CASSE_TETE_CHINOIS_17

L'année 2013 est maintenant derrière nous, on a (et j'ai) commencé depuis plusieurs jours à dresser les différents bilans de l'année écoulée, et même à vous parler des films de 2014, mais il y a encore un petit paquet de films de l'an passé dont j'aimerais en dire encore quelques mots, et dont je risque de vous parler tout au long du premier semestre- au moins- de 2014, soit à l'occasion des derniers films que j'ai pu voir en salles, soit à l'occasion de sorties de DVD.

Commençons les chroniques de films sortis en fin d'année 2013 par "Casse Tête chinois", qui pourra ainsi, par la même occasion, clore cette quadralogie de très bonnes comédies françaises que j'avais amorcé avec Quai D'orsay et Neuf mois ferme et continué avec Les garcons et Guillaume à table.

Ce film était très attendu par un grand nombre de spectacteurs, mais dont je ne faisais pas forcément partie.

En effet, la saga 'Xavier' (amorcée en 2001 par « L'Auberge Espagnole » et poursuivie en 2005 avec « Les Poupées russes »), est vraiment une saga générationnelle dans laquelle toutes les personnes ayant eu 25 ans en 2001 (je suis pile poil dans la cible) se reconnaissent forcément, tant l'effet de miroir voulu par Kaplish est prégnant.

Et pourtant si "L'auberge espagnole" m'avait un peu touché (mais le second volet, décousu et brouillon, beaucoup moins), j'avais  quand même un peu de mal à m'identifier à ces personnages trop frivoles, trop superficiels, trop inconséquents et pour tout dire un peu trop têtes à claques (avec notamment Duris et Tautou qui me faisait pas mal cet effet là à cette époque, ca a un peu changé...du moins concernant le premier :) pour moi et, ainsi,  j'avais du mal à partager l'enthousiasme général  du public pour cette série.

C'est pour cela que j'allais voir ce troisième sans énormément d'attente, en espérant  simplement passer un bon moment de détente, particulièrement bienvenu, après plusieurs films tres sombres de cette fin d'année (The Immigrant, Zulu, Suzanne). Et il est peu de dire que j'ai été vraiment été comblé bien au delà des esperances par ce "Casse-Tête Chinois", bien belle réussite qui prouve le talent de Cédric Kaplish à rebondir après un dernier film ( une part du gateau) vraiment bien moyen, pour ne pas dire bien médiocre.

Dans ce casse tête chinois, on retrouve nos anciens colocataires barcelonais proches de la quarantaine, et un peu esquintés par la vie.. En effet,  le coté enjoué et un peu fabriqué des 2 autres que je pouvais trouver un peu trop surfait pour me toucher est nettement contrebalancé et réhaussé par la mélancolie, la densité même qu'insuffle Kaplish à son cocktail de départ..

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Peut-être étais je un vieux con il y a dix ans  (ne vous génez pas pour me contredire, c'est fait exprès), mais il est évident que je préfère  la profondeur de ce volet à l'insouciance des deux autres, et surtout, c'est le premier volet qui m'a fait sentir cette osmose avec ces personnages, qui essaient tant bien que mal d'acquérir enfin un peu de maturité, mais qui restent quand même des grands adolescents confrontés à des problèmes d'adultes évidemment contemporains, dans lesquels chacun pourra s'y retrouver (l'éducation des moments, le divorce, la garde alternée, la procréation par FIV...).

Ce Casse tête chinois dresse en effet un tableau constamment juste du chaos de l'amour et des relations humaines, tout en n'oubliant pas de donner, à la fin de la projection, une vraie pêche au spectacteur.

Car, même si les sujets sont -un peu- plus graves que dans les deux premiers épisodes, Kaplisch garde la même énergie vaudevillesque que ses précédentes aventures internationales, la même inventivité dans les dialogues, et surtout le même sens du rythme, avec de belles idées de montage  vraiment réjouissantes, sans pour autant donner cette impression de décousu que les deux premiers (surtout "Les Poupées russes") pouvait laisser transparaitre.

Et puis "Casse tête chinois" bénéficie aussi grandement du décor principal, cette ville tentaculaire de New York dont Kaplish réussi parfaitement à  s'imprégner  (si on compare à la vision de Géraldine Nakashe avec ce "Nous York" dont je n'ai même pas voulu parler sur ce blog)..

"Big apple" est intrenséquement photogénique, et ce n'est pas le fan de Woody Allen qui vous contredira, mais ici, la cité est vue avec un supplément d'âme, car sous le prisme d'un regard de frenchie, ce regard permet à Cédric Klapisch de s'amuser avec certains clichés véhiculé par des milliers de films qu'on a en tête (jolis clins d'oeils à Woody Allen justement avec cet excellent gag des philosophes allemands), mais sans pour autant jamais verser ni dans la caricature ni la moquerie.

Et puis les acteurs ont un tel plaisir à retrouver ses rôles, qu'ils avaient endossé pour la première fois à l'aube de leur prolifique carrière, que ce plaisir est communicatif, Romain Duris a mis de la maturité dans son arrogance juvénile, Cécile de France se délecte toujours de son rôle de lesbienne délurée, et même Audrey Tautou, qui d'habitude m'agace terriblement, tire son épingle du jeu avec un humour bienvenu.

Bref, on ne sait pas si Kaplish veut sérieusement mettre un terme à cette saga (dans les récentes itw, il semblait envisager plus sérieusement un quatrième volet), mais si c'est le cas, on se souviendra qu'elle s'est vraiment fini en beauté!