Paolo Strippoli, réalisateur de The Holy Boy : " l'être humain n'est pas conçu pour surmonter sa douleur"
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C’est votre troisième film et troisième film d'horreur. Qu’est-ce que Holly Boy représente pour vous par rapport à vos deux précédents longs?
C’est mon film le plus personnel. Les deux premiers, c'était des films de commande, je suis arrivé en plein processus une fois que l'écriture était bien lancé. The Holly boy, je l’ai écrit dès le début, dans un moment de grand désarroi, C’était une tentative d’exorciser l’ombre que je sentais venir sur moi : la peur de la mort, de devenir adulte. Je raconte une douleur qui ne se nie pas, mais que l’on traverse.
Remis est un endroit apparemment idyllique, mais plein d’inquiétude. Comment naît dans votre esprit cette idée du garçon qui absorbe la douleur des autres ?
Remis est une communauté fictive, construite comme un personnage vivant. L’adolescent qui encadre la douleur est l’allégorie d’une société anesthésiée, qui rejette la souffrance puis la réplique.
Dans le personnage de Mattéo, il y a quelque chose de moi : la solitude de l’adolescence, le désir d’être vu.
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Votre film pose un regard assez complexe sur la religion, ses dérives mais aussi sa façon d'absorber la souffrance d'autrui. Quel est de votre point de vue, votre vision des croyances en tous genres?
Je pense que la religion est avant tout un dispositif de compensation. C’est un domaine dans lequel les gens essaient de trouver un moyen de surmonter les choses, donc, bien sûr, cela peut être un piège. Ce qui est vraiment intéressant à propos de la religion, c’est qu’elle est beaucoup utilisée pour justifier les choses et trouver une raison dans des choses que nous ne comprenons pas.
Bien sûr, je viens d’une famille catholique, mais pas d’une famille catholique stricte. En grandissant, je me suis éloigné de la religion catholique. Je n’ai rien contre la religion catholique ; il m’est difficile de croire au dogme catholique. Mais je ne veux pas critiquer la religion catholique.
C’est la façon dont nous utilisons la religion catholique ; c’est l’utilisation égoïste de la religion dont je voulais parler. Heureusement, je n’ai pas eu une expérience terrible avec l’église, mais j’imagine que parfois nous utilisons la religion de manière désespérée. Tout ce que nous faisons est de manière désespérée. C’est ce qui rend la religion dangereuse.
Quelle est la religion de votre film, on n'arrive pas bien à la cerner...
La religion dans mon film, ce n’est pas le christianisme, ce n’est pas catholique bien qu’elle ait beaucoup d’images catholiques.
Ce que j’ai trouvé surtout intéressant, c’est que tout le monde dans le film essaie de comprendre qui ou quoi est Matteo.
Tout le monde dit qu’il est un saint, c’est un ange ou probablement ils pensent qu’il est une figure de type Christ ou l’Antéchrist, dans le cas d’un personnage.
Mais ce qui est vraiment important pour moi, c’est le moment où le père de Matteo dit : ‘Ils veulent croire que Dieu l’a envoyé. Je lui ai fait croire cela parce qu’ils en avaient besoin, mais j’ai essayé de trouver Matteo dans la Bible et je ne l’ai pas trouvé. Je ne sais pas qui il est. Nous ne pouvons pas accepter l’inconnu. Nous ne sommes pas conçus pour l’accepter."
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Peut-on dire que Holly Boy est un film sur des gens qui sont coincés dans cette communauté sans réussir à la quitter parce qu'ils sont addictifs à cette absence de souffrance que leur procure Mattéo?
Oui j'ai voulu faire un film sur des gens pris dans un piège. Quel est ce piège ? Le piège, c’est que nous devons faire face chaque jour à notre chagrin, à notre peine, à nos douleurs personnelles, et en tant qu’êtres humains, nous ne sommes pas conçus pour avoir la force de traverser sa douleur et de la surmonter.
On trouve toujours un raccourci. J’étais dans une situation difficile au moment de l'écriture du film, du coup je me suis mis à fumer. J’ai beaucoup de petits vices qui sont mes propres dispositifs personnels de compensation émotionnelle.
C’est normal d’avoir des dérivatifs à ta souffrance, mais si tu veux surmonter la douleur, il faut utiliser ta force ancrée en soi sans passer par un garde fou mais c'est pas du tout quelque chose d'évident. Nous ne sommes pas des héros. Ce n’est vraiment pas un film sur des super héros au contraire.
C’est un film sur une personne imparfaite, tout comme je le suis. Personnellement, je me sens comme un personnage de Remis.
