hurlevetsBon, je reconnais que mon titre fait un peu devoir de bac Littéraire, mais au moins, il a le mérite d'annoncer mes intentions.

En fait, le sujet de ce billet m'est survenu la semaine passée, en écrivant ma sempiternelle sélection des sorties salles du jour que je me suis aperçu que, hasard ou coïencidence, mercredi dernier sortait simultanément deux nouvelles adaptations de grands classiques de la littérature : "Les Hauts de Hurlevent", nouvelle adaptation cinématographique de l'unique roman d'Emily Brontë (publié en 1847)  par la réalisatrice britannique Andréa Arnold, et "Anna Karenine", énième adaptation du chef d'oeuvre de Tolstoï par son compatriote Joe Wright.

Ce dernier est d'ailleurs un habitué des adaptations littéraires, que les livres soient des classiques (Orgueuil et Préjugés de Jane Austen) ou des oeuvres plus contemporaines (Reviens moi, tiré d'Expiation de Ian Mac Evan)  dans laquelle la réalisatrice Andrea Arnold a voulu se démarquer des nombreuses réécritures précédentes en optant pour le côté sombre de l'oeuvre.

Et avant ces deux sorties, d'autres grands classiques de la littérature avaient donné lieu à des longs métrages cette année: une récente adaptation de Jane Eyre, que je viens juste de voir en DVD, est sortie en juin, et réalisée par Cary Fukunaga et évidemment Thérèse Desqueyroux, le film posthume de Claude Miller n'étant aussi "qu'"une mise en image d'un roman de François Mauriac.

Récemment, mon amie blogueuse Potzina pestait sur Facebook contre ces adaptations littéraires qui trahissaient à ses yeux avant tout un manque d'inspiration flagrant des scénaristes et une paresse intellectuelle du public qui préfère voir pendant deux heures de belles images plutôt que de s'inrurgiter entre 600 et 1000 pages de littérature parfois un peu ardue.

Et puis, outre un sentiment de paresse créatrice, ces adaptations ont souvent aussi une finalité mercantile assez évidente : les entrées en salle sont supposées suivre les records de vente, et l’appât du gain tente de nombreux réalisateurs ( et ce, même si le prix à payer pour acquérir des droits d’auteur  est parfois pharaonique).

C'est ainsi que ma chère Potzina n'est bien sûr pas la seule à dénigrer ces adaptations littéraires, tant il est de bon ton de les critiquer ouvertement, l'adjectif "académique, pris au sens le plus péjoratif du terme,  étant souvent celui qui convient le mieux pour les qualifier.

Souvent, les "chiens de garde de la littérature" ( permettez moi cette expression un peu sévère) traitent l'adaptation cinématographique sous le seul manquement par rapport à la matière romanesque et de son incapacité à en retrouver le style.

De mon coté, vous l'aurez compris, je suis bien moins tranché sur ce sujet, et en espérant éviter de vous faire une disseration sur le sujet, je vais essayer de vous en expliquer mes arguments (on va éviter la thèse/antithèse/synthèse, sinon pour le coup, je serais en plein dans mon devoir de bac L dont je parlais en début de billet).

Tout d'abord, il est utile de rappeller que, si l'on assiste à une petite concentration d'adaptations de classiques de la littérature en peu de temps, je ne suis pas certain qu'il y en ait, parrallèlement au nombre de sorties toujours croissante, beaucoup plus qu'avant. Il faut en effet savoir que l’adaptation des oeuvres littéraires au cinéma date de ses débuts, puisque les frères Lumière ont adapté Jules Verne et qu'à l’apogée du cinéma muet un auteur comme Shakespeare a été adapté à de nombreuses reprises.

 Et personnellement, je trouve que l'adaptation cinématographique d'un chef d'oeuvre de la littérature possède un vrai avantage:  permettre à une personne qui appréhenderait quelque peu ces mastondontes d'avoir un accès moins effrayant,  qui pourrait, qui sait, lui donner envie de se plonger ensuite dans le roman.

Pour avoir cette envie, faut il encore que l'adaptation soit réussie, mais tout le monde ne s'accorde pas sur le sens de l'expression "réussie" : si, pour certains, il faut qu'elle soit le plus fidèle au roman, d'autres observateurs ne prétendent qu'une adaptation est bonne que si elle trahit totalement le roman. 

Personnellement,  je suis de ceux là : je crois  parfaitement que la condition pour réaliser une belle oeuvre , c’est justement de trahir l’oeuvre originale, en bien ou en mal; une adaptation trop linéaire n'ayant ainsi aucun bien fondé. En mon sens, le but d'un artiste est pourtant rarement de retranscrire l'œuvre littéraire mais bien plutôt d'en donner sa propre vision.

La trahison peut prendre différentes formes, elle peut être transposée dans un autre pays à une toute autre époque ( par exemple, avec la belle personne, très belle adaptation de la princesse de Clèves par Christophe Honoré) , ou bien alors le cinéaste ne garde du roman original qu’un personnage et décide de lui faire vivre d’autres aventures :  l’important est de mettre en exergue un aspect du roman,  et de le rendre unique et inoubliable.

Et de toute façon, il y a forcément trahison, vu la longueur de ces romans : l’oeuvre écrite, dès qu’elle ne se limite pas à une simple nouvelle, possède une densité trop grande pour être toute entière mise dans l’oeuvre filmée, et il serait bien vaniteux de croire que les dizaines d’heures de lecture nécessaires à la lecture du livre peuvent se transférér toutes entières dans une à deux heures de cinéma.

Cela dit, certaines adaptations peuvent être très belles sans que la trahison soit aussi évidente que je viens de l'énoncer : ainsi le récent Jane Eyre de Cary Fukunaga m'a totalement emballé alors même que  l’essence de l’œuvre originale  est totalement respectée .En même temps, Fukunaga, qui avait déjà marqué les esprits avec le film Sin nombre, affiche avec sa version de Jane Eyre, un style affirmé. Il faut dire que le roman offre pas mal de moyens d'expression puisqu'il mêle dramaturgie, mystère, fantastique et surtout un véritable souffle romantique digne de ce nom.

Ainsi, le cinéaste parvient à nous livrer une vraie et noble adaptation, s’élèvant sans mal au-dessus des deux autres que j'avais pu voir avant ( notamment celle avec Charlotte Gainsbourg, bien plus lénifiante) :  cela, grace à une multitude de qualités : une magnifique photographie et à l’interprétation très visuelle du texte qu’il propose, un soin incontestable  apporté aux décors et autres costumes et  également et surtout une direction d’acteurs sans faille , le couple vedette Mia Wasikowska/ Michael Fassbender, dégageant une vraie osmoe et une vraie sensualité.

Bref, ce Jane Eyre est peut-être un contre exemple de ce que je prétendais quelques ligdisais sur la trahison nécessaire de l'oeuvre, mais une bonne illustration du fait que ces adaptations ne doivent pas être toutes jetées au pilori : quand elles sont réussies et qu'elles mettent bien en avant la beauté du texte tout en les enrobants d'images d'une vraie joliesse visuelle cela peut etre un vrai régal pour les yeux et les oreilles. C'est ainsi pour cela que je me précipiterai certainement dans les salles pour voir au moins une de ces récentes adaptations ( certainement, celle de Claude Miller, la plus excitante sur le papier)?

Et puis, franchement, ne vaut il pas 100 adaptations de chefs d'oeuvre de Jane Austen ou d'Emily Brönte plutot qu'une seule et unique adaptation d'un Marc Lévy ou d'une Ana Gavalda?