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16 février 2024

Rencontre avec la réalisatrice Alix Delaporte pour son film Vivants

 Dans "Vivants", en salles depuis ce mercredi, (retrouvez la chronique ici même) la réalisatrice nous plonge au sein d'une équipe de reporters confrontés aux changements de leur métier.Ancienne journaliste reporter d’images, Alix Delaporte nous ouvre les yeux sur la réalité d’un métier en pleine mutation. On l'avait rencontré sur Lyon dans le cadre du festival droles d'endroit pour des rencontres.

L'occasion d'échanger longuement avec elle sur des sujets passionnants comme le journalisme à l'aune des mutations sociétales et économiques 
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Bonjour Alix. Angèle et Tony fut très remarqué en 2014, puis ensuite deux ans après, on avait bien aimé Le dernier coup de marteau et depuis on n’avait pas de vos nouvelles. Que s’est-il passé entre entre Le dernier coup de marteau et votre nouveau film Vivants? 

Alix Delaporte: Et bien j’ai fait beaucoup de choses en fait. Je fais beaucoup de photos, j’ai beaucoup voyagé et j’ai beaucoup écrit, notamment ce que je vais faire après. Là, maintenant, c’est plutôt une période où j’ai écrit les projets pour enchaîner plus les tournages. 

 Et je suis allé voir aussi comment se faisait le cinéma dans les autres pays. J’ai commencé le journalisme à 17 ans et j’avais aussi envie de couper un peu, je m’étais jamais arrêté. Et là je me suis un peu arrêté.

Vous parlez du journalisme que vous axercé des 17 ans et à ce propos,  vous attaquez avec Vivants à un sujet que l’on imagine fortement inspiré de vos premières années professionnelles, notamment quand vous avez été caméraman à l'agence CAPA à cet âge là.  
Pourquoi c'est à ce moment-là de votre carrière que vous avez voulu vous replonger dedans ?Est-ce que vous pensez que si vous l'avez fait en premier film ça aurait pas été exactement le même que celui-ci ? 
Alix DelaporteEn fait, je pense qu'il faut de la distance pour adapter les choses que qu'on a vécues.
En tout cas, moi j'en ai besoin. Et surtout, après avoir fait mes deux premiers  longs métrages, je me suis dit, " tiens, c'est marrant : il me manque quelque chose dans la fabrication et probablement que ce manque, il vient de ce que j'avais fait avant". 
Ça veut dire avant je filmais le réel, on a une prise, la fiction, on a autant de prise qu'on veut pour en faire une et on en fait 45 il y a un truc pas normal dans ca ( rires)
En moi, résonne encore  beaucoup l’Agence Capa où j’ai quand même passé deux ans. Et je me suis alors dit que la 
spontanéité que j'avais dans le reportage, je je l'avais pas encore complètement retrouvée dans la fiction.
Ramener la notion de reportage et de et du coup ça induit à un rythme.
Ça me permettait de de de faire quelque chose de complet en fait et de donner puisque c'est quand même toujours le sens de ce que je fais. Car même si ça parle de moi, c'est quand même d'aller vers le spectateur. 
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Et justement, comment rendre ce matériau autobiographique fictionnel et interessant pour le spectateur?
Alix Delaporte: Vous avez raison : il faut le film reste un divertissement avant tout . Et donc le sujet du du reportage induit un rythme qui va vite, qui est surprenant parce qu'on sait jamais ce qui va arriver le lendemain par définition, vu que c'est l'actualité.
Et donc ça voulait dire que je pouvais presque quitter une dramaturgie classique et prendre le spectateur et par la main et et le faire monter comme si je devais monter dans un train en marche en fait, et qui traverse un moment de vie de ses reporters et de ses reporters.
Mais surtout je pense que c'était pas ça pourrait être un premier film dans son sujet, mais il fallait la distance, il fallait aller de l'avant en fait pour que j'aille explorer ce ce passé en fait. 
Donc certes, j’ai commencé comme journaliste, et j’ai fait un stage, comme Gabrielle dans le film. Il y a donc un élément biographique, même si j'espère que le film est avant toute chose universel dans ce qu’il dégage et dans les émotions qu’il provoque.
Dans quelle mesure Gabrielle vous ressemble-t-elle ?
Alix Delaporte Comme je viens de le dire, avant de me lancer dans le cinéma, j’étais reporter et caméraman, j'ai fait ça pendant dix ans. Avant que Gabrielle ne rejoigne cette chaîne de télévision, elle aussi avait une autre carrière et une autre vie (en l'espèce elle était guide de haute montagne), donc c’est une autre symétrie entre nous.
Il y a aussi le fait que je ne parle pas beaucoup, et Gabrielle non plus. Voilà les similarités principales entre nous.
Certains des autres personnages m'ont été inspirés par des gens que j'ai connus pendant mon stage, d'autres par ceux qui travaillaient sur l’émission 24 heures sur Canal,  des gens que j’ai rencontrés et dont j’ai appris, et qui m'ont profondément inspirée dans mon parcours.
Je pense qu’il y a une petite part d'eux dans chacun des personnages. On aperçoit d'ailleurs certains d'entre eux physiquement, dans les photos qu’on voit pendant le générique de début.
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Vivants a un coté chant du cygne évident, vous montrez la fin d'un monde avec ce besoin d'aller à plus de rentabilité au détriment du temps nécessaire à la recherche de la vérité, est ce que c'est quelque chose qui que vous perceviez déjà quand vous travaillez à l'agence CAPA ou pour vous c'est lié au monde d'aujourd'hui? 
Alix Delaporte  :Vraiment, c'est vraiment  quelque chose liée à aujourd'hui, à tout que j'ai entendu lorsque j'ai fait mes recherches pour écrire le scénario du film .
J'ai rencontré beaucoup de reporters quand j'ai préparé le film. C'est que quand on écrit, il faut quand même un peu le documenter. Donc moi j'avais vécu fait ce métier 20 ans plus plus tôt et donc je suis allée voir comment on le faisait aujourd'hui.
Et ce qui me frappe le plus, c'est à quel point ils sont seuls à devoir tout faire. L’ADN de ceux que j’ai connus et ceux qui sont là aujourd’hui est le même : c’est la quête de la vérité, ça n’a pas bougé. C’est une vocation. 
J'entends bien évidemment parler des journalistes de facon négative, souvent d'une certaine désinformation. Les gens deviennent un peu paranos sur ce que leur disent les journalistes.
Et ce qui est sur c'est qu' il y a toujours autant de d'exaltation et de d'envie de d'aller dévoiler aux spectateurs ce qu'on nous montre pas et ce qu'on doit  absolument leur montrer.
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Alors qu'est qui change vraiment dans la pratique du métier?
Alix Delaporte  : Ce qui change,  ce sont les financiers et la notion de rentabilité. Les enquetes se font sur un temps plus court avec moins de moyens. Avec la concentration des médias, la notion de rentabilité fait qu’aujourd’hui ça coûte cher d’envoyer un journaliste sur le terrain. Du coup, ils partent de moins en moins.
Mais l'humain qui fait ce métier, il a toujours envie de le faire le mieux possible. 
Et c'est pour ça que c'est peut-être un film où je dis je juge pas en fait je juge pas BFM contre contre CAPA  puisque ce que je vois c'est des jeunes qui ont toujours la même envie.
Il y a  encore récemment un journaliste de BFM qui s'est fait tué, pourquoi ? Peut-être qu'ils partaient trop vite, peut-être que des parce que en plus, quand on réduit les périodes de travail. Je pense que désormais quand on arrive dans dans une ville assiégée par exemple, et que on n'a pas du tout le temps de prendre la mesure du risque. 
Enfin ne noircisonns pas le tableau,  on a quand même de la chance de vivre dans un pays dans laquelle on a une presse indépendante. Et une presse collective et une offre variée.
Et on peut choisir exactement ce qu'on veut dire dans quel média et tout ça. En fait, c'est vraiment quelque chose de précieux et si mon film peut un peu le montrer, ca serait formidable ( sourires) .
Vivants » d'Alix Delaporte : les humains derrière les journalistes - L'Humanité
Lz titre, Vivants, il vient de quoi?
Alix Delaporte
La raison pour laquelle j'aime le titre original, c'est qu'une jeune correspondante de guerre m’a dit un jour que quand elle n’était pas sur le théâtre d'un conflit, elle ne pensait qu'à y retourner, parce que là-bas, la ligne entre la vie et la mort est tellement fine qu'elle se sentait vraiment "vivante".  Cette  jeune journaliste qui était un peu mercenaire et qui partait en indépendante  me disait que sur le terrain, c’est là qu’elle se sentait tellement vivante .

