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2 juin 2026

 La Bataille De Gaulle (L’âge de fer)- Rencontre avec Simon Abkarian

 La Bataille De Gaulle (L’âge de fer) sort mercredi

Avec « La Bataille De Gaulle », Antonin Baudry dévoile un général seul, abandonné, mais sûr de son destin. C’est Simon Abkarian qui incarne le grand Charles avec beaucoup de finesse.

Rencontre avec Simon Abkarian, l'acteur qui a endossé ce rôle imposant.
 

 

 

 

QUELLE A ÉTÉ VOTRE PREMIERE RÉACTION QUAND ON VOUS A PROPOSÉ DE JOUER DE GAULLE ?


Simon Abkarian – C’est toujours étonnant quand quelqu’un propose un rôle à quelqu’un, qu’il dirige son attention vers vous plutôt que vers un autre. J’étais surpris. Et content. Je voulais d’abord être sûr que Pathé était d’accord sur mon nom. Une fois que c’était validé, j’ai demandé à Antonin de m’envoyer le scénario. 


QUE SAVIEZ-VOUS DE DE GAULLE AVANT CE RÔLE ? AVEZ-VOUS APPRIS DES CHOSES SUR LUI ET SUR SON ACTION EN LISANT LE SCÉNARIO ?


Au début, un rôle pareil fait peur. Mais j’aime travailler, j’aime Antonin Baudry et c’est en lisant le scénario que j’ai pris la mesure du projet. De Gaulle est entré dans le panthéon de l’immortalité, ce n’est pas n’importe quel bonhomme. Il avait une passion : la France. Et finalement, sa personnalité me facilitait un peu la tâche parce que ses sentiments étaient clairs, héroïques, grands : pour un acteur, cela donne une latitude de jeu extrêmement stimulante. Travailler ce rôle était une belle épreuve. De Gaulle, c’était le courage, et être acteur, cela demande aussi du courage, à un autre niveau bien sûr.


De Gaulle est en exil en Angleterre, il a fui un pays en guerre. Avez-vous trouvé en lui,  des échos à votre parcours, vous qui avez vécu au Liban, qui êtes d’origine arménienne ?

Mon histoire personnelle a toujours résonné dans mon travail d’acteur, cela fait 40 ans que je fais ça, que ce soit consciemment ou inconsciemment. Je n’ai pas été puiser dans mon histoire pour ce rôle, justement car il y a la puissance du scénario. J’ai besoin d’être nourri dès la première lecture et de me perdre dans cette écriture-là.

La préparation est une deuxième étape, et la troisième, c’est entre " action " et " coupez ", et la relation qu’on va avoir entre Antonin et moi. Il faut travailler et, en même temps, laisser place au mystère et à l’imagination. Il y a une part de notre métier qui est inexplicable et encore heureux qu’elle le reste, cette part de mystère.

 

 

 

 

 

 

CE N’ÉTAIT PAS VOTRE PREMIER PERSONNAGE HISTORIQUE APRÈS BEN BARKA OU MISSAK MANOUCHIAN. COMMENT ABORDER CE TYPE DE PERSONNAGE ? L’APPROCHE EST-ELLE DIFFÉRENTE PAR RAPPORT À UN “SIMPLE” PERSONNAGE DE FICTION ?


C’est le réalisateur qui est le maître d’œuvre, mais l’acteur a aussi sa vision d’un personnage. Si on prétend œuvrer dans le cinéma ou dans les arts, on doit être à l’écoute de l’autre. J’ai donc écouté le maître d’œuvre, mais j’ai essayé aussi d’amener ma résonance, mon humanité, ma sensibilité et de faire en sorte qu’elles rencontrent les demandes d’Antonin. 
Et ce n’est pas facile, parce que ce n’est jamais immédiatement clair quand on travaille sur un film  : la première prise n’est jamais la bonne, non, elle permet de commencer à travailler, elle est le socle de celles qui vont suivre. Et en dehors des prises, il y a tout un travail de discussions, de réflexion, de méditation. Avec un personnage comme de Gaulle, on ne peut pas ne pas donner sa plus grande attention, sa plus profonde réflexion à son travail d’acteur. De Gaulle, ce n’est pas le voisin de palier !


