In Waves au cinéma : notre rencontre avec la réalisatrice Phuong Mai Nguyen
L'émouvant In Waves, de Phuong Mai Nguyen, est sorti hier en salles après avoir fait l'ouverture de la Semaine de la critique.
Une histoire d’amour et de résilience en Californie, d’une émotion folle, déchirante adaptation du roman graphique d’AJ Dungo produite par Silex films.
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Le détail dans cette interview passionnée et passionnante :
Qu'est-ce qui vous a donné envie d'adapter le roman graphique d'AJ Dungo ?
C'est l'un des rares romans graphiques qui m'a permis de mettre des mots sur des émotions que, pendant longtemps, je n'arrivais pas à formuler, notamment celles liées au deuil. Il y avait quelque chose de profondément intime, presque thérapeutique dans ce récit, qui m'a aidée à accepter le chagrin et à me réconcilier avec l'idée de la perte. J'étais aussi bouleversée quand j'ai compris qu'il s'agissait de l'histoire vraie de l'auteur, AJ Dungo. En adaptant son histoire en film, j'ai senti une très grande responsabilité vis-à-vis de lui, ainsi que de la famille de Kristen. Je les ai rencontrés très rapidement dès qu'on a commencé à travailler sur le film. J'ai pu visiter les lieux où s’est déroulée l'histoire, discuter avec eux.
Là où j'ai cru être intrusive, on m'a toujours accueillie les bras et le cœur ouverts.
Cela m'a donné encore plus envie de porter à l'écran leur histoire et leur communauté le mieux que je pouvais, comme une prolongation de la promesse d'AJ à Kristen de continuer à la faire vivre à travers son dessin.
Au départ, n'étant pas moi-même surfeuse, ni skateuse, je me sentais presque illégitime d'adapter son histoire, puis je me suis dit que In waves n'était absolument pas une histoire sur la technique de surf mais cette passion pour les vagues et l'océan permet de nous connecter à quelque chose de plus sacré. Glisser sur l'eau, c'est s'unir à un monde plus grand, retrouver une forme d'humilité, accepter sa place dans l'univers.
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Phuong Mai Nguyen présente « In Waves » au Comoedia le 24 juin (photo JFM)
Quels ont été les principaux défis à gérer niveau réalisation ?
Arriver à retranscrire l'émotion du roman graphique, tout en la transcendant par le langage du cinéma d'animation.
Je me suis souvent demandé comment recréer une telle puissance, comment être à la hauteur de ce que le livre provoque. Il a fallu doser, ajuster, pour que le film ne tombe pas dans le pathos. Je voulais que le film raconte également la sensorialité de l'eau, des éléments, tout en trouvant ma propre écriture visuelle.
La représentation de l'océan et ses vagues a été au cœur de cette recherche et plusieurs artistes très talentueux sont venus apporter leur pierre à l'édifice. Pour moi, en tant que dessinatrice, c'est un terrain de jeu graphique presque infini. L'eau reflète notre image, notre état intérieur : elle peut être calme, déchaînée, limpide ou trouble.
Sur le plan technique, les vagues animées ont été indéniablement le défi majeur de cette production. Je voulais quelque chose de pictural et de très texturé, qui s'éloigne d'un rendu trop réaliste. Donc il a fallu créer des outils numériques sur mesure pour relever ce défi. Nous avons développé une approche hybride, mêlant animation 2D et outils 3D, afin de garder une sensation organique tout en permettant une grande liberté de mouvement.
Le surf est au cœur du film. Comment avez-vous abordé sa représentation ?
La mer prend un espace important dans le film. J'ai passé beaucoup de temps, de manière presque obsessionnelle, à l’observer. Quand je regardais les vagues bouger, je me demandais comment recréer ce mouvement à la fois cyclique, répétitif, mais en même temps imprévisible.
Ce rythme assez particulier de va-et-vient qui ne s'arrête jamais, mais qui tout à coup, change complètement d'aspect, c’est un peu une métaphore de la vie.