C’est vrai que sur le terrain, il y a quelque chose de particulier, c’est que la frontière entre la vie et la mort est très ténue. C’est ça qui fait que les gens se transcendent.

Il y a une sorte d’adrénaline.

C’est un endroit dans un endroit, un endroit particulier, on ressent des choses très fortes et rentrer, effectivement peut paraître …

Enfin, en tout cas, beaucoup se sentent déphasés. Dans mon film, Mes personnages sont tous "vivants" : pleins de joie, d’énergie, de passion .Le désir originel était de faire un film autour d'un groupe de personnages. toujours en mouvement  J’avais donc besoin d’un titre qui montre ce besoin de vivre malgré tout ......

Alix Delaporte

Disons qu'il faut vivre avec son temps, or en ce moment, le public regarde des séries TV avec des dramaturgies profilées d'une certaine manière qui font qu'on devient facilement accro, dévorant un épisode après l'autre, ce à quoi les gens s'habituent très vite.

S'il est hors de question de se mettre à écrire "pour" le public, il faut au moins être très conscient de cela.

C'est pour cela que je travaille avec un scénariste, Olivier Demangel, qui se soucie beaucoup de conserver l'attention du spectateur tout du long.

Nous autres, qui travaillons dans le cinéma au sens "classique", devons être au courant de ces méthodes. Nous devons protéger notre système, ne jamais rendre les armes, continuer de nous battre pour cela. Parce qu’on a de la chance.

 Quelques mots sur le casting, que ce soit Alice Isaaz, Roschdy Zem pour les acteurs principaux, mais il y a aussi de belles trouvailles dans les rôles secondaires. Pouvez -vous nous parler un petit peu de la manière dont vous avez construit ce casting?

Alix Delaporte

C’est vraiment ma troupe. Enfin, la troupe du film. Ma troupe aussi parce que je les adore. Je pense qu’il n’y en a pas un qui peut être bien sans l’autre.

Et chaque chaque belle trouvaille, chaque belle scène se joue à cinq.

Ce sont des acteurs qui jouent les uns avec les autres, qui ont ce plaisir là. Vincent Elbaz, Pascale Arbillot et Pierre Lottin, ce sont des gens qu’on connaît très, très bien, qu’on est toujours très heureux de retrouver et qui donnent au film une sensation de familiarité, en fait, et ça, c’était important. Et ils donnent ce sentiment parce qu’on a grandi avec eux. 

Quant à Alice Isaaz ça a été un coup de cœur quand je l’ai rencontrée alors que je n’avais pas forcément pensé à elle au début. Mais il s’est passé quelque chose de magique au casting. Je pense qu'elle voulait montrer quelque chose qu’elle n’avait pas encore dévoilé, quelque chose d’un peu plus brut.  

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