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28 janvier 2026

Rencontre cinéma: Martin Jauvat, réalisateur de Baise-en-ville : " Je voulais montrer les grandes inégalités qui existent en grande banlieue."

Baise-en-ville , le second long métrage de Martin Jauvat, qui raconte les mésaventures banlieusardes d’un nettoyeur de soirées, sort en salles ce mercredi 28 janvier 2026.

Après Grand Paris, son premier long métrage, dans la lignée de courts loufoques et attachants, Martin Jauvat poursuit l’exploration de la grande banlieue, dont il est le produit pur jus, et des problèmes de transport inhérents à ces territoires.

Sous des dehors de comédie acidulée, le film interroge un certain malaise de la jeunesse.

On avait rencontré courant décembre au cinéma le Comoedia de Lyon  le très sympathique et jeune scénariste-réalisateur-acteur Martin Jauvat pour« Baise en ville »

Morceaux choisis . 

 

Le mardi 9 décembre 2025, le réalisateur Martin Jauvat est venu présenter à Lyon et en avant-première son nouveau film intitulé "Baise-en-ville".

 

Un film de banlieue... qui touche tout le monde !!


" Il existe un sentiment partagé par  les personnes qui ne grandissent pas dans un centre-ville. L’éloignement, la banlieue – qui ne concerne pas que Paris –, la périphérie des villes, même d’une ville moyenne, l’attente des transports en commun, l’ennui : ce sont des choses que l’on est nombreux à vivre. Ce n’est pas seulement moi, Martin, dans mon petit coin du 77. Je voulais montrer que la classe moyenne fait face à des énormes galères de travail, de mobilité (notamment avec la question des temps de transports, omniprésente tout au long du film).

Parler aussi des grandes inégalités qui existent en grande banlieue. Qu’on y trouve à la fois des petits pavillons en bord de champs, des barres d’immeuble et des maisons de footballeurs millionnaires.

 

 

Dépasser les clichés sur la banlieue


"En tant que banlieusard, je suis toujours sujet des critiques, des clichés et des remises en questions. Parfois, on me dit que je ne suis pas un vrai banlieusard parce que je n’ai pas vécu en HLM ou dans un champ de betteraves… Faire des films est une façon de trouver ma place au sein de cette société bordélique. Je ne sais pas si montrer la banlieue française différemment est le plus gros enjeu en France mais il se trouve que c’est mon combat puisque c’est directement lié à mon expérience personnelle, à ce que je suis ou à ce que j’ai l’impression d’être.

Néanmoins, ce n’est pas la seule chose qui me préoccupe. Je crois que Grand Paris est un film politique, à sa façon. En tout cas, je l’espère… On peut choisir de ne pas y voir une dimension sociale et de juste se laisser bercer par le divertissement – ce qui me va complètement – mais j’ai à cœur de défendre une vision moins clichée et plus positive de la banlieue, en particulier, et également de notre génération. Dans Le Sang de la veine (ndlr : son précédent court métrage), c’est c’était déjà le cas. On reprend les codes de la rencontre amoureuse sur Tinder – qu’on imagine déshumanisée, robotisée – et finalement, le film glisse vers une certaine tendresse inattendue, qui casse les clichés que peuvent avoir les gens plus âgés. Dans les clichés, il y a constamment des soupçons de vérité mais surtout une grande part de connerie. "


Un univers poétique malgré lui

"Là où j’ai grandi, en Seine-et-Marne, il y a autant Disneyland Paris que Roissy-Charles de Gaulle ou la famille de M’Bappé qui vit dans un tout petit village. On est dans un folklore presque hollywoodien dans des coins où il ne se passe rien, où il faut attendre pendant des heures le passage du moindre bus. Je me suis construit dans ce contraste improbable. De même, je voulais aborder l’absurdité de la start-up nation en inventant cette société de nettoyage de fin de soirée et en l’inscrivant dans l’atmosphère nocturne de ces villes de banlieues que je trouve très poétique."

