection de l’enfance, cette immense machine qui broie les êtres quand elle prétend les protéger. La colère, sourde et constante, irrigue chaque plan. Mais Cazenave Cambet n’en fait jamais un pamphlet. Love Me Tender est un film de gestes : celui de nager, pour tenir ; de pédaler, pour ne pas sombrer ; d’écrire, pour ne pas renoncer.

Clémence, la liberté à tout prix

Certaines scènes, sublimes, rappellent combien l’amour maternel peut être un refuge lumineux. Les moments de complicité entre Clémence et Paul, volés au chaos, sont parmi les plus beaux du film. Et puis il y a cette séquence, déjà mémorable : Clémence, dévalant la rue de Belleville à vélo, libre, portée par une voix off qui dit la béance, la fatigue, et ce pas — infime mais définitif — qu’une mère finit par faire malgré elle vers une forme d’abandon. Cruel, déchirant, mais d’une beauté fulgurante.

On ne peut s’empêcher ici de penser à La Petite Dernière de Hafsia Herzi, autre portrait de jeune femme propulsée hors des normes. Là où Fatima, à peine sortie de l’adolescence, découvre son homosexualité comme une rupture avec un environnement qui ne la comprend pas, Clémence, elle, est une mère trentenaire qui se confronte à une société qui, sous couvert de modernité, continue de réprouver les existences trop libres. Les deux héroïnes, chacune à leur âge de la vie, se heurtent aux mêmes murs : l’injonction à être une « bonne » femme, une « bonne » fille, une « bonne » mère. Et toutes deux payent le même prix quand elles choisissent d’être simplement elles-mêmes.

Là où Fatima de La Petite Dernière se heurte frontalement à la violence de la morale et de la réligion, Clémence, elle, affronte une violence institutionnelle, plus feutrée mais tout aussi destructrice. Pourtant, l’énergie qui anime les deux films est la même : celle d’une insoumission intime, d’une nécessité presque vitale d’habiter son existence autrement.

Avec Love Me Tender, Anna Cazenave Cambet signe une œuvre d’une sincérité rare, à la fois politique et profondément humaine. Un film qui serre le cœur, mais qui laisse aussi entrevoir, dans les interstices de la bataille, la possibilité farouche d’une liberté retrouvée. Un film qui, décidément, porte bien son titre.

An noter les belles présences de Mona Chokri dans le rôle de l'amante au charme irrésistible, et de Féodor Atkine, le père de Clémence, en vieil anar isolé mais aimant pour sa fille.

Critique : Love Me Tender, de Anna Cazenave Cambet :  Son fils, sa bataille

NB : Le film sera présenté ce vendredi 28 novembre au cinéma Le Comoedia de Lyon 

 

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