« L’Ombre de Staline », à voir en ce mois de décembre sur Ciné+ Premier
On a commencé à suivre la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland il y a désormais plus de trente ans, avec l'épatant Europa Europa , drame de guerre en forme de cauchemar éveillé qui avait revélé la alors très jeune JUlie Delpy.
Depuis, la réalisatrice polonaise nous donne des nouvelles de temps en temps par le biais de longs métrages souvent historiques, sur des personnages importants de l'histoire mondiale, soit à travers le cinéma (Rimbaud Verlaine) soit avec de solides réalisations d'épisodes de séries TV (House of Cards, Cold Case).
Agnieszka Holland ose cette fois ci un long métrage très ambitieux en racontant l'histoire vraie du jeune journaliste gallois Gareth Jones, qui suite à ses révélations sur le régime stalinien en 1933, fût assassiné par la police politique soviétique à la veille de ses 30ans, en 1935 en Mongolie.
On connait très mal cette histoire en France, et pourtant le film nous montre à quel point sa terrible découverte en Ukraine va lever le voile sur l'épisode le plus terrible de l'Histoire soviétique de l'entre deux guerres, à savoir l’Holodomor, selon le nom associé au génocide ukrainien qui fit entre 2,6 et 5 millions de morts en 1932-33 sous Staline.
Ce sujet mal connu qui fait forcément écho à l’actualité est un des grands mérites du film de Agnieszka Holland et dans la lignée de longs métrages récents comme l'émouvant Camille ou le trépidant Sympathie pour le diable, il est aussi le vibrant portrait d'un reporter prêt à tout pour informer en dépit des épreuves qui se mettent sur son chemin
En effet, le film commence un peu après que Gareth Jones, jeune journaliste gallois, qui travaille comme conseiller du premier ministre anglais, réussit l’exploit d’interviewer le tout nouveau chancelier allemand, Adolf Hitler en réussissant à mettre en avant les zones d’ombre du personnage.
Gareth Jones - à qui James Norton ( qu'on avait découvert en psychopathe effrayant dans la formidable série anglaise Happy Valley) prête sa candeur mélée de tenacité agit en témoin de son temps- un lanceur d'alerte avant l'heure en quelque sorte, et même si cela se fait au péril de sa vie dans ces années pré seconde guerre mondiales particulièrement décisives pour l'histoire de l'humanité
La reconstitution de la Russie des années 30 est plus que convaincante. Et après une première heure - certes parfois un peu bavarde et confuse - qui se déroule dans des bureaux de diplomates des halls d'hôtels ou de salles de rédactions le film endosse une dimension assez épique, à mi parcours.
Le long métrage nous propose alors des séquences quasi contemplatives assez étonnantes dans un thriller historique, où la misère du peuple ukrainien est montré dans toute son horreur mais aussi toute sa dignité, notamment avec une belle et cruelle scène de distribution de pain à une foule compacte et totalement soumise aux dictats de la famine et d'un régime particulièrement totalitaire.
Agnieszka Holland filme avec beaucoup de finesse et d'élégance cette épopée qui emprunte parfois les codes du thriller politique et d'espionnage.
On louera le très beau travail du chef opérateur Tomasz Naumiuk qui met largement en valeur la campagne russe enneigée.
Bien documenté et précis, Agnieszka Holland signe également avec cette ombre de Staline un scénario intelligent, et assez érudit.
Le récit adresse en effet plusieurs clins d'oeil à "La Ferme des Animaux" de George Orwell, cette satire de la Révolution russe et une critique du régime soviétique sous Staline avec un fermier qui porte le nom de Mr.Jones.
Il nous renseigne également ( surtout?) sur cette tragédie méconnue et sur notre rapport complexe à l’information et à l’acceptation de la vérité.
L’Ombre de Staline, film d’Agnieszka Holland (Pol.-RU-Ukr., 2019, 119 min). Avec James Norton, Vanessa Kirby, Peter Sarsgaard. Disponible à la demande sur MyCanal.
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