Notre journal de bord du Festival OFF Avignon 2026 : Jour 3
Fake : Renversante crise d’amitié au dépens de l’amour romantique – Théâtre du Train Bleu
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Deux meilleures amies se conseillent, se soutiennent. Elles sont lycéennes et découvrent ensemble un millier de premières fois ; elles se parlent plusieurs dizaines de fois par jour. Jamais elles ne se quittent. L’une ne peut vivre sans l’autre, puisqu’elles seules se connaissent réellement. La première, LAM, adore chanter. Elle est la première à s’élancer au clavier. La deuxième, MA, est plus réservée, recroquevillée sur sa table, concentrée sur la musique sortant de ses écouteurs. Entourées de LED qui délimitent le bord du plateau, rien ne pourrait les arrêter, pas même le reste du monde. Sauf une rencontre… En effet, LAM fait la rencontre sur les réseaux sociaux d’un musicien, Erik « avec un K ». Nous public, on entendra que sa voix, laissant l’imaginaire coller toute forme de références londoniennes à cet homme mystérieux. LAM tombe amoureuse de cette image. MA l’écoute, la conseille encore et toujours. Sauf que LAM devient excluante, se met en tête de trouver un homme pour son amie de toujours. La rencontre en vrai est retardée, l’obsession commence à monter en même que la frustration. Celle de ne pas comprendre pourquoi tout est retardée, celle du manque de quelqu’un qu’elle ne connait pas vraiment encore ou plutôt celle d’une peur du vide. Que devient l’amitié fusionnelle quand l’amour surgit et se retrouve mêlée à des troubles et du mensonge ?
Si l’une se définit majoritairement par le regard des hommes, l’autre se définit uniquement à travers le regard de son amie, soulignant le vide intérieur, le manque de confiance qu’elles peuvent traverser. L’absent prend une place incommensurable, relevant la souffrance de chacune. Émilie Lafarge montre aussi avec le texte de Claudine Galea, comment l’amitié est aussi transformée comme une salle d’attente du couple (développé notamment par la journaliste Alice Raybaud dans Nos amitiés puissantes)
C’est renversant, bouleversant ! Le duo Agathe Mazouin / Clémence Coullon est juste parfait, frappant nous emportant dans le trouble. Je me sens tellement reconnaissante d’avoir la chance de voir des pièces coup de cœur pareilles !
A 12H35 au Théâtre du Train Bleu
1H
Se joue les jours pairs (jusqu’au 22 juillet)
Marie-Lou : Puissant coup dans le plafond de silence face à la culture de l’inceste – Théâtre des Barriques
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Des rires fusent dans le passé comme dans le présent. Ils se rejoignent, ils ont ces airs de moqueries, de rabaissements. La même jeune fille puis jeune femme les subit. A la maison, les remarques fusent de sa mère sur le poids, comment sa fille devient à chaque fois un problème. Les frontières entre parents et enfant s’effacent ; l’enfant se parentifie et les conflits entre grand-mère et mère s’immicent dans l’éducation. L’enfant se voit alors contraint de répondre aux besoins émotionnels de ses parents. Quelques années plus tard, même situation sur un plateau d’une émission grand public (qui fait penser aux émissions de Thierry Ardisson ou On n’est pas couché, la désormais jeune femme est devenue autrice. Elle vient présenter son roman autobiographique, Le Petit Chaperon Rouge. Cette fois-ci, ce sont la présentatrice et le chroniqueur qui se montre moqueurs, incapables de poser de questions de fond sur le sujet mais plutôt à chercher là on ne doit pas. Des remarques humiliantes qui doivent être prises sous le ton du jeu mais qui ne ridiculent que ceux.celles qui les profèrent. Cette situation n’est pas que fictive ; elle est le reflet d’une réalité structurelle qu’on ne veut pas voir : dix après le début de la vague #MeToo, les médias n’ont pas été à la hauteur pour mettre en lumière les conséquences sur la société et accueillir la parole de victimes qui se sont tues pendant longtemps. Pas seulement parce qu’elles ne voulaient pas mais aussi parce que la société préfère le silence à la réalité effrayante et assourdissante que les cultures de l’inceste et du viol sont une norme. C’est exactement ce que montre le Tata collectif avec cette pièce, d’autant avec le climat incestuel, peu médiatisé mais bien abordé par l’autrice Christine Angot.
Si le propos est aussi, c’est la figure du loup peut parler à toustes puisqu’il peut s’agir d’un frère, d’un père, d’un proche… Mais surtout, les quelques notes d’humour permettent désengrener la violence insinueuse du climat. Mille bravos à Azliz Busnel, Kiara Nidiau et Soizic Thiebaud qui signe une première création originale ! Faites qu’elles fassent un complet, c’est mon seul vœu !
A 21H40 au Théâtre des Barriques
1h05
Relâche les 8, 15, 22 juillet
Crédits photos : 1-Robin Masquilier / 2- Tata Collectif et Johanna Sephora Benaïnous
Jade SAUVANET
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