Surfer sur cette vague, c'est se jeter dans les événements de la vie et s’y confronter, comment on y survit et comment on continue notre chemin. C'est cela qui est très touchant dans cette philosophie liée au surf.
Comment avez-vous réussi à traiter le côté dramatique de cette histoire d'amour très forte sans verser dans l’excès de pathos ?
En rencontrant AJ, en partageant beaucoup de moments avec lui et avec les membres de la famille de Kristen, je me suis dit qu'il y avait quelque chose finalement d'assez joyeux dans ce groupe d'amis, en dépit de l’absence de Kristen qui reste néanmoins omniprésente.
Ils ont été très généreux avec moi, notamment en me montrant beaucoup de photos et de vidéos de Kristen quand elle était encore en vie.
Cela aurait été dommage et réducteur de ne traduire cette histoire qu'à travers la tristesse, car il y a beaucoup de jeunesse et de joie de vivre. Retranscrire cela dans le film permet de rééquilibrer le drame, car on continue à vivre après et il faut aller de l'avant malgré tout.
C'est touchant de voir les gens qui gardent le sourire malgré la tristesse.
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Phuong Mai Nguyen présente « In Waves » au Comoedia le 24 juin
L'incarnation des personnages est très puissante. Sur quelles bases se sont fait les choix des voix françaises et comment s'est déroulée la collaboration avec ces jeunes comédiens épatants ?
J'ai travaillé avec Céline Ronté pour la version française et René Veilleux pour la version anglaise.
Comme il s'agit d'un film d'animation, je me suis beaucoup concentrée sur le timbre des voix et la sensibilité du jeu des acteurs. Nous avons organisé un casting qui nous a permis de rencontrer Rio Vega et Lyna Khoudri. Très vite, leurs voix se sont imposées, comme une évidence.
Pour le personnage de Kristen, je recherchais une voix légèrement cassée, avec du caractère. Lyna a réussi à créer ce personnage fort avec beaucoup de profondeur. À l'inverse, Rio a une certaine vulnérabilité dans sa voix qui permet de construire ce personnage d'AJ au tempérament doux et rêveur. Lors des enregistrements, nous avions déjà un montage du storyboard à montrer à Lyna et Rio, et nous avancions scène par scène, dans l'ordre chronologique.
Ce que j'ai particulièrement aimé, c'était de pouvoir enregistrer les comédiens ensemble.
Cela a permis de créer une vraie connivence entre eux, qu'ils puissent retrouver la spontanéité dans le jeu tout en étant devant un micro.
À partir des enregistrements, on a ensuite animé les personnages en 3D, pour donner corps aux interprétations des comédiens.
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Un mot sur la très belle bande musicale signée par Oklou et Rob ?
Dès le démarrage du projet en 2021, ils ont commencé à faire des petites recherches pour un premier teaser.
La voix d’Oklou qui est très évanescente, très vaporeuse, très douce, rappelle le chant des sirènes et elle nous reconnecte au surf ancestral et à l'existence humaine dans la nature.
C’était très émouvant d'avoir cette voix accompagnée de sons de musique électronique, car c'est une histoire d'aujourd'hui, mélangée avec un aspect orchestral. Cela nous replonge dans quelque chose d’universel.
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Rencontre Presse - En présence de la réalisatrice Phuong Mai Nguen. Cinéma Le Comoedia, le 24 juin 2026
Retrouvez notre critique du film ci dessous
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In Waves : critique du film d'animation de Phuong Mai Nguyen - Baz'art : Des films, des livres...
AJ, lycéen discret, rencontre Kristen. Une première danse maladroite, le lent rapprochement entre deux êtres pour aboutir à une relation forte, les petits riens qui comptent plus que tout... El...
https://www.baz-art.org/2026/06/in-waves-01-juillet-2026-un-film-de-phuong-mai-nguyen.html
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