RENCONTRE AVEC JULIEN HOSMALIN, REALISATEUR DU FILM "SANS PITIE"
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En salles des demain, «Sans pitié» est réussi à plus d’un titre. D’abord, c’est du bon cinéma de genre à la manière des polars américains des années 90 (Julien Hosmalin se réfère à «Little Odessa» de James Gray). Il a tourné dans la Belgique poisseuse des hauts fourneaux.
La tension y est constante, sèche, efficace. Le milieu forain est propice à une belle photo de cinéma et à une violence qui se niche dans tous les détails et les scènes du film.
Rencontré sur Lyon hier soir avec ses comédiens, Julien Hosmalin assume: totalement son parti pris : «La violence fait partie de moi, de ma vie, de mon monde et je ne veux pas la nier.»
D’où «Sans pitié», le titre de son tout premier long-métrage.
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Et il n'élude pas pour autant la dimension autobiographique de son scénario : « Mon film parle de ma mère, de mon frère. Ça parle de la vie que j’ai pu avoir avec eux, d’événements familiaux que j’ai pu vivre. Alors attention, la trajectoire de Dario, le personnage joué par Adam Bessa, n’est absolument pas la mienne. En revanche, mon frère m’a sauvé la vie d’une certaine manière, en étant un peu le père que je n’ai jamais eu. Donc là, c’est à travers ce film que je lui rends hommage, ainsi qu’à ma mère », détaille le metteur en scène. "J’ai voulu éviter toute caricature pour montrer le monde forain, essayer d’en saisir la complexité , déclare Julien Hosmalin, au sujet de ce film qu’il aura mis huit ans à monter.
Pendant longtemps, Hosmalin a espéré pouvoir porter filmer en France pour raconter son histoire mais c'est la Belgique qui a abrité le tournage du film : « On ne l’a pas fait pour une raison de budget. C’est-à-dire qu’en France, le film était beaucoup trop cher. Donc on m’a proposé de le faire en Belgique. Au départ, j’ai dit non, je voulais attendre que cela puisse se faire chez moi. Et mon chef opérateur, Florian Solin, qui est luxembourgeois, m’a incité à aller en repérage avec lui en Belgique pour voir les décors parce qu’il était persuadé que je pouvais y trouver mon bonheur, se souvient le Varois. Cela me semblait un peu irréalisable au départ, et puis il a trouvé le décor de la fête foraine, celui avec le train, avec les friches et, d’un coup d’un seul, je me suis retrouvé projeté dans les films de Michael Cimino. J’ai été absolument fasciné par le décor que j’ai trouvé là-bas. J’aime bien enfermer mes histoires dans des no man’s land, où je ne filme pas forcément la vie de tous les jours. J’aime l’idée que l’on ne sache pas exactement où le film se passe. J’ai troqué la Méditerranée contre les usines et les mines de charbon, mais c’est cinématographique aussi. » " Sans pitié a pris son temps pour arriver sur les écrans : j'ai mis du temps à financer et pouvoir tourner ce film je le savais des le début en fait que ca allait etre un long chemin de croix, j'ai donc voulu raconter quelque chose de profondément personnel, une histoire capable de m’accompagner sur la durée. Un sujet qui ne s’épuiserait pas, que j’aurais encore envie de raconter des années plus tard.
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Le film est aussi réussi parce qu'il il se déroule dans un milieu peu montré au cinéma, celui des fêtes foraines et des forains; un milieu rarement dépeint au cinéma. "Nous n’avons pas voulu tourner dans une fête luxueuse avec des manèges à plusieurs millions d’euros', insiste Julien Hosmalin. 'L’atmosphère que je cherchais ne correspondait pas à cette modernité. C’est près de Liège, en Belgique, qu’il a trouvé le décor idéal pour faire évoluer des personnages marqués par le destin.' Je n’ai pas pour autant cherché à faire un documentaire, précise Julien Hosmalin mais je me suis fait conseiller par des forains qui m’ont aidé à comprendre leurs vies que j’ai essayé de rendre romanesque.
Ce refus du naturalisme donne une saveur particulière à Sans pitié qui ose prendre le risque d’une esthétique sombre.
Autre atout de ce polar, le fait qu'il réunisse deux excellents comédiens, Adam Bessa et Tewfik Jallab,. Le réalisateur n'est pas avare en confidences sur le pourquoi de ce duo : "Pour Tewfik, je le dois à Nassim Lyes, un comédien qui avait tourné dans un film financé par mon producteur et qui m’oriente vers lui. Il me conseille de regarder la série Oussekine et soudain c’est une évidence. Je lui propose donc dans le rôle de Rayan, le grand film de Dario qui le voit redébarquer vingt ans après cette tragédie que ce dernier a toujours tue, à la mort de leur mère. Et deux semaines plus tard, Tewfik me dit non seulement OK mais aussi qu’il sait que je vais galérer à financer et qu’il sera toujours là. Il a tenu parole ! Et il s’est passé la même chose avec Adam Bessa. Je l’ai rencontré car des amis communs nous ont mis en relation. Il venait d'obtenir le prix d’interprétation Un Certain Regard à Cannes pour Harka. Et au- delà de l’acteur inouï qu’il est, j’accroche toute de suite avec lui humainement, sur des valeurs communes. On avait la même envie : faire un film qui ressemblerait à ceux qui nous faisaient rêver dans notre jeunesse. J’ai vraiment eu une chance extraordinaire que tous deux me fasses confiance. Et sur le plateau, ils sont totalement complémentaires. Chez Adam, le jeu passe par une grande intériorité. Chez Tewfik, la technique se situe au de son interprétation."
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Julien Hosmalin avec les comédiens Tewfik Jonathan Turnbull et Adam Bessa - Fabrice SCHIFF
Lorsqu'on lui demande ce qui lui a donné gout au cinéma en général et à ce cinéma de genre en particulier Julien Hosmalin répond avec simplicité: que c'est surtout " Le fait d’en avoir beaucoup regardé ! C’est ce qui m’a poussé à faire une école de cinéma dans le sud, l'ESRA, même si venant d’un milieu très modeste, celle- ci était a priori hors de prix pour moi. Donc je prends un énorme risque en me lançant là- dedans, je livre des pizzas pour payer ma scolarité. "Cet amour très fort pour le cinéma de genre , cela vient de mon éducation : ce qu’on ne parvenait pas à se dire s’exprimait à travers les films que mon grand frère et ma mère me montraient. Il était une fois en Amérique était le film préféré de ma mère. Mon frère m’a initié autant à la série B qu’à l’univers de James Gray. La fiction, le romanesque étaient essentiels à nos vies, sans doute pour en transcender les blessures. Plus tard, lorsque je suis parti étudier le cinéma, j’ai développé une passion pour le montage, et suis devenu monteur puis enfin réalisateur et j'espère pas d'un seul et unique film . "
Sans pitié sort en salles le 14 janvier, retrouvez notre critique ici même
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