Notre journal de bord du Festival OFF Avignon 2026 : Jour 4
Les Jours de la Lune : Festivité joyeuse de Renelde Pierlot pour s’attaquer au tabou des règles – Théâtre Tranversal
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En tant que bonne fémininazie mangeuse de zommes, quel meilleur début de pièce que de boire le sang de ses règles (ça va bien se passer, c’était du jus d’hibiscus). La metteuse en scène Renelde Pierlot et son co-auteur Francesco Mormino s’attaquent au tabou des règles, en partant de la lune. Cet objet rond lumineux qui éclaire la nuit et s’associe aux menstruations, qui s’étalent sur une durée de vingt-huit jours.
Trois comédiennes (de trois différentes générations) et un jeune comédien déroulent l’histoire des menstruations, longtemps et toujours stigmatisées, à commencer par l’anatomie de l’appareil génital. Un petit rappel à tous ces hommes qui ne savent pas situer le clitoris… Se dévoile un utérus géant, œuvre incroyable de Peggy Wurth, pour expliquer le fonctionnement du cycle de notre corps. Pour le comprendre, il ne s’agit pas seulement d’exposer une histoire de la santé gynécologique invisibilisée des femmes, avec un médecin de l’Antiquité qui accuse l’utérus étant la cause de toutes les maladies ou la chasse aux sages-femmes et guérisseuses accusées de sorcellerie. De tableaux en références picturales (ouvrant à une panoplie de costumes de Lena Munhoven), les témoignages se croisent pour dépeindre la réalité des maladies chroniques, d’une vie où on s’habitue à la douleur ou même sortir d’une approche essentialiste/biologique (argument des transphobes). Si la réalité fait remonter la douleur pour certaines, Renelde Pierlot en fait une fête pleine de décalages où danse et chant côtoient une synergie avec le public.
Hyper pédagogique, instructif et très drôle, c’est une pièce qu’on devrait voir dans les collèges et lycées !!
A 12h au Théâtre Transversal
1H25
Relâche les 8, 15, 22 juillet
Panaris : Un saumon qui fait un 6-7, animal totem de la reproduction sociale à la sauce bourdieusienne et gramscienne, avec un soupçon de bataille culturelle – Théâtre des Carmes
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Lampe frontale, sur le nez, un homme vient nous conter la naissance du saumon. Le bébé poisson naît dans l’eau douce pour se jeter dans le grand bain de l’eau salée, jusqu’à revenir mourir dans ses eaux douces. La boucle du milieu social est bouclée. Nous, humains, avons plus en commun avec l’animal. Car citons le chantre de la sociologie, Pierre Bourdieu : « pour avoir les goûts que j’ai, il faut que je sois le produit de certaines conditions sociales ». Dans un monde aussi néo-libéral que le nôtre, quatre ami.es artistes montent une pièce ensemble sur les rapports de classe divergents. Chacun est présenté sous la forme d’une carte Pokémon, avec la grille de lecture de « La Distinction » : Capital culturel et capital économique qui se chevauchent ou se contredisent. Lors d’un apéro entre ami.es, iels évaluent leur amitié au prisme des rapports de classe. Les engueulades commencent à fuser, notamment entre Simon (Quintana), fils de parents cadres en entreprise privée et Lotus (Guibot), transfuge de classe. L’un pose l’idée que tout est possible en méritocratie quand l’autre démontre que ce soi-disant idéal républicain est éclaté au sous-sol. La pièce est dissoute en direct, et avec elle, le postulat que ce sont les comédien.nes qui contrôlent cette réflexion.
Dès le tableau suivant, notre légitime de public conscientisé de gauche est interrogée avec cette pointe d’inconfort à révéler ses privilèges et le mépris de classe inclus dans le starter pack (on pense notamment à ce mépris anti-beauf développé par Rose Lamy dans Ascendant Beauf). Puis le tableau glisse, dérive : face aux coupures de subventions et la baisse drastique de d’autres, il faut revendre chaque pièce. La bataille culturelle contre l’extrême droite s’engage quand celle-ci rachète chaque parcelle de culture, profitant de la précaire systémique favorisée par les décisions étatiques. Proposer de tels spectacles relève du nécessaire !
C’est très très fort, très bien ciselé et comme la baignade, dès que tu y es, tu ne quittes plus la scène ! Surtout qu’on voit un saumon qui fait un 6-7 et jouer de l’accordéon. Rien que ça, c’est un argument pour y aller ! Et vive la révolution !
