Fleuve-transcendantal-Jean-Renoir_articleDans un article que j'avais consacré au festival Lumière,  et plus particulièrement lors de la projection du Sauvage à laquelle j'avais eu la chance de participer en présence de son réalisateur Jean Paul Rappeneau, je disais tout le bien que je pensais sur le principe de restauration des films du patrimoine et l'incroyable travail opéré par les studios concernés.

Cette impression m'a été encore plus confortée devant la vision du DVD du Fleuve, ce classique de Jean Renoir que j'ai eu la chance de recevoir et de chroniquer avec Cinétrafic. L'éditeur, Carlotta Films, qui a sorti le film le 21 mars dernier ( voi rla fiche du film sur le site de Carlotta.) a produit un travail de remasterisation absolument remarquable.

Et ce travail sur la couleur est d'autant plus essentiel que Le fleuve constitue en fait le tout premier film en couleur (plus précisemment en technicolor) réalisé par Renoir ( l'immense réalisateur de la Grande Illusion ou de la Règle du Jeu et fils du génial peintre Auguste Renoir, qui lui aussi, utilisait les couleurs avec une maestria évidente.

 Et dès les premieres images du film, on est frappé par la beauté et le soin apportée à la lumière et à la photo ir à faire à un film contemporain tant la copie atteint une rare perfection.

Vu ma carence dans le cinéma d'avant et d'après guerre, j'ignorais que Jean Renoir avait tenté sa chance à Holywood en y réalisant 6 films, et en a tiré une expérience plutôt mitigée. C'est donc au retour de cet exil américain, alors qu'il ne trouve plus l'argent nécessaire pour tourner les projets qu'il désire que Renoir décide d'adapter un roman qu'il vient de découvrir avec délectation, le Fleuve de Rumer Godden la romancière anglaise ayant séjourné une bonne partie de sa vie en Inde.

Et même si Renoir n'a pu tourner avec les conditions financières et les acteurs qu'il souhaitait ( il révait de Marlon Brandon17971_The-River-Renoir-1, alors au début de sa gloire), il a réussi à utiliser ces contraintes pour en faire un film, qui, visiblement ,a inspiré grand nombres de futurs très grand réalisateurs, de Satyajit Ray, alors assistant de Renoir sur ce film, à Martin Scorcese, qui, dans un passionnant bonus du DVD, avoue avoir vu le film avec son père à 9 ans dans une salle de cinéma, et être tombé totalement sous le charme hyptonisant du film.

Car la vraie beauté de ce Fleuve tient effectivement, en premier lieu, à son pouvoir de fascination qu'il exerce auprès des spectateurs. L'aspect documentaire du film est prépondérant, Renoir livrant par sa caméra un  vibrant témoignage sur les coutumes et la culture de l’Inde, ( longues séquences contemplatives sur la fête automnale du « Diwali ).

A cet aspect presque documentaire, Renoir tisse une fiction plus classique (du moins à l'époque où ce genre d'histoires étaient plus légions que maintenant) sur une famille d’expatriés britanniques vivant sur les bords du fleuve, et dont la fille ainée, jeune adolescente romantique, va se trouver totalement bouleverser par l'irruption d'un étranger, un certain capitaine John.

On voit évidemment par ce scénario ce que l'intrigue peut raconter du colonialisme, qui vivait à l'époque de sacrés tourments, et si certains aspects formels et scénaristiques ont pu me paraitre quelque peu datés (l'usage trop systématique aux fondus enchainés, un recours à la voix off qui surligne ce qu'on voit à l'image), le film vaut surtout pour cette beauté formelle que  les éditions Carlotta ont magnifiquement mise en valeur dans cette édition  qui fera date.


Renoir par Douchet - Le Fleuve

Découvrez d’autres oeuvres sur Cinetrafic dans la catégorie amour impossible ainsi que celle consacrée au Film d amour.