 

Pour la première fois, une approche plus féministe..

"Baise-en-Ville  montre justement comment travaille son rapport aux femmes. Les différentes relations familiales, amicales ou amoureuses de Sprite avec les filles qu’il rencontre l’aident à se construire, à grandir.  J’avais envie de m’éclater à écrire des personnages féminins avec des actrices que j’adore, de raconter leur diversité, de sortir des clichés sur la féminité via des personnages aux caractères très trempés. Surtout après Grand Paris où les femmes étaient quasi-totalement absentes. Ce qui m’avait manqué.."

 

Un univers entre réalisme et décalage

"Paradoxalement je n’aime pas le naturalisme extrême. Mais pas plus le cinéma qui se coupe de la réalité. Je jongle donc entre les deux pour ce qui est de la décoration ou des costumes. D’ailleurs j’ai eu peur d’aller parfois trop loin, par exemple quand on a mis en place les séquences de la boîte d’assurance où j’ai craint que ça vire à une esthétique trop artificielle. Du coup j’ai essayé sur les décors suivants d’être dans quelque chose d’un peu moins contrôlé, pour ne pas trop aller vers le formalisme artificiel d’un Wes Anderson. Je devais garder cette ligne, cette forme de réalisme : pousser loin les curseurs mais pour montrer des choses assez anecdotiques en soi. Mon désir de cinéma était de partir d’une histoire somme toute assez banale, mais de mettre en avant son potentiel de situations, d’aventure et d’actions. Je trouve très poétique la possibilité d’une fantaisie dans l’anodin, la banalité."

 

 

Plus de moyens...ca change quoi? 


"J’ai eu beaucoup plus de temps de postproduction sur ce film que sur Grand Paris ou mes courts métrages pour  travailler des effets de bruitage, vraiment apporter toute une part de création sonore au montage-son, au mixage. Elle participe à  la tenue du film en lui-même, qui se joue beaucoup sur des interactions, des gestes, des situations avec des corps qui créent du son forcément. D’une manière générale Baise-en-ville repose sur une part physique.

J’avais envie  d’apporter une dimension vraiment athlétique sans être dans la performance, mais pour devenir un corps  malmené en fait, par la vie, par des situations un petit peu extraordinaires ;  tout en inscrivant dans un registre de comédie romantique les moments banals que l’on a tous connus, des leçons de conduite aux entretiens d’embauche. Je voulais que ce film soit ancré dans une forme de réalité, mais de l’augmenter, de passer effectivement par un filtre de cartoon.

Et en meme temps, je ne voulais surtout pas changer de façon de bosser. Je voulais garder mon style  : beaucoup de plans fixes, une espèce de sobriété. Quelque chose qui reste dans la lignée de ce que j’avais fait avant. C’est trop bête dit comme ça, mais, par exemple, j’aime trop les beaux travellings latéraux !" 

 


Le baise-en-ville, un accesoire essentiel pour Martin Jauvat himself?

" Quand j’ai commencé à sortir sur Paris tout en habitant à Chelles, j’ai dû trouver des solutions pour contrer les galères du dernier RER. Très vite j’ai pris l’habitude de me munir du nécessaire en cas de découchage. Mais pour moi le baise-en ville c’est surtout un concept: l’idée du baise en-ville a transcendé l’objet depuis belle lurette. 

Ma brosse à dent et mon slip propre, c’est dans une sacoche banane que je les trimbale, pas dans un sac à main en cuir. Je m’habille trop souvent en jogging-maillot de foot et le grand écart stylistique est malheureusement un poil trop osé pour moi… mais peut-être quand je serai plus vieux, qui sait  (rires) "

 

Merci au cinéma Le Comoedia de Lyon 

Ainsi qu'au distributeur Le Pacte 

Retrouvez notre chronique du film ci dessous 

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