Nous explorons ces personnages qui n’utilisent que des raccourcis sans essayer de traverser et d’accepter leur douleur comme une partie fondamentale de leur existence. Je voulais montrer que ces raccourcis peuvent être un piège.
Le film a été associé au folk-horreur, mais il semble comme vouloir échapper aux formules toutes faites. Quelles ont été vos principales sources d'inspiration?
J’aime le folk-horreur, mais ici les références principales viennent de films sur l’identité dans l’âge évolutif : Laisse-moi entrer, Thelma, Carrie. Smile m’a aussi frappé : il parle de l’élimination de la douleur. Mais le mien est une horreur sans promesses, sans antagonistes : et cela le rend fragile et nécessaire.
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Le son est central dans le film, presque un personnage supplémentaire : comment avez-vous travaillé sur le sound design ?
Le sound design a été une partie fondamentale du montage lui-même, nous y avons travaillé avec Gianluca Basili, avec qui j’avais déjà fait A Classic Horror Story, mais un morceau que j’avais déjà mis en place avec Federico Palmerini, qui est le monteur d'Holly Boy mais a aussi été l’éditeur musical du film, et il a collaboré activement à en créer la pâte sonore, en ce qui concerne les effets spéciaux.
Ce n’était pas quelque chose d’ajouté, mais une partie de la texture du récit depuis le montage.
La possession est visuelle, certes, mais c’est aussi quelque chose qui nous intéressait de faire entendre, et donc nous avons créé des petits repères sonores qui indiquaient le début et la fin de cette possession ; qui étaient, plus que des effets attribuables à l’horreur, assez viscéraux et matériels.
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Comment avez vous procédé pour travailler avec le jeune Giulio Feltri, qui pour son premier rôle au cinéma, doit composer un personnage très complexe, celui de Matteo, avec des séquences très fortes à jouer?
J’ai essayé d’y aller très doucement avec Giulio. J’étais vraiment inquiet parce que faire un film comme celui-ci peut blesser quelqu’un et je ne voulais blesser personne.
Mon principal souci était de ne jamais lui faire du mal, mais d’obtenir ce dont j’avais besoin de sa part. J’ai donc essayé de beaucoup parler avec lui. J’ai essayé de lui faire comprendre certaines choses et d'en dissimuler d’autres...
Maintenant il est plus âgé, à 17 ans désormais il est devenu un de mes grands amis mais au début on a dû parler beaucoup et essayer de lui faire comprendre les petites parties du film, pas tout le film, parce que ce n’est pas comme ça que ça marche.
J’ai vraiment essayé de ne pas trop le formater parce que je voulais qu’il ne soit pas si précis mais qu'il se laisse autant perdre que son personnage puisse l'être. C’était vraiment important pour moi.
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Aux Usa, même en France, on assiste à un revival du cinéma d'horreur. Est ce la même chose en Italie ou êtes vous plutôt un cas isolé?
Je ne suis pas le seul à faire renaître l’horreur à italienne mais on n'est pas très nombreux c'est certain . Je fais ce que je peux et j’espère faire de bons films; j’espère que mes films plaisent et qu’ils peuvent ouvrir des portes à d’autres réalisateurs qui veulent faire ce genre.
Mais je crois que pour faire vraiment renaître le cinéma d'horreur en Italie, il faut qu’il revienne complètement sur le marché, et pour faire revenir un genre sur le marché, il ne suffit pas qu’un film d’horreur sorte chaque année ou même tous les deux ans, ce qui est en train de se passer en Italie.
Le genre est quelque chose qui doit être cultivé et pour qu’il redevienne à nouveau florissant, nous avons besoin de plusieurs réalisateurs d’horreur, de différentes œuvres d’horreur, qui ne laissent pas un temps aussi important dans la programmation des sorties italiennes, sinon on ne combat pas la désuétude que le spectateur italien a vis-à-vis de l’horreur italienne.
Et qui de vos prochains projets ? Vous restez toujours dans le domaine de l’horreur ou vous prévoyez d'opérer un changement de direction ?
Mon prochain film ne sera pas un film d’horreur, mais il sera le plus cruel que j’aie jamais fait. Une saga familière avec une ombre dessus.
Je reste viscéralement attaché au cinéma de genre, mais j’ai envie d’explorer d’autres chemins. Et peut-être revenir, plus tard sur ce cinéma là, mais avec un nouveau regard et plus de recul, qui sait? ( sourires)
Merci à Grindhouse Paradise distribution et l'agence N66.
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