J'avais beau essayer d'élargir mon éventail de gout musicaux ces derniers temps, le naturel revient au galop : j'ai cru comprendre que s'il  existe sur la blogo quantités de blogueurs ciné, et tout autant de blogueurs littéraires, on n'est pas tant que cela à vendre autant les mérites de la chanson française sur les blogs.

Du coup, je reçois de plus en plus, sans même que j'aille les demander, de disques promotionnels d'artistes de la scène française de tous genres, et forcément, je ne peux les ignorer, et les mets très rapidement sur ma platine pour me faire une idée plus précise de leurs potentiels.

Si la plupart du temps, ces artistes de la scène française sont peu voire pas du tout médiatisés, il arrive parfois que dans d'autres cas, ce sont des disques de grands noms, voire très grands noms de la chanson française que je reçois ou alors de jeunes révélations ultra médiatisés.

C'est ainsi le cas avec deux disques récents reçus en cette rentrée de septembre, que je ne peux que regrouper dans un même article, tant on a souvent comparé la jeune pousse à son compatriote. En effet, on dit souvent que Stromae est le descendant direct du génie musical de Jacques Brel, et comme je suis assez en phase avec cette idée, le mieux était de parler de leurs parutions récentes dans un seul et même billet que je livre sans plus attendre:

 1. Jacques Brel, ses 50 plus belles chansons, best of 3 CD ( sortie 30/09/2013; Barclay)

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Pour feter les 35 ans de la mort de Brel, survenue le 9/10/1978, les éditions Barclay ont mis les petits plats dans les grands en sortant à la fois une intégrale de 21 CD (intitulée "Suivre une étoile") et plus raisonnablement ,et surtout plus adapté à toutes les bourses un  beau coffret 3 CD regroupant ses 50 chansons les plus illustres, et c'est ce disque que j'ai eu la chance de recevoir et d'écouter dans le plus grand receuillement pendant près de 6 heures quand même...
Dans cette collection de 50 morceaux, y sont regroupés ici non seulement l'essentiel des excellents titres de Jacques Brel, mais aussi, par la même, excusez du peu, des titres qui sont la fine fleur de la chanson francophone. "Ne me quitte pas", "Quand on a que l'amour", "Vesoul",  "Le plat pays", Ces gens là,  "Amsterdam", la Chanson des vieux amants, pour ne citer que les plus illustres ...
Combien de fois les ai-je entendues, ces chansons que mon père ( comme je l'ai dit sur mon récent article sur Ferré, c'était ses deux maitres incontestés) écoutait à longueur de temps ? Et pourtant,  une fois encore,  leur magie et leur émotion m'ont submergé  comme au premier jour..
Et en réécoutant tous ces morceaux, ces 50 à la suite, j'ai eu la confirmation, même si je n'en doutais pas une seule seconde, que ses textes  savaient  déceler ces choses essentielles d'une manière que d'aucuns n'ont ou n'auront jamais réussi à retranscrire aussi parfaitement. 
Car, évidemment, Brel, c'était aussi cette capacité jamais atteinte à savoir "habiter" ses mots comme personne et surtout à leur insuffler une humanité inouïe.... La joie, l'espoir, le désespoir, le chagrin, le couple, la vieillesse, le rêve, tous ces thèmes usés jusqu'à la corde, retrouvaient avec lui une fraîcheur et une audace nouvelles et surtout une poésie et une émotion inédites.
Bref, ce coffret  3 CD est l'album qui me manquait à ma discothèque, la galette indispensable pour tous les fous de chansons à texte, et même pour ceux qui n'aiment pas  la chanson française,, au titre de l'immense plaisir qu'il procure indéniablement.
2. Stromae, racine carrée ( 19/08/2013; Vertigo)
 

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Depuis le 18 août et la sortie de cet album "Racine Carrée" ( dont je vous ai déjà parlé lors  d'un billet sur la rentrée musicale ) pas un média n'a parlé de Stromae, qui a mis ses concurrents à des années lumières de lui.
Et, donc, depuis sa prestation exceptionnelle dans l'émission de Frédéric Tadei lorsqu'il a chanté pour la première fois en France et en live son futur tube Formidable, on n'a cessé de le comparer à Jacques Brel, notamment dans son interprétation pour le moins habitée, et également pour sa plume  presque aussi aiguisée et acérée que le Grand Jacques.
Dans ces textes noirs, méchants, émouvants ou réalistes, franchement, on peut largement y retrouver l'influence "brelienne,  et évidemment  dans ce  fameux "Formidable" qui porte bien son nom.
Et personnellement, c'est avec "Te Quiero", un des morceaux de son premier album Cheese que j'avais commencé à trouver les similitudes entre les deux artistes, une même façon de s'approprier un morceau de manière complètement habité, un même débit, une même intonation,  même si  évidemment, l'accent belge y est aussi pour quelque chose dans cette comparaison.
Si évidemment, ce n'est pas la première fois qu'on trouve un sucesseur à Brel ( on avait dit la même chose de Pierre Bachelet, c'est dire :o), et s''il est un peu tot, en seulement deux albums de tracer des jugements aussi définitifs, il est  tout à fait possible qu'on tienne là le Jacques Brel des années 2010 et des décennies à venir. 
Ce qui est sur, c' est que ce  Racine carrée, ce second album de Stromae est aussi phénoménal qu'on l'a dit. Si les thèmes peuvent être considérés comme facile, récurrent voire même bateau, ils sont tellement bien traités et maîtrisés que l'ensemble est d'une cohérence inouie !

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Racine Carrée est une galette extrêmement bien produite, que ce soit musicalement à travers une prod super pointue mais également une plume vraiment étonnante pour un artiste de cet âge et de cette géénération. Notons particulièrement le très émouvant Ave Cesaria, véritable hommage à la diva du Cap Vert sur des rythmes de là-bas, Quand c'est ? et Sommeil, deux morceaux aux textes  particulièrement sombres et graves  mais  aux ryhtmes éléctros tellement bien foutus. 
Car on relève une constance dans cet excellent opus : une même  noirceur et ce pessimisme dans les textes, toujours bien écrits, qui tranchent avec les rythmes enlevés ou les arrangements soignés. Le son est une nouvelle fois impeccable et la richesse sonore frappe encore plus aux oreilles.
Alors, Stromae n'a évidemment pas encore la carrière et la puissance scénique du maestro Brel, et sa modernité et sa gestion des nouveaux modes de communication le différencie quelque peu de Brel, mais il se pourrait bien que 35 ans après le décès de celui ci, la relève soit bien assurée.