EN VOYANT CE FILM, ON SE DIT QU’ANTONIN BAUDRY EST ALLÉ AU-DELÀ DE L’ICÔNE POUR NOUS MONTRER L’HOMME, SES DOUTES, SA SOLITUDE. EST-CE CE TRAVAIL QUI VOUS A ANIMÉ, C’EST-À-DIRE MONTRER L’HUMAIN DERRIÈRE LE POSTER HISTORIQUE ?


Je ne me suis pas dit ça comme ça. De Gaulle a été canonisé après sa mort. Mais effectivement, il avait des doutes, des insomnies, il lisait tels livres… Il savait bien séparer sa fonction de sa foi chrétienne. Depuis 1932, il insistait, “la ligne Maginot ne suffira pas, il faudrait développer les chars et les avions”. Puis arrive ce qu’il redoutait et il se retrouve seul, il se retrouve face à des gens qui capitulent de manière expéditive. C’est ça qui m’intéressait : qu’est-ce qui fait que tout d’un coup, un type dit : “Non ! Ce n’est pas fini.” Alors que tous les indicateurs montrent le contraire. C’est ce qui m’a frappé en lisant le scénario. 


JUSQU’OÙ ÊTES-VOUS ALLÉ DANS VOS RECHERCHES SUR DE GAULLE ET LA SECONDE GUERRE MONDIALE ? 


J’ai vu beaucoup d’images jusqu’au moment où je me suis dit “j’arrête” parce que j’étais bien nourri. C’est une obsession de jouer de Gaulle, mais l’obsession ne doit pas gagner sur le vivant. On ne peut représenter un être humain qu’à travers le jeu d’acteur, et dans ce jeu, il faut faire des choix, des sacrifices. De Gaulle au cinéma, ça n’existe pas !

Chaque personnage, chaque projet implique un certain type de préparation. Pour celui-ci, De Gaulle, c’est De Gaulle, on ne peut pas faire n’importe quoi. Il y a des choses que je ne peux pas expliquer…

Ce qui existe, c’est une représentation de de Gaulle. Or, on ne peut pas représenter de Gaulle d’une manière anthropologique, c’est impossible, parce qu’on ne sait pas du tout comment il était dans son quotidien, son intimité.

Les images de lui sont  toujours prises dans des situations officielles. Mon travail, c’était d’imaginer de Gaulle, fort des images publiques, de son corps étrange, de sa voix, de son phrasé encore plus étrange… De Gaulle avait une grande maîtrise du langage parce qu’il savait que c’était par la parole qu’allaient transiter ses idées, ses pensées, qui étaient elles-mêmes les messagères de sa vision de la France. Aujourd’hui, les politiques n’ont plus de langage, ils font des petites phrases. 

 Et puis au dela de toute la préparation que je peux faire, le plus important reste le travail sur le tournage. Sur certaines prises, Antonin me disait un mot qui était déclencheur et qui allait me mettre dans la bonne fréquence pour la prise.

Je peux travailler, mais ce ne sera jamais aussi fin, aussi pointu, aussi précis que lorsque quelqu’un me dirige, tient la barre de mon avion et regarde les étoiles pour moi.


COMMENT AVEZ VOUS REUSSI A TROUVER LA SILHOUETTE ET LA VOIX DU GENERAL?

Les costumes m'ont beaucoup aidé et nourri. Quand on est dans un uniforme, on ne s'avachit pas. On parle toujours du port de tête des danseurs, mais un soldat aussi, ça se tient. J'ai aussi regardé beaucoup de vidéos de discours de De Gaulle et remarqué qu'il avait toujours les mains flottantes alors qu'Hitler et Mussolini, eux, ont les doigts tendus, les poings fermés. Je n'ai pas cherché à calquer exactement les gestes de De Gaulle, mais je voulais trouver une physicalité hors norme, qui ne soit pas en adéquation avec les autres corps qui l'entourent. Après, le travail est venu par la voix.

En enregistrant les discours de De Gaulle à la radio, avant de tourner les scènes avec les autres acteurs. Je ne voulais pas tomber dans la caricature, mais m'approcher de son phrasé et de son lyrisme, de ses césures improbables et de ses inflexions sur certains mots. Sa parole est pointue, incisive, claire. Sa force, c'est son érudition et le fait qu'il est habité par ce qu'il dit. Si des gens viennent le rejoindre à Londres, c'est parce qu'ils entendent sa voix.

