C'est en ce moment au Théâtre de Poche Montparnasse : Les deux frères et les lions de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, présenté par le Théâtre Irruptionnel. L'histoire hors du commun de frères jumeaux nés dans les quartiers populaires d'Okney, en Écosse, devenus à 70 ans, la 10ème fortune de Grande Bretagne. Une pièce passionnante, où on apprend, où on danse, où on rit et où on mange, aussi... So wonderful!

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Le spectacle commence avant même que la pièce n'ait réellement été annoncée de trois coups. Les deux comédiens, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Lisa Pajon (en alternance avec Romain Berger) nous accueillent dès l'entrée en fredonnant gaiment l'air des "Filles de Gallway", viennent nous saluer avec déférence - certains ont même droit à un baise-main - avant de rentrer dans la salle. Là, nous avons à nouveau la surprise de les voir nous faire force courbettes, et nous proposer, comble du bonheur, des scones avec de la crème, de la confiture et une tasse de thé. So delicious ! La pièce n'a pas encore commencé que nous les aimons déjà, ces jumeaux - enfin, pour le moment... Afin que l'on se sente chez eux comme chez nous, ils nous invitent à nous asseoir confortablement sur nos sièges rouges, à tremper notre reste de scones dans notre Earl Grey et à écouter attentivement leur histoire... 

Une histoire digne d'un roman de Mark Twain ou de Charles Dickens

Les deux frères et les lions retrace l'ascension fulgurante de deux frères promis à un glorieux destin, passés des quartiers défavorisés d'Okney à la tête des prestigieux classements de Rich List et de Forbes... Leurs secrets ? Croire en leur bonne étoile, ne jamais rien lâcher, profiter sans en avoir l'air des balbutiements du système capitaliste, saisir les opportunités, et aussi et surtout, se vouer un amour mutuel indéfectible... 

Copyright : Théâtre Irruptionnel

 

 

 

 

Plus nous gagnons de l'argent
Plus nous nous aimons mon frère
jumeau et moi
C'est notre secret
Il y a deux listes
La liste noire, celle des frères 
ennemis qui sèment la mort et le chaos
Cain et Abel, Étéocle et Polynice
Et la liste blanche, celle des amitiés
fraternelles légendaires
Castor et Pollux, Romulus et Rémus

Nous appartenons définitivement à
la deuxième.

 

 

Saisir la chance quand elle se présente, c'est tout...

Dans les années 70, le capitalisme connaît ses prémices et le self-made man commence peu à peu à devenir un modèle auquel chacun aspire. Les deux frères vont faire partie de ceux que le système va faire prospérer, à une vitesse fulgurante. Précurseurs, ils sont les premiers à saisir la pertinence des abonnements pour la presse dont ils vont souffler l'idée au Daily Telegraph qui ne daignera même pas les écouter. Qu'à cela ne tienne, 40 ans plus tard, ils prendront leur revanche en rachetant le journal. Visionnaires, ils font partie de ceux qui voient toujours plus loin, qui, projettent à travers l'achat d'un immeuble ou d'un hôtel, celui du quartier qui l'entoure. Investir, réinvestir, encore et encore, tel est leur credoCar si un marché se fige, il crève... 

Copyright : Théâtre Irruptionnel

Vivons riches et heureux, vivons cachés...

Pendant des années, ils bâtissent leur empire, pierre par pierre, édifice par édifice, hôtel de luxe par hôtel de luxe. Leur folie des grandeurs les pousse même à acheter Brecqhou, une petite île située au large de l'île anglo-normande de Sercq, sur laquelle ils vont se retirer, s'installer en marge du monde des affaires, tout en continuant à les gérer de loin, par le biais de leur télé-iphone.

Cette folie, ils la regretteront à l'aube de leurs 70 ans, lorsqu'ils apprendront avec rage que leurs filles ne pourront hériter de leur empire. Brecqhou est en effet régie par le droit anglo-normand, un droit inchangé depuis le Moyen-Âge selon lequel la femme est Imbecilitas sexus et qu'elle ne peut rien faire sans son mari. Selon lui, seul un homme est en droit d'hériter. Est stipulé : Un mari et rien de plus ! [...] les pères ne sont jamais tenus de doter leurs filles pour ne pas diminuer le patrimoine qui doit revenir aux seuls mâles. Les deux frères vont alors tout mettre en oeuvre pour faire abolir ce droit archaïque et sexiste, mobiliser leurs meilleurs avocats, jouer leurs meilleures cartes comme celle de leur proximité avec la Reine, jusquà arriver à la conclusion que l'argent ne peut pas tout arranger...

Un incroyable jeu de miroir

Le jeu de miroir entre les deux comédiens, orchestré par le metteur en scène Vincent Debost, est époustouflant. Leur gémellité et leur complicité sont rendues, certes, par leurs costumes - un jogging Adidas bleu électrique du plus bel effet -, mais aussi et surtout, par leur manière de s'exprimer au diapason, l'un commence une phrase, l'autre la termine. L'un commence à formuler une pensée, l'autre la complète. Ils se prennent même à parler en même temps, comme s'ils récitaient une poésie. Les jumeaux forment un choeur parfaitement harmonieux et parviennent à ne faire plus qu'un

Une pièce passionnante

On ne s'ennuit pas une seconde pendant cette pièce. Du début à la fin, nous sommes scotchés par cette histoire brillamment racontée - incarnée, même - par les deux excellents comédiens que sont Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Lisa Pajon. Les formats de narration sont divers : on voit par exemple, en fond de scène, défiler des photographies en noir et blanc, des images mouvantes qui renvoient à leur passé. On les voit aussi mimer des scènes marquantes de leur histoire, comme la vente à la criée des exemplaires du Daily Telegraph, qu'ils faisaient à 16 ans pour gagner leur vie. Les époques sont reconstituées grâce, par exemple, à une danse endiablée sur une chanson des années 80.

On se plaît à décrypter les nombreux clins d'oeil adressés au public, comme la présence récurrente du lion en toile de fond, figurant sur le tableau de la Dame à la Licorne, symbole également de la Normandie, de puissance et de clémence ; le replis sur soir matérialisé par leur tenue d'intérieur, mais aussi, par leurs fauteuils dont ils tournent brusquement le dos au public au moment où ils apprennent la terrible nouvelle, ou la muraille de sucres qu'ils se mettent à bâtir tout autour d'eux...

Vous avez jusqu'au 26 novembre pour venir voir ce talentueux Janus ! Et on vous met au défi de ne pas foncer sur Google en sortant de la pièce pour savoir qui sont vraiment ces jumeaux...

 

Du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 17h30, jusqu'au 26 novembre, au Théâtre de Poche Montparnasse, 75, boulevard du Montparnasse, 75 006 Paris.