Aujourd'hui débute le Salon du Livre sur Paris avec la littérature argentine ( que je connais pas très bien) à l'honneur. Malgré les invitations diverses que j'ai pu avoir, je ne pourrais pas m'y rendre, mais j'en profite quand même pour marquer le coup à ma manière pour parler un peu de littérature.

Et plus précissement littérature américaine si vous le voulez bien, car je l'avais quelque peu snobé ces derniers temps, un peu malgré moi,sans doute car tous les romans américains de ma PAL sont souvent des pavés et qu'il me manque du temps pour me lancer à l'assault de ces 600 pages et quelques en moyenne..

Mais, grâce à ma mère qui m'a donné un petit coup de main on a pu quand même dégager  deux nouveautés, l'une en grand format chez  l'excellent Belfond, l'autre en poche chez  le non moins excellent Points qui ont un même point commun, celui de nous présenter un homme aux abois dont le passé, particulièrement douloureux, va entraver ses choix personnels. Bref, deux romans dans lesquels la famille et la relation filiale sont très fortement prégnants.

1. Schroder, Amity Gaige : la bouleversante confession d'un père aux abois :

schorder

L'histoire : À quelques semaines de son procès, Erik Schroder prend la plume pour expliquer ses actes à son ex-femme. Lui dire qu'il est un bon père. Qu'il n'a jamais voulu enlever leur fille, Meadow. Que leur petit road-trip n'avait qu'un but : voler quelques heures de bonheur avec son enfant. Mais voilà, quelque chose est arrivé. Et tout ce qu'Erik a tu pendant trente ans remonte à la surface.

Ce qu'on en pense :

Ce roman, c'est ma mère qui s'est chargé de le lire et de le chroniquer pour moi, j'ai toujours des scrupules à la faire un peu bosser vu son âge, mais elle a été ravie, car elle a été sous le charme de ce livre,  mais il est fort possible que j'aurais été pareillement touché et plus encore vu qu'il nous montre l'intensité d'un amour fililial d'un père pour sa fille.

En effet, voici un roman d'une auteur dont c'est le premier roman traduit en France, qui est en fait la confession d'un père séparé qui explique à la femme qu'il a aimé les raisons qui l'ont conduit à fuir avec sa fille. Amity Gaige reconnaît s’être « inspirée » pour écrire son roman du fait divers Clark Rockfeller très connu aux USA- mais pas de ce côté là de l'Atlantique- de ce père qui avait enlevé sa fille par amour et par résistance à un divorce sanglant.

Amity Gaige réussit parfaitement son pari  : on ne peut s'empecher d'avoir de la compassion pour ce père aux abois, un homme, dont toute la vie se repose sur du factice, puisqu'il ne veut reconnaitre ni son identité ni le pays, l'Allemagne avant la séparation du mur, qu'il l'a vu naitre et qui est à l'origine de tous ces traumatismes d'enfance. Tout est échec pour lui et pourtant Eric est animé par les meilleures intentions du monde au départ.

Le livre est parsemé de très beaux passages de déclaration d'amour du narrateur à sa fille, des confessions simples et touchantes.  L’enlèvement deviendra dès lors une fuite en avant plus qu'une simple fugue, et ces quelques instants de bonheurs partagés et imprenables bouleversent d'autant plus qu'on les devine forcément éphémères.

Le grand mérite d'Amity Gaige est d'éviter le manichéisme propre à ce genre d'histoire et de réussir à nous faire entrer en empathie  pour ce Erik,  bien que celui ci ne sera pas du tout angélisé, car on voit vite apparaitre les faiblesses de cet homme qui se débat avec son passé familial bien lourd et qui,malgré lui, va finalement reproduit le même schéma.

Bref, Schroder- du patronyme si peu désiré du héros du livre- ne pourra que toucher un grand nombre de lecteurs tant l'auteur a réussi à tisser sur un faits divers particulier un récit qui confine à l'universel, notamment par ce qu'il dit  sur le poids des non-dits et la réinvention de soi. A lire sans hésiter, c'est ma môman et moi qui vous le dis!!

 2. Mémoire assassine, Thomas H Cook ( sortie février 2014 chez Points) : le passé meurtrier comme un bommerang

mémoire assassine

L'histoire :

Steve Farris a neuf ans lorsque son père tue toute sa famille : sa mère Dorothy, son frère aîné Jamie (17 ans) et sa saeur Laura (16 ans), avant de prendre la fuite. Il ne sera jamais retrouvé. Ce 19 novembre 1959 restera à jamais gravé dans la mémoire de Steve qui n'a échappé au massacre que parce qu'il était chez des amis, et encore, il pense que son, père l'a attendu un moment avant de s'enfuir. Devenu adulte, marié et père de famille, Steve vit avec ce passé douloureux. Voilà qu'arrive Rebecca, qui écrit un livre sur ces drames familiaux inexpliqués, et qui par de longues discussions avec lui, va raviver ses souvenirs pour peut-être dénouer l'affaire.

Ce qu'on en pense :

Ce livre là, paru en 1993 aux USA mais inédit en France avant que Seuil ne le sorte en Points ne choisise de le traduire enfin en 2011 et la collection "Points" de sortir en poche en ce début 2014,, c'est moi qui ai tenu à le lire tant que considère son auteur, Thomas H Cook comme un de mes auteurs de roman noir préférés comme je l'ai dit plusieurs fois sur ce blog notamment ici et là.

Dans Mémoire assassine, qui marque certainement un tournant dans l'oeuvre vu que c'est sa première oeuvre dans laquelle il aborde le polar de façon moins traditionnelle,  on est plus proche des "Feuilles Mortes" ou des "Lecons du mal", pour le comparer à d'autres romans que j'ai lu de lui que du magnifique "Au lieu dit de noir étang", drame passionnel noir plus proche de l'univers victorien.

Ici, on retrouve la thématique chère à l'auteur, ce lien de filiation entre un père et son fils, à travers le terrible assassinat commis par le père du narrateur 30 ans auparavant, tuant sa mère, son frère et sa soeur aînés.

 Mais comme dans tous les romans de Thomas H Cook, l'important est moins le déroulé des faits et l'enquête proprement dite (même si on aura des révélations à la toute fin du livre) que le style de l'auteur, entre élégance et sobriété, ainsi que bien sur,  la psychologie des personnages, puisque la rencontre entre Steve et une journaliste spécialisé dans ce genre d'affaire va le pousser à une introspection qu'il n'avait encore jamais faite.

Si l'on peut un tantinet coincer sur le fait que le narrateur se souvienne avec autant de précision de ses souvenirs aussi lointains dans sa mémoire, ce long retour en arrière qui permet de comprendre le geste de son père et savoir ce qui, dans une histoire familiale a priori banale, peut pousser un homme à commettre ce geste de l'extrême reste vraiment passionnante à suivre .

Cook n'est jamais aussi doué pour décortiquer les esprits des êtres humains, et montrer à quel point, sous la surface du quotidien peuvent affleurer des frustrations, des non dits et des secrets qui aboutiront à des tragédies des drames souterrains. Atteignant une belle sorte d'universalité avec ce roman ample ( qui fait aussi un peu penser aux Lieux sombres de Gylian Flynn), ce "Mémoire assassine" confirme tout le bien qu'on peut penser de Thomas H Cook.