A 13H40 au Théâtre des Carmes
1H25
Relâche les 8, 15, 22 juillet
La mouche : Folle expédition dans les méandres de nos fantasmes – Théâtre les Etoiles
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A un rythme virevoltant, Emma folle amoureuse de sa prof d’anglais, traverse tout Paris pour lui avouer ses sentiments. Sa confidente est une mouche qui la fait se sentir importante dans cette quête pour rendre le sac. Nous passons d’une situation lambda d’une suspicion de colis piégé dans un bus à une entreprise de troc dans un bar au fin fond de Paris peuplé de cowboys qui rêvent d’une idylle comme au Far West. C’est ce qui s’appelle romantiser sa propre vie, même si vous avez la carte du pendu lorsque qu’on vous tire les cartes. La Mouche raconte nos fantasmes, nos projections et idéalisations sur le réel, quitte à se perdre soi-même. Quel est le bon équilibre entre imagination nécessaire et la déperdition hors du réel ?
C’est fou, complètement fou (on sent une énorme influence cinématographique dans la construction de la cadence) mais qu’est-ce que c’est bien joué !! Le jeu des comédien.nes se complètent, entre une certaine candeur, une roue-libre totale et une joie qui ne dit pas son nom. Notre mention spéciale va à Carla Botcherby. Une première à Avignon pour le collectif Hush avec Pauline Mamet et Thomas Chevalier à l’écriture et à la mise en scène, dont on a hâte de suivre les projets et qui écrit une nouvelle page d’un théâtre accessible aux jeunesses peu sensibilisées à cet art.
A 16 au Théâtre les Etoiles
1H10
Relâche les 8, 15, 22 juillet
Moi les hommes je les mange : l’utopie matriarcale de Charlotte Berthier Nivet pour poser les bases d’une histoire vivant débarrassée de la domination - Théâtre des Lila’s
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La fumée sature l’espace. Les restes d’une guerre se sentent. Un rituel s’installe autour d’une belle table. D’un plat argenté, il ne restera pas une seule miette. Le blanc de la nappe restera immaculé du sang. Celui-ci vient maculer les robes des hôtes de ce repas. Elles sont quatre : elles se font appeler la Bergère, la Chimiste, la Prêtresse et la Bouchère.
La troisième guerre mondiale a eu lieu. C’est la guerre des sexes. Dans un futur fantasmé et apocalyptique, les femmes ont gagné et ont réduit les hommes en esclavage. Elles les servent au dîner, cuits sous le regard de la Bouchère Maïté, qui donne ses meilleurs conseils d’assaisonnement. Si le sujet peut rebuter certains qui sortirait que « manger des hommes, c’est à la mode » (oui Jean Michel ça va bien se passer), la compagnie Toujours l’Orage et Charlotte Berthier Nivet prend le parti-pris que la faim et les troubles du comportement alimentaire ont été un outil de plus dans l’oppression exercée par le patriarcat. Un rapport éminemment politique (comme le montre le travail de la journaliste Nora Bouazzouni), Rien que l’histoire de Catherine de Sienne le souligne.
Pour s’organiser, elles se remémorent les sociétés matriarcales d’antan où l’égalité de genre et la matrilinéarité administraient ses principes. Mais ici, la société est née des cendres d’une vengeance, celle de la digestion d’un traumatisme systémique. Chacune des dirigeantes en sont à une étape différente. Les voix de celles qui sont parties résonnent en la Prêtresse (touchante Roxanne Davidson) jusqu’à la paralyser, l’épuiser. Symbole d’une colère militante qui épuise et d’une écoute du traumatisme autogéré (puisque les moyens dans notre monde d’aujourd’hui n’y sont pas). Si la Chimiste (intrigante Léa Schwartz) commence à ressentir une indigestion, la Bergère (bouillonante Pauline Scoupe-Fournier), en constante réactivation traumatique lors des chasses, ne jure que par la destruction, pour venger la partie d’elle morte pendant son enfant.
Que ça fait du bien de voir de tels récits, d’autant que l’autrice et metteuse en scène pousse la réflexion en reliant la domination présente à la violence spéciste ! Mention spéciale aux très beaux costumes de Daphné Chichet.
A 21H20 au Théâtre des Lila’s
1h15
Relâche les 8, 15, 22 juillet
Crédits photos : 1 – Laurent Sturrm / 2- llawen carbonnell / 3- collectif Hush / 4- Guillaume Aliabiev
Jade SAUVANET
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