{Théâtre} Petits Poèmes en prose au Studio Hébertot : Baudelaire en apesanteur, l’élégance au risque du trouble
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Avec Les Petits Poèmes en prose, le Studio Hébertot propose une forme élégante, presque hypnotique. Un acteur seul, un piano, et une distance assumée.
Le choix est audacieux. Car ces textes, fragments du Spleen de Paris ne sont pas du théâtre. Pas de structure dramatique. Pas de continuité. Seulement des éclats. Des instants. Une pensée qui avance par secousses.
Les porter à la scène relève déjà d’un défi.
Dans la mise en scène épurée, la musique joue un rôle essentiel. Le piano, minimaliste, ne souligne jamais. Il respire. Il s’insinue entre les mots, prolonge les silences, crée une atmosphère nocturne parfaitement accordée au spleen baudelairien.
Kim Bernard y déploie un jeu d’une grande finesse. Une présence discrète mais habitée, presque chorégraphiée, qui accompagne sans jamais alourdir.
Face à lui, Louis de Bérail incarne un Baudelaire dur, distant, presque au-dessus du monde. Et c’est là que quelque chose se trouble.
Car les textes choisis — Le Démon de la perversité, Assommons les pauvres !, Le Mauvais Vitrier, Les Yeux des pauvres, Les Bons Chiens, Anywhere out of the world — ne se résument pas à une seule tonalité. Il y a du mépris, oui. Parfois frontal. Parfois dérangeant. Mais il y a aussi autre chose. Une contradiction permanente.
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Baudelaire ne juge pas seulement les autres. Il se regarde tomber. Dans Le Démon de la perversité, il évoque cette force obscure qui pousse à la faute, à la chute, presque malgré soi.
Dans Les Yeux des pauvres, la compassion affleure — et c’est ailleurs que naît le mépris.
Dans Les Bons Chiens, une tendresse inattendue surgit.
Et dans Anywhere out of the world, le dégoût du monde devient désir d’évasion.
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Rien n’est stable. Tout vacille. C’est précisément cette ambivalence qui fait la force de ces textes. Et peut-être ce qui manque ici.
Car en faisant du mépris une couleur dominante, la mise en scène réduit légèrement cette complexité.
Là où Baudelaire dérange par ses contradictions, il apparaît ici plus homogène, plus lisible.
La proposition reste belle, cohérente, maîtrisée. Mais elle laisse entrevoir Baudelaire… sans totalement le laisser apparaître.
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Par Maxime Dorian
Petits poèmes en prose, un spectacle autour du Spleen de Paris de Charles Baudelaire accompagné au piano.
Le spectacle est présenté au Studio Hébertot du 9 au 19 avril, les jeudi, vendredi et samedi à 19h, et le dimanche à 17h.
La première a eu lieu le 9 avril.
De : Charles Baudelaire
Mise en scène : Louis de Bérail
Avec : Louis de Bérail et Kim Bernard / Camille Lorens
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