 

VOUS ÊTES ENTOURÉ D’UNE PLÉIADE D’ACTEURS. POUVEZ-VOUS RACONTER VOTRE COLLABORATION AVEC SIMON RUSSELL BEALE QUI JOUE CHURCHILL ?

Il est magnifique. C’est un acteur de théâtre, comme moi. Simon a l’œil vif, il est rapide. Nous n’avons pas eu besoin de répéter beaucoup, ce qui a fait le bonheur de notre camarade Antonin. Notre travail était rythmé. Pas forcément rapide, mais rythmé. Action, coupez, on recommence et on tente autre chose, on fait ci, on fait ça, on change d’axe, etc. Ça s’est passé comme ça avec Simon. Et en rigolant beaucoup. Pendant les prises, je voyais son œil qui frisait !

Simon est très fort, parce qu’il est très humain, et très détaché. J’essaye aussi d’être détaché dans mon travail : c’est-à-dire, je n’ai pas peur, je ne crains pas que cela fonctionne ou non, je ne me pose pas cette question. Je me demande plutôt si je vis ou pas, si c’est détendu ou pas, si je respire ou pas. Avec Simon, je ne me disais jamais “là, il est en train de jouer”. Pareil avec Benoît Magimel.

 LA BATAILLE DE GAULLE EST UN FILM HISTORIQUE MAIS RENVOIE BEAUCOUP D’ÉCHOS VERS NOTRE ÉPOQUE ACTUELLE, . PENSEZ-VOUS QU’IL PEUT DONNER DE L’ESPÉRANCE DANS NOTRE ÉPOQUE TRÈS ANXIOGÈNE ?

Derrière le désespoir, il y a toujours l’espérance qui pointe son nez. J’ai toujours pensé au lien entre l’époque du film et la nôtre. Je dirais même que c’est la même époque, ou les pages d’un même livre.

Quand on tourne ces pages, il faut parfois revenir à la page précédente pour comprendre celles qui suivent. Le sens du devoir s’est perdu. Je ne parle pas du devoir au sens chrétien du terme mais déjà, on se doit à soi-même de respecter sa propre parole. Je pense qu’il est encore possible de nous rééduquer, de soigner notre mal. C’est comme si on avait eu un accident et qu’on ne parvenait plus à parler : il faut alors se demander qui nous a fait un croche-pied. Moi, j’ai une petite idée làdessus. Je crois que tout leader est un metteur en scène.

Un entraineur de sport met en scène son équipe, un chef cuisinier met en scène sa brigade, un maire met en scène son équipe municipale. C’est pareil pour ceux qui dirigent une armée ou un pays. Ils doivent mener leur pays pour que chacun puisse y trouver sa place sans envier celle de l’autre. Je ne crois pas au défaitisme, je ne dis pas “c’est foutu”. Le monde démocratique a perdu une bataille, mais pas la guerre. Pour revenir plus directement à votre question, ce que de Gaulle a fait hier, on doit être capable de le refaire aujourd’hui puisqu’on connait le chemin.

 

 

CE RÔLE EST MAJEUR, TANT PAR LA STATURE DU PERSONNAGE QUE VOUS INCARNEZ QUE PAR L’IMPORTANCE DE LA PRODUCTION DE CE FILM. EST-CE À VOS YEUX UN RÔLE DÉCISIF DANS VOTRE PARCOURS D’ACTEUR ?

Il y aura sûrement un avant et un après, comme quand j’ai joué Oreste au Théâtre du Soleil, ou Manouchian dans le film de Robert Guédiguian. Mais qu’est-ce-que c’est, cet avant et cet après ?

Si on me confie ce rôle, c'est parce que je suis constitué de quarante ans de travail. C'est un rôle intimidant, qu'on doit approcher avec humilité et courage, mais qui arrive au juste moment pour moi.

Ce n’est pas une affaire de célébrité, c’est qu’il arrive des moments dans votre vie d’acteur où vous passez un cap dans votre jeu. Après, c’est sûr que la grandeur de la production d’un film comme La Bataille de Gaulle appelle quelque chose, je ne peux pas le nier. On espère toujours que le film sur lequel on a travaillé va être vu, on espère tous que les salles soient pleines, au cinéma comme au théâtre.

 

En salles le 3 juin. Le deuxième volet, J’écris ton nom , sortira le 3 